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Vingt-six Rafale et trente-sept Falcon ont quitté les ateliers de l’avionneur français en 2025, et 46,6 milliards d’euros de commandes attendent d’être livrés. Ces appareils n’expliquent que la moitié de ce que le groupe gagne. Les avions, les logiciels, Thales, les immeubles parisiens et Le Figaro : la fortune des Dassault se forme dans cinq activités. Une seule fabrique des avions.
534 millions venus de Thales
Dassault Aviation a dégagé 1,061 milliard d’euros de résultat net ajusté en 2025, après 1,056 milliard l’année précédente. Sur ce montant, 534 millions proviennent de Thales, fabricant de radars et de systèmes de défense dont l’avionneur détient un quart du capital sans le diriger.
Ces 534 millions correspondent à la quote-part des résultats de Thales que Dassault Aviation inscrit dans ses propres comptes, c’est-à-dire la fraction du bénéfice qui revient à un actionnaire minoritaire. Elle atteignait 507 millions en 2024. Selon les normes comptables IFRS, le même montant s’établit à 446 millions ; l’écart tient aux règles de présentation, non aux sommes encaissées.
L’avionneur détenait 26,59 % du capital de Thales au 31 décembre 2025 et 29,91 % des droits de vote, un paquet d’actions qui valait environ 12,6 milliards d’euros au cours de cette date. Ce quart de capital ne donne pas les commandes du groupe, qui fabrique aussi des équipements d’avionique, des outils de cybersécurité et des satellites. Il donne droit à une part de ses bénéfices.
La moitié de ce que gagne l’avionneur passe donc par une ligne comptable plutôt que par une chaîne de montage. Les classements de fortunes ne s’arrêtent pas à cette bifurcation : dans son édition 2026, le magazine Challenges chiffre le patrimoine professionnel des Dassault à 27,7 milliards d’euros, contre 35,6 milliards un an plus tôt, sans détailler d’où viennent ces revenus.
46,6 milliards déjà commandés
L’autre moitié sort des ateliers. Dassault Aviation a livré 26 Rafale, avions de combat, et 37 Falcon, appareils d’affaires vendus à des entreprises, à des particuliers fortunés et à des États. Quinze Rafale sont partis vers des clients étrangers, onze vers les forces armées françaises.
Ces livraisons ont porté le chiffre d’affaires à 7,42 milliards d’euros, contre 6,23 milliards en 2024. Le carnet de commandes, lui, atteignait 46,6 milliards d’euros au 31 décembre 2025, soit 220 Rafale et 73 Falcon déjà vendus mais pas encore sortis des ateliers. Les contrats de défense en constituaient 41,851 milliards, dont 33,769 milliards liés à l’exportation.
L’Inde a commandé 26 Rafale Marine en 2025 pour sa marine. En juillet 2026, l’avionneur annonçait 533 commandes de Rafale depuis le lancement du programme, dont 323 à l’exportation, pour huit pays.
Ce carnet représente plus de six années de chiffre d’affaires, et il ne s’encaisse pas d’un coup. Le constructeur perçoit des recettes pendant la construction, puis à la livraison, puis pendant des décennies au titre des pièces de rechange, de la maintenance, des formations et des évolutions techniques des appareils. Un Rafale livré cette année rapportera encore en 2045.
Le titre a perdu 43 %, les comptes 1 %
La troisième source ne produit aucun encaissement. Le Groupe industriel Marcel Dassault, la holding familiale qui réunit les participations de la famille, détient près de 40 % du capital de Dassault Systèmes, éditeur de logiciels qui servent à concevoir un avion, simuler un crash, préparer une chaîne de montage ou créer la réplique numérique d’une usine.
Le titre de cet éditeur avait reculé de 43,17 % sur un an lorsque Challenges a établi son classement 2026, ce qui explique une large part des 7,9 milliards d’euros évaporés de la fortune familiale.
Ses comptes, eux, ont à peine bougé. Au premier semestre 2026, Dassault Systèmes a réalisé 3,065 milliards d’euros de chiffre d’affaires, contre 3,096 milliards un an plus tôt, pour un résultat net attribuable aux actionnaires de 806,3 millions, contre 811,2 millions. Le marché a donc réévalué l’entreprise, pas ses résultats.
Ce que le magazine a retranché du patrimoine familial n’a jamais transité par un compte bancaire. En septembre 2025, les participations du GIMD dans l’avionneur et dans l’éditeur de logiciels pouvaient être valorisées autour de 15 milliards d’euros chacune, d’après les cours observés à cette date, un ordre de grandeur calculé sur des cotations et non un montant que la holding publierait.
371 millions de dividendes
L’argent qui arrive réellement à la famille emprunte un seul chemin. Le GIMD détient les actions, perçoit les dividendes que lui versent les filiales et conserve le pouvoir de vote attaché à ces titres.
Au 6 mars 2026, la holding détenait 66,86 % du capital de Dassault Aviation et 80,10 % de ses droits de vote. Airbus en possédait 6,38 %, et les investisseurs présents en Bourse, le flottant dans le vocabulaire boursier, 22,30 %.
Les actionnaires de l’avionneur ont approuvé le 13 mai 2026 un dividende de 4,78 euros par action au titre de l’exercice 2025, soit 371 millions d’euros distribués. Avec les deux tiers du capital, le GIMD en a encaissé environ 248 millions. Rapportée aux 7,9 milliards perdus la même année sur les cours de Bourse, la somme paraît faible ; elle a pourtant été virée sur un compte.
Éric Trappier préside cette holding depuis janvier 2025 et dirige Dassault Aviation depuis 2013.
Le Figaro, Artcurial, un musée
Restent trois activités dont personne ne connaît le rendement. La famille contrôle Groupe Figaro, présent dans la presse, les sites numériques, l’audiovisuel, les petites annonces et les services en ligne, avec des marques comme Le Figaro, Madame Figaro, Le Journal des femmes, Capital et JDN. Le GIMD ne publie pas séparément la valeur de ces activités dans ses comptes.
Immobilière Dassault détient des bureaux, des commerces, des hôtels et un musée, principalement à Paris. La holding en possédait environ 55,30 % avant une augmentation de capital annoncée en septembre 2025. La maison de ventes Artcurial appartient au même ensemble.
Personne n’a publié la part que ces trois métiers représentent dans les 27,7 milliards attribués à la famille. Ils échappent ainsi à toute cotation, et le chiffre du classement repose pour partie sur une estimation que rien ne permet de vérifier.
Treize arrière-petits-enfants
Serge Dassault est mort le 28 mai 2018. Son fils Olivier, député de l’Oise et administrateur du groupe familial, a disparu dans un accident d’hélicoptère le 7 mars 2021. Challenges dénombre aujourd’hui treize arrière-petits-enfants de Marcel Dassault.
Avant l’été 2025, le GIMD a modifié ses statuts pour se présenter comme une holding animatrice, c’est-à-dire une société qui participe à la direction de ses filiales et leur fournit des services administratifs, juridiques, comptables ou financiers. Cette qualification tient aux activités réellement exercées, et non au texte des statuts.
Elle pèse au moment de transmettre. L’article 787 B du code général des impôts prévoit, sous conditions, une exonération partielle de 75 % de la valeur des titres transmis lors d’une succession ou d’une donation. Les héritiers doivent conserver ces titres pendant les périodes fixées par la loi, et l’un d’eux au moins doit exercer une fonction de direction.
Treize héritiers peuvent ainsi se partager des parts de holding sans que les 66,86 % du capital de l’avionneur se divisent. Les avions, les logiciels, la participation dans Thales, les immeubles parisiens et les journaux restent réunis dans une même société.


