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Les enseignants, cible favorite des polémiques sur les classes sans professeur, déclarent 8,1 jours d’absence pour raison de santé par an, deux jours et demi de moins que les salariés du privé. À l’hôpital et dans les collectivités locales, d’autres agents s’usent jusqu’à quitter le service : les départs en retraite pour invalidité ont bondi de 37,9 % en 2025, à 57,6 ans en moyenne. Les données de l’Insee et de la Direction générale de l’administration et de la fonction publique situent l’absentéisme public dans quelques métiers et chez les plus de 50 ans.
Le soupçon revient à chaque débat budgétaire. Dès qu’il est question de dépenses publiques ou du jour de carence (la première journée d’arrêt maladie, non rémunérée), les fonctionnaires sont décrits comme des salariés plus souvent malades que les autres. Leurs arrêts passent alors pour un coût que le privé ne connaîtrait pas.
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Les derniers chiffres disponibles ramènent ce soupçon à sa mesure. La Direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP), rattachée au ministère de la fonction publique, a exploité l’enquête Emploi 2025, par laquelle l’Insee interroge les ménages sur leur activité. Il en ressort que les agents publics déclarent en moyenne 11,0 jours d’absence pour raison de santé dans l’année, contre 10,6 jours pour les salariés du secteur privé. Le décompte inclut la maladie ordinaire, la maladie de longue durée et les accidents du travail.
Une demi-journée par an sépare donc les deux mondes. Ces jours sont ceux que les personnes interrogées rapportent elles-mêmes à l’enquêteur de l’Insee, dans le public comme dans le privé. La mesure vaut ainsi des deux côtés, avec la même méthode et les mêmes questions.
L’enquête fournit une seconde photographie, prise sur une semaine de référence. Au cours de cette semaine, 5 % des agents publics se sont absentés au moins un jour pour raison de santé. Les salariés du privé affichent exactement la même proportion. Les fonctionnaires ne s’arrêtent donc pas plus souvent : ils cumulent sur l’année une demi-journée de plus, accumulée au fil d’arrêts légèrement plus longs. Cette nuance compte, car le débat public vise d’ordinaire les absences courtes et répétées, celles que le jour de carence est censé décourager.
La comparaison par sexe resserre encore les chiffres. Les hommes déclarent 9,3 jours d’absence par an, dans le public comme dans le privé, et 4 % d’entre eux sont absents au cours d’une semaine donnée, quel que soit leur employeur. Du côté des femmes, les agentes publiques déclarent 12,0 jours, un dixième de jour de moins que les salariées des entreprises (12,1 jours). À sexe égal, public et privé affichent des chiffres quasi identiques.
Reste l’âge, qui retourne le tableau. Les agents publics de moins de 30 ans déclarent 6,4 jours d’absence par an, contre 8,1 pour les salariés du même âge. Entre 30 et 49 ans, ils en déclarent 9,0, contre 9,7 dans le privé. Il faut atteindre 50 ans pour voir les agents publics dépasser leurs homologues : 14,9 jours contre 13,4, soit un jour et demi de plus.
Avant la cinquantaine, un fonctionnaire s’arrête donc moins qu’un salarié de son âge. La totalité de la demi-journée observée en moyenne provient des seniors. Elle naît dans une seule tranche d’âge et s’efface dans toutes les autres.
Ces niveaux sont désormais stables. Après la pandémie de Covid-19, les agents publics ont réduit leurs absences de 2,6 jours entre 2022 et 2023, puis d’un jour entre 2023 et 2024 ; la moyenne n’a plus bougé en 2025. Une question demeure : pourquoi les plus de 50 ans pèsent-ils autant dans la moyenne publique ?
Une fonction publique de 44 ans en moyenne
La réponse tient d’abord au nombre. Les agents publics avaient en moyenne 44 ans en 2024, trois de plus que les salariés du privé, selon la DGAFP. La fonction publique compte 2,5 agents de 50 ans ou plus pour un agent de moins de 30 ans ; les entreprises en comptent 1,4.
Au total, 38 % des agents publics, soit plus de 2,2 millions de personnes, ont franchi le cap des 50 ans. Dans la fonction publique territoriale, qui réunit les agents des communes, des départements et des régions, la part monte à 44 %. Elle atteint 51 % parmi les fonctionnaires territoriaux titulaires (sous statut, hors contractuels) : un sur deux.
Or c’est précisément après 50 ans que les absences s’allongent, dans le public comme dans le privé. Un employeur dont les effectifs vieillissent voit sa moyenne d’absences monter mécaniquement, même si chaque classe d’âge s’arrête un peu moins qu’ailleurs. L’État, les collectivités et les hôpitaux sont dans ce cas.
En comparant les moyennes globales, on compare donc surtout deux pyramides des âges. Encore faut-il savoir où travaillent ces agents âgés qui tirent le chiffre vers le haut.
Les enseignants, en bas du classement
Les salles de classe ne les abritent pas. Régulièrement mis en cause dans les débats sur les classes privées de professeur, les enseignants déclarent 8,1 jours d’absence pour raison de santé en 2025, soit 2,5 jours de moins que les salariés du privé. Au cours d’une semaine donnée, 4 % d’entre eux s’absentent au moins un jour, contre 5 % dans les entreprises. Aucune autre catégorie suivie par l’enquête ne descend aussi bas.
Les autres personnels civils de la fonction publique de l’État, dans les ministères et leurs services en région, déclarent 9,0 jours d’absence, 1,6 de moins que la moyenne du privé. L’État employeur, enseignants compris, se situe donc sous le niveau des entreprises.
Ces enseignants peu absents travaillent pourtant sans répit. Interrogés en 2024 pour l’enquête Conditions de travail de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), le service statistique du ministère du travail, et de la DGAFP, 71 % des professeurs des écoles et 62 % des enseignants du secondaire déclarent ne pas pouvoir interrompre momentanément leur travail quand ils le souhaitent. Devant une classe, impossible de s’éclipser cinq minutes. Face à une tâche délicate, 45 % des enseignants du secondaire et du supérieur disent ne pas recevoir d’aide de leur hiérarchie.
Les professionnels les plus visés par le soupçon d’absentéisme figurent ainsi parmi les plus présents du monde du travail. Les seniors qui pèsent sur la moyenne publique se trouvent ailleurs.
À l’hôpital, 19,3 jours d’absence après 50 ans
Ils travaillent d’abord à l’hôpital. Les agents de la fonction publique hospitalière, celle des hôpitaux publics et des établissements médico-sociaux, déclarent 14,3 jours d’absence en 2025, 1,3 de plus qu’un an plus tôt, et 6 % d’entre eux sont absents au cours d’une semaine donnée. Dans la territoriale, la moyenne atteint 12,7 jours, avec la même proportion d’absents hebdomadaires, malgré un recul de 0,6 jour en un an.
Le croisement de l’âge et du versant, nom donné à chacune des trois branches de la fonction publique (État, collectivités, hôpitaux), situe la différence avec précision. Passé 50 ans, un agent hospitalier déclare 19,3 jours d’absence par an, un agent territorial 18,3. Un agent de l’État du même âge en déclare 10,4, moins que les 13,4 jours d’un salarié du privé de sa génération. Sous le même statut de fonctionnaire, les seniors de l’hôpital s’absentent près de deux fois plus que ceux des ministères. Ce qui les sépare, c’est le métier.
L’hôpital tourne jour et nuit, toute l’année. En 2025, 56 % des agents hospitaliers ont travaillé au moins un dimanche dans le mois, contre 17 % des salariés du privé. Dans le même temps, 26 % ont travaillé entre minuit et 5 heures du matin, contre 10 %.
À ces horaires s’ajoute la charge physique. Dans l’enquête de la Dares et de la DGAFP, 56 % des agents hospitaliers déclarent subir au moins trois contraintes physiques lourdes : porter des charges, tenir des postures douloureuses, rester debout pendant de longues heures. La proportion grimpe à 70 % chez les ouvriers et les aides-soignants, ceux qui lèvent les patients, les retournent, les accompagnent jusqu’à la douche.
Les collectivités locales emploient une autre population de terrain, exposée à une usure comparable : les agents qui entretiennent la voirie, nettoient les rues, préparent et servent les repas des cantines scolaires. Les aides-soignants, les agents de service et les employés de la petite enfance travaillent effectivement moins de 1 500 heures par an, l’usure amputant leur temps de présence.
Derrière la moyenne publique se trouvent donc des soignants et des agents de terrain de plus de 50 ans, dont les corps portent des années de nuits, de charges et de dimanches travaillés.
L’épreuve de la détresse d’autrui
À l’usure des corps s’ajoute une exposition que le privé connaît moins. Selon la même enquête, 84 % des agents publics sont en contact direct avec le public, contre 67 % des salariés. Surtout, 69 % déclarent travailler au contact de personnes en détresse, près de deux fois la proportion du privé (37 %). Le taux atteint 74 % dans les services de l’État, 82 % à l’hôpital et 89 % chez les policiers, les pompiers et les militaires.
Les agents doivent alors tenir leurs propres émotions. Parmi eux, 73 % disent devoir calmer des usagers, contre 47 % dans le privé ; 49 % vivent des situations de tension avec le public, contre 37 %. Plus d’un agent sur trois (35 %) déclare cacher ses émotions ou feindre la bonne humeur, cinq points de plus qu’en 2016.
La charge mentale s’est alourdie sur la même période. D’après leurs réponses, 56 % des agents publics doivent penser à trop de choses à la fois, huit points de plus qu’en 2016, contre 44 % des salariés du privé. Ils sont 44 % à juger leur quantité de travail excessive, et 50 % à l’hôpital. L’impossibilité d’interrompre sa tâche, relevée chez les enseignants, touche 43 % des agents publics contre 26 % des salariés, et 66 % des aides-soignants. Face à un travail délicat, 33 % des agents disent ne pas être aidés par leurs supérieurs, contre 24 % dans le privé.
L’hôpital cumule ainsi le plus fort taux de contact avec la détresse et la plus longue durée d’absence. Les statisticiens de la Dares et de la DGAFP n’établissent pas de lien de causalité entre ces mesures, tirées de deux enquêtes distinctes. Les deux records se trouvent pourtant au même endroit.
Invalidité : +37,9 % de départs en un an
Au bout de cette usure, une partie des agents ne revient pas. Un fonctionnaire reconnu définitivement inapte à exercer part en retraite pour invalidité, quel que soit son âge. Le Service des retraites de l’État (SRE), rattaché à la direction générale des finances publiques, et la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL), qui verse les pensions des territoriaux et des hospitaliers, tiennent le compte de ces départs. Le nombre de nouvelles pensions attribuées pour invalidité a bondi de 37,9 % en 2025, après une hausse de 8,6 % en 2024.
Deux versants portent cette envolée : 51,7 % de départs pour invalidité supplémentaires dans la territoriale, 49,5 % à l’hôpital. Ce sont les deux mêmes où les plus de 50 ans déclarent le plus d’absences, 18,3 et 19,3 jours par an. Les arrêts maladie et les sorties définitives se concentrent dans les mêmes services, chez les mêmes générations.
Comptés par les caisses à partir de leurs propres dossiers, ces départs ne doivent rien aux déclarations des agents. En 2025, les pensions d’invalidité représentent 13 % des pensions de fonctionnaires, sur 144 000 départs en retraite dans la fonction publique. Le SRE et la CNRACL ne détaillent pas, dans ces données, les pathologies à l’origine des mises en invalidité.
Les fonctionnaires dits sédentaires, dont le métier n’ouvre droit à aucun départ anticipé, partent en retraite à 64,3 ans en moyenne. Les agents reconnus définitivement inaptes quittent le service à 57,6 ans, près de sept ans plus tôt.


