Dassault Systèmes : de la chute de février à la plus haute clôture de l’année, retour sur 2026

Après la pire séance de son histoire en février, l'action Dassault Systèmes finit octobre en hausse de 6 %. L'éditeur doit prouver que sa croissance peut accélérer.

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Le 31 décembre 2025, l’action Dassault Systèmes termine l’année à 23,84 euros. Le vendredi 30 octobre, elle clôture à 25,26 euros, soit +6,0 % depuis janvier, quand le CAC 40 recule de 2,2 % sur la même période. Quelqu’un qui aurait placé 1 000 euros sur le titre au réveillon détiendrait fin octobre environ 1 060 euros. C’est sa plus haute clôture de 2026.

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Ce gain modeste cache une année de montagnes russes : un cinquième de la valeur envolé en une journée, un plancher inédit depuis l’été 2017, le départ d’un président historique. Et une question qui hante les éditeurs de logiciels : l’intelligence artificielle permettra-t-elle un jour aux clients de se passer d’eux ?

Un logiciel sorti d’un bureau d’études d’avions

En 1981, une équipe d’ingénieurs de Dassault Aviation fonde une société à part pour créer des outils de conception en trois dimensions destinés à l’aéronautique, selon l’historique du groupe. Son logiciel phare, CATIA, sort la même année, et IBM se charge de le vendre dans le monde entier. L’adresse du siège rappelle cette filiation : 10, rue Marcel Dassault, à Vélizy-Villacoublay, dans les Yvelines. Le campus aligne six bâtiments baptisés d’après six éléments (l’eau, la terre, l’air, le feu, le métal et le bois) et peut accueillir 5 000 personnes. Le groupe compte 26 999 salariés. Le nom de Marcel Dassault figure aussi au capital : selon le cabinet de conseil en vote Glass Lewis, le Groupe Industriel Marcel Dassault (GIMD) détenait en 2025 environ 40 % des actions et 54 % des droits de vote.

Les avions dessinés avec CATIA, eux, ont pris l’air. En 1997, Boeing décrit son 777 comme « le premier avion conçu et pré-assemblé à 100 % sur ordinateur » : ses ingénieurs ont travaillé sur CATIA, développé par le français Dassault Systèmes. En 2004, le Falcon 7X de Dassault Aviation devient le premier avion développé entièrement sur une plateforme virtuelle, sans prototype physique. « Chacune des 30.000 pièces du jet a été conçue avec CATIA », précise le communiqué des deux sociétés.

Entré en Bourse en 1996, Dassault Systèmes rachète l’année suivante l’américain SolidWorks, éditeur d’un logiciel de conception mécanique en 3D, pour environ 310 millions de dollars en actions. En 2019, il s’offre Medidata, spécialiste des logiciels d’essais cliniques, pour une valeur d’entreprise d’environ 5,8 milliards de dollars. Après les jumeaux numériques des voitures et des avions, ces copies virtuelles qui permettent de tester un objet avant de le fabriquer, Bernard Charlès promet alors : « nous allons faire de même pour le corps humain ». Selon le CNRS, ses chercheurs s’immergent dans le double numérique de Notre-Dame de Paris, qu’ils ont bâti, grâce au Téléport, un dispositif de réalité virtuelle conçu par Dassault Systèmes à la Cité de l’architecture et du patrimoine.

Le 11 février, la pire séance depuis 1996

Le mercredi 11 février, le groupe publie ses résultats annuels. Au quatrième trimestre 2025, son chiffre d’affaires de 1 681 millions d’euros n’a progressé que de 1 % à changes constants, c’est-à-dire hors variations des devises, et les ventes de licences ont reculé de 7 %. Les analystes attendaient +4,4 % sur le trimestre, selon BFM Bourse. Pour 2026, la direction ne vise que +3 à +5 %.

La sanction tombe : −20,8 %, à 17,77 euros. C’est la plus forte baisse du titre en une séance depuis son introduction en Bourse de 1996, selon l’AFP. Chez JP Morgan, on juge cette déception sur la croissance « pire que ce à quoi s’attendaient même les investisseurs les plus pessimistes », rapporte Reuters.

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Le jour même, Pascal Daloz plaide pour la patience. « Une véritable transformation demande du temps, pour nos clients comme pour nous-mêmes », écrit le directeur général dans le communiqué. Le mardi 17 février, l’action touche 15,82 euros en séance, un niveau inédit depuis juillet 2017. Les dégradations suivent : le 4 mars, Goldman Sachs passe d’« achat » à « neutre », objectif de cours ramené de 29 à 20 euros ; le 17 mars, Morgan Stanley passe de « surpondérer » à « pondération en ligne », de 28,25 à 23,25 euros, selon Zonebourse.

Un samedi de février, le bâtisseur s’en va

Le samedi 21 février, Bernard Charlès quitte avec effet immédiat la présidence et le conseil d’administration, « pour des raisons personnelles ». À la tête de l’entreprise depuis 1995, il l’avait dirigée près de trente ans. Il avait alors 68 ans, précise Bloomberg. Dans le communiqué, il se décrit ainsi : « Je suis un homme de produits et de technologies : c’est ma passion ». Charles Edelstenne, fondateur et président d’honneur du conseil, adoube le successeur : « Avec Pascal Daloz, l’entreprise est entre de bonnes mains pour l’avenir ».

Bloomberg note que ce remplacement surprise intervient en pleine spirale baissière de l’action, qui a alors perdu environ un quart de sa valeur depuis début février et plus des deux tiers depuis la fin de 2021. L’agence n’établit pas de lien de cause.

Pascal Daloz devient PDG. Cet ancien élève de l’École des mines de Paris, passé par la banque d’affaires et le conseil, est entré dans le groupe en 2001 pour diriger la recherche et la stratégie. Il en est devenu le directeur général en 2024.

La peur du logiciel qu’on n’achète plus

Dès le 11 février, Barclays redoutait, selon BFM Bourse, que l’IA permette aux clients de concevoir eux-mêmes leurs logiciels. UBS jugeait au contraire ces craintes largement intégrées dans le cours. Elles ressurgissent en juin. Le vendredi 12 juin, le titre perd 5,4 %, à 17,21 euros, sur fond d’inquiétudes persistantes face à l’impact des nouveaux outils d’IA, selon Boursier.com. Le même article rappelle, en citant Bloomberg, que Prometheus, une société d’IA codirigée par Jeff Bezos et tournée vers la conception de produits physiques, vient de lever 12 milliards de dollars.

Le groupe avait pourtant pris les devants. Le mardi 3 février, à Houston, lors de 3DEXPERIENCE World, son salon annuel d’utilisateurs, il scelle une alliance de long terme avec l’américain Nvidia. Pascal Daloz et Jensen Huang, le patron de Nvidia, montent ensemble sur scène. Quand elle s’appuie sur la science et la physique, « l’IA devient un formidable accélérateur de l’ingéniosité humaine », affirme le premier. Selon le magazine spécialisé DEVELOP3D, le second récuse l’idée que l’IA réduira le besoin d’ingénieurs : « c’est exactement l’inverse », lance-t-il, en prédisant que chaque ingénieur aura des « compagnons » virtuels.

À l’automne, les annonces s’enchaînent. Le 16 octobre, le groupe présente à Berlin, lors de la conférence GTC de Nvidia, des usines conçues en jumeaux virtuels. Le 22 octobre, il s’associe à l’américain Vertiv pour concevoir des « usines d’IA », ces centres de données dédiés à l’intelligence artificielle.

La santé, un pari à deux milliards de dollars

Le point faible, c’est justement le corps humain. Au dernier trimestre 2025, les ventes de la branche sciences de la vie avaient reculé de 4 %, sur fond de baisse des volumes d’études chez Medidata, selon BFM Bourse. Le groupe relance pourtant la mise. Le jeudi 23 juillet, il annonce le rachat d’ArisGlobal pour environ 1,8 milliard de dollars en numéraire, plus un complément de 200 millions de dollars au plus. Cet éditeur de logiciels de sécurité des patients compte plus de 200 clients, dont la moitié des cinquante premiers groupes biopharmaceutiques mondiaux, et doit réaliser 175 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2026, selon le communiqué. Son patron, Aman Wasan, résume : l’avenir du secteur « ne reposera pas sur de meilleurs logiciels, mais sur une intelligence connectée ».

Le même jour, le groupe publie un deuxième trimestre en hausse de 4 % à changes constants. En deux séances, le titre gagne 11,9 %. Le rachat est finalisé dans la seconde quinzaine de septembre. Mais au troisième trimestre, les sciences de la vie ne progressent que de 1 %, et Medidata fait du surplace. Le 28 octobre, le groupe confie la branche à une nouvelle dirigeante, Ashwini Zenooz.

Trois trimestres pour remonter la pente

Le jeudi 23 avril, un premier trimestre en hausse de 3 % à changes constants, avec des objectifs confirmés, rassure : +1,8 %, à 19,26 euros.

Le lundi 5 octobre, Schneider Electric conclut un accord pour racheter l’américain PTC, autre éditeur de logiciels industriels, pour 22,6 milliards de dollars. Dassault Systèmes prend la tête du CAC 40 en séance et termine à 21,40 euros (+3,73 %). Selon Boursier.com, Berenberg voit dans l’opération un soutien à la valorisation des concurrents de PTC. Le jeudi 22 octobre, avant même ses résultats, l’action clôture à 24,06 euros, au-dessus de son niveau du 31 décembre pour la première fois depuis fin janvier.

Le mercredi 28 octobre, le troisième trimestre ne déçoit pas. Le chiffre d’affaires atteint 1 551,9 millions d’euros, au-dessus du haut de la fourchette visée en euros. Sa croissance de 5 % à changes constants se situe dans le haut de la fourchette prévue. La marge opérationnelle, la part des ventes restant après les coûts d’exploitation, grimpe à 31,6 %. Les Amériques reculent de 3 %, face à une base de comparaison exigeante. Le groupe relève ses objectifs annuels : 6 399 à 6 459 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit +4 à +5 % à changes constants, et un bénéfice par action de 1,35 à 1,36 euro. Les devises grignotent les comptes : sur neuf mois, la croissance n’est que de 1 % en euros, contre 4 % à changes constants. Pascal Daloz salue « la solidité de notre stratégie ».

ArisGlobal doit apporter environ 2 points de croissance au quatrième trimestre. Pour Jefferies, le relèvement tient surtout au troisième trimestre et à l’acquisition, et la croissance implicite de fin d’année reste « médiocre », rapporte Reuters. JP Morgan y voit lui aussi surtout l’effet du rachat. Le titre perd 4,5 % ce jour-là, puis s’envole de 6,32 % le lendemain, à 25,07 euros, porté selon l’Agefi-Dow Jones par des relèvements d’objectifs de cours. Morgan Stanley relève son objectif à 24,50 euros, selon Zonebourse, et Berenberg, après la clôture, à 26,50 euros, selon MT Newswires. Selon Zonebourse, les 21 analystes qui suivent le titre conseillent en moyenne de « conserver », avec un objectif moyen de 24,46 euros, 3,2 % sous le cours du 30 octobre.

Le 17 novembre, l’examen de passage

Le prochain rendez-vous est fixé au mardi 17 novembre, pour une journée consacrée aux investisseurs. Pascal Daloz devrait y détailler ses ambitions de long terme. Sur les sciences de la vie, ce rendez-vous « sera l’occasion d’approfondir ce sujet », écrit-il. En juin 2025, le groupe s’était donné jusqu’à 2029 pour doubler son bénéfice par action, à 2,20 à 2,40 euros, un horizon repoussé d’un an, selon Reuters. Dès février, Barclays anticipait, selon BFM Bourse, un abaissement des objectifs de moyen terme en novembre.

Le cabinet d’analyse AlphaValue a résumé l’enjeu dans le titre d’une note du 28 octobre, selon Zonebourse : « marges solides, croissance tiède : la journée investisseurs devra convaincre ». L’éditeur de CATIA a effacé sa chute de février. Reste à convaincre que ses jumeaux numériques, de l’usine au patient, peuvent accélérer sa croissance. Le verdict suivant tombera le 3 février 2027, avec les résultats annuels.

Performances calculées hors dividendes, entre les clôtures du 31 décembre 2025 et du 30 octobre 2026 sur Euronext Paris. Cet article ne constitue pas une recommandation d’investissement.



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