Facturation électronique : le 1er septembre n’était que le début

La réussite de la facture électronique ne se mesurera pas au nombre d’inscrits. Benjamin Royoux (ECMA) appelle à en faire un outil de pilotage au quotidien.

Le 1er septembre 2026 a marqué une étape importante pour les entreprises françaises avec l’entrée en vigueur de l’obligation de réception des factures électroniques. Après plusieurs années de préparation, de reports et d’interrogations sur les modalités de mise en œuvre de la réforme, la facturation électronique obligatoire est désormais entrée dans le quotidien des entreprises.

Pour autant, cette première échéance ne marque pas l’aboutissement de la réforme. Elle en constitue plutôt le point de départ opérationnel. S’équiper d’une plateforme agréée et figurer dans l’annuaire national des assujettis est une étape indispensable, mais elle ne suffit pas à transformer les pratiques. Désormais, les entreprises doivent intégrer ces nouveaux flux dans leur organisation, adapter certains processus internes, accompagner les collaborateurs concernés et sécuriser le traitement quotidien des factures et des statuts associés.

L’enjeu des prochains mois sera donc d’accompagner chaque entreprise à son rythme, qu’il s’agisse d’achever le déploiement de sa plateforme agréée ou de s’approprier ces nouveaux outils au quotidien. Dans le même temps, le calendrier réglementaire se poursuit, notamment avec les obligations liées à l’émission des factures par les TPE/PME et à l’e-reporting. Après une première phase largement consacrée à la mise en conformité, une nouvelle étape commence : celle des usages.

Des niveaux de préparation encore contrastés

Selon les données publiées par la DGFiP au 4 octobre 2026, 3 entreprises sur 4 ont déjà désigné une plateforme agréée dans l’annuaire national, dont 88 % des 260 000 PME et 76 % des 2,9 millions de microentreprises.

Toutes les entreprises n’en sont pas encore au même niveau de préparation. En juillet 2026, 23 % des entreprises interrogées dans le cadre du Baromètre de la facturation électronique mené par OpinionWay pour le CNOEC et ECMA indiquaient n’avoir engagé que très peu d’actions concrètes, voire aucune. Les plus petites structures, en particulier dans les secteurs de l’industrie, de l’agriculture et du BTP, figuraient parmi les moins avancées.

Cette réalité se retrouve encore aujourd’hui. Si les grandes entreprises et les PME ont massivement franchi le pas, les entreprises individuelles demeurent la population la moins avancée dans l’adoption de la réforme. Avec près de 6 millions d’entreprises concernées et seulement 31 % se déclarant prêtes à recevoir des factures électroniques, elles constituent désormais l’un des principaux enjeux d’accompagnement pour les mois à venir.

Cette situation n’est pas étrangère au déficit d’information observé ces derniers mois. En juillet, le manque d’information sur les obligations et les démarches à réaliser constituait le premier frein cité par les entreprises interrogées dans le cadre du Baromètre, à hauteur de 32 %.

Malgré ces besoins d’accompagnement, l’expert-comptable reste l’interlocuteur de référence des entreprises sur le sujet de la facturation électronique et un acteur clé de la réussite de la réforme. Ces derniers mois, il a expliqué les obligations, orienté les entreprises et préparé le déploiement des solutions, permettant à une large majorité de ses clients d’être prêts à l’échéance. Son rôle ne s’arrête pas là. À mesure que la réforme s’installe dans les usages, son accompagnement va porter davantage sur l’organisation des processus, l’exploitation des données disponibles et l’identification de nouveaux besoins ou opportunités pour ses clients.

Au-delà de la conformité, un levier de performance pour les entreprises

Pour de nombreuses entreprises, la facturation électronique a d’abord été perçue comme une nouvelle obligation réglementaire. Pourtant, ses bénéfices dépassent largement le cadre de la conformité.Les factures circulent désormais sous forme de données structurées, transmises en temps réel.

Cette évolution ouvre également de nouvelles perspectives en matière de gestion et de pilotage. Une meilleure visibilité sur les factures émises, reçues ou en attente de règlement permet d’améliorer le suivi de la performance. Les données deviennent plus fiables, plus accessibles, plus complètes et plus faciles à exploiter au quotidien.

Dans ce contexte, l’accompagnement de l’expert-comptable prend encore plus d’importance. Par sa position, il dispose déjà d’une vision privilégiée de la situation financière de ses clients. Avec des données accessibles au fil de l’eau, il peut désormais les aider à piloter leur activité plus finement : suivre leur trésorerie, anticiper les tensions, identifier plus tôt les leviers d’amélioration. Là où son intervention reposait souvent sur des échéances ponctuelles, elle peut devenir un accompagnement continu, au plus près des décisions du dirigeant.

La facturation électronique a longtemps été abordée sous l’angle de la contrainte réglementaire et de la préparation à l’échéance. Mais la réussite de la réforme ne se mesurera pas uniquement au nombre d’entreprises équipées et inscrites dans l’annuaire. Elle dépendra aussi de leur capacité à intégrer ces nouveaux outils dans leur fonctionnement et à tirer parti des informations désormais disponibles pour améliorer leur gestion, sécuriser leurs processus et développer leur activité. 

Le 1er septembre 2026 n’était pas une fin en soi. C’était le point de départ d’une nouvelle manière de gérer et de piloter l’entreprise.

Benjamin Royoux
Directeur général d’ECMA, éditeur de jefacture.com



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