Le grand décalage entre Trump et les électeurs

Impopulaire, absorbé par ses propres combats, Donald Trump entraîne les républicains dans sa chute à l'approche des élections de mi-mandat du 3 novembre.

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À 38 jours des élections de mi-mandat du 3 novembre, les démocrates devancent les républicains de 8,4 points dans les intentions de vote au Congrès, leur plus large avance à ce jour. Les enquêtes décrivent un président absorbé par ses propres combats, loin des préoccupations des électeurs.

Dans la novlangue trumpiste, un président qui maîtrise ses dossiers est « concentré avec la précision d’un laser ». Pour le Parti républicain, le problème tient désormais à la cible de ce laser. À cinq semaines des midterms, les sondages montrent que les sujets qui mobilisent Donald Trump ne sont pas ceux qui inquiètent les Américains.

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Sondages des midterms : les démocrates creusent un écart record

La moyenne des sondages calculée par Silver Bulletin, arrêtée au 25 septembre, crédite les démocrates de 49,6 % des intentions de vote contre 41,2 % pour les républicains. Jamais l’écart n’avait été aussi large. Les démocrates sont en tête depuis avril 2025, et plusieurs enquêtes récentes vont plus loin : Emerson College leur donne 11,3 points d’avance, YouGov pour The Economist 14 points.

Cet indicateur, dit du « bulletin générique », interroge les électeurs sur le parti pour lequel ils voteraient, sans nommer de candidat. C’est la mesure la plus fiable pour un scrutin aussi fragmenté. Le 3 novembre, les Américains renouvellent les 435 sièges de la Chambre des représentants, 35 des 100 sièges du Sénat et 36 postes de gouverneur, sans compter une multitude de mandats locaux. L’indicateur vaut surtout pour la Chambre, renouvelée en totalité, mais il donne aussi le climat national dans lequel se joue le Sénat.

Popularité de Trump : le coût de la vie, premier motif de désaveu

L’impopularité du président bat des records. Selon la même moyenne, 60,2 % des Américains désapprouvent son action et 37,4 % l’approuvent, un solde négatif de 22,8 points. Il est dans le rouge depuis mars 2025.

Le détail par thème est plus sévère encore. Sur le coût de la vie, le solde atteint −46,4 points. Suivent l’économie (−32,1), le commerce et les droits de douane (−28,3), puis l’immigration (−13). Un sondage CNN/SSRS réalisé les 16 et 17 septembre ajoute la politique étrangère : 29 % seulement approuvent sa conduite, et 26 % sa gestion de la guerre en Iran.

Les priorités de Trump en décalage avec les électeurs

Donald Trump consacre son énergie à d’autres causes. Les projets architecturaux qu’il mène ou envisage à la Maison-Blanche et à Washington. Ses attaques contre trois médias dont la couverture lui déplaît. La peur du communisme, qu’il entretient. Son enrichissement personnel et celui de sa famille. Et la promotion de l’intelligence artificielle, qu’il s’acharne, sans grand succès, à rebaptiser superintelligence.

Les électeurs, comme les candidats républicains engagés dans les circonscriptions les plus disputées, attendent autre chose. Une baisse du coût de la vie et des prix à la pompe, alors que l’essence et le diesel ont atteint cette semaine un record historique, avec leurs effets sur l’inflation. Un coup d’arrêt à la corruption. La fin de la guerre en Iran. Ils voudraient aussi que le président prenne au sérieux les risques de l’IA, que ses propres promoteurs décrivent ouvertement comme potentiellement catastrophique pour l’humanité, et qu’il encadre ses centres de données. Le sujet fait figure d’exception dans un pays polarisé : il rassemble la gauche et la droite. Selon CNN/SSRS, 71 % des Américains jugent que le gouvernement fédéral n’en fait pas assez pour réguler l’IA. C’est l’avis de 85 % des démocrates, de 67 % des indépendants et de 63 % des républicains.

Médias bannis, discours à l’ONU, visite de Xi Jinping : une semaine révélatrice

Les derniers jours ont illustré ce décalage. Trump a d’abord interdit l’accès de la Maison-Blanche à trois médias pour les punir de ce qu’ils écrivaient sur lui. Ses avocats ont ensuite invoqué la sécurité nationale, trop tard pour effacer la première justification.

À la tribune des Nations unies, il a prononcé un discours de campagne, celui d’un candidat au bilan flatteur que la réalité dément. Puis il a reçu le président chinois, Xi Jinping, avec beaucoup d’honneurs et peu de résultats, allant jusqu’à l’accueillir à l’aéroport, un geste sans précédent depuis John F. Kennedy. Au même moment, son administration diffusait une vidéo anticommuniste à la gloire du président, où un chœur l’implorait d’être aimé sur un défilé d’images de lui. La polémique a porté sur son financement public plutôt que sur son contenu. La vanité de Trump, sans doute sa première obsession, n’étonne plus les Américains.

Des candidats républicains prennent leurs distances avec Trump

Rien de tout cela ne semble infléchir le président. Pourtant, de plus en plus de républicains retirent son nom de leurs sites de campagne et préfèrent qu’il ne se rende pas dans leur circonscription. Une dizaine d’élus ou de candidats, parmi les plus menacés, critiquent désormais publiquement certaines de ses politiques.

La représentante de Floride María Elvira Salazar a dénoncé dans une vidéo la brutalité de l’ICE, le service de l’immigration et des douanes. Mike Rogers, candidat au Sénat dans le Michigan, affirme dans un spot que les Américains ont assez attendu la fin de la guerre en Iran. Trump a promis devant l’ONU qu’elle surviendrait au lendemain des midterms, mais sept mois de revirements ont ruiné le crédit de ses calendriers.

L’érosion atteint le noyau dur. Une enquête du Wall Street Journal, fondée sur l’analyse par IA de 70 000 heures de podcasts MAGA, montre que les mentions du président par heure d’émission se sont effondrées ces derniers mois, en particulier depuis le début de la guerre en Iran. Seuls les animateurs les plus à gauche de cet écosystème continuent de parler de lui aussi souvent.

Trump se prépare à un Congrès hostile

Le président semble avoir déjà fait le deuil de ces élections. Il ne raisonne ni en chef de parti, ni en dirigeant national, encore moins en acteur mondial : il ne pense qu’à lui-même, et déjà à l’après, quand les républicains auront perdu leurs majorités au Congrès. Il y a une quinzaine de jours, sur Fox News, il a d’ailleurs annoncé son intention de faire obstacle aux démocrates et de bloquer leurs initiatives pendant deux ans.

Le parti au pouvoir perd traditionnellement les élections de mi-mandat. Une opposition majoritaire peut alors paralyser l’agenda de l’exécutif, voire lancer une procédure de destitution. Le risque grandit si les démocrates conquièrent les deux chambres, comme certains sondages le prévoient. Ce cas de figure ne s’est produit qu’à six reprises.

Trump, sans doute le narcissique le plus doué et le plus victorieux de l’histoire américaine, tient à laisser son empreinte à Washington. Il dispose pour cela de moins d’un an, avant que la campagne de 2028 n’éclipse sa présidence. D’ici la fin du mandat, il devrait multiplier les décrets, comme il le fait depuis son retour au pouvoir, et défier les tribunaux de les annuler. Reste une inconnue plus inquiétante : l’hypothèse de manœuvres présidentielles pour entraver l’accès au vote ou contester la légitimité du résultat ne peut être écartée.

Présidentielle 2028 : les prétendants se positionnent

Trump ne peut pas briguer un troisième mandat, et la course à sa succession a discrètement commencé. Chacun avance prudemment, en attendant le bon moment.

Côté républicain, le vice-président J. D. Vance a présenté ses lettres de créance à la convention de Dallas, tandis que des sources de la Maison-Blanche faisaient savoir que l’entourage présidentiel préfère le secrétaire d’État, Marco Rubio. Côté démocrate, le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, brouille les pistes en assurant qu’il s’effacera si Kamala Harris se présente. Celle-ci faisait campagne cette semaine dans le Michigan aux côtés d’Abdul El-Sayed, candidat au Sénat sur un programme socialiste, qui pourrait devenir le premier sénateur musulman de l’histoire du Capitole.

Alexandria Ocasio-Cortez a pris la lumière. Dans un entretien au New York Times, la représentante new-yorkaise affiche son ambition de devenir la première Latina à la Maison-Blanche. Elle tranchera après les midterms, convaincue, comme beaucoup à Washington, qu’en politique la chance ne se présente souvent qu’une fois.

Son camp souffre pourtant d’une fragilité de fond. La plupart des électeurs ne savent pas clairement ce que défendent les démocrates : entre modérés et progressistes, socialistes ou non, le seul ciment reste l’opposition à tout, ou presque, ce que Trump a fait et dit.

Donald Trump, lui, n’a pas changé de cible. Samedi matin, sur son réseau Truth Social, meilleur baromètre de ses obsessions à la première heure, il s’en est pris aux médias qu’il accuse de propager de fausses informations, a répété que l’Iran ne pourrait pas se doter de l’arme nucléaire et a de nouveau qualifié le changement climatique de supercherie, comme il l’avait fait mardi devant l’ONU en dépit des preuves scientifiques. Puis il a enchaîné les vidéos consacrées à lui-même.



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