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Le coup d’envoi est fixé à samedi, 17 heures. Le comité d’organisation a choisi le stade Abdoulaye Wade de Diamniadio, une enceinte de 50 000 places, pour lancer le 31 octobre la quatrième édition des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ), une compétition multisports réservée aux athlètes de 17 ans au plus, qui s’achèvera le 13 novembre.
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Aucun événement olympique ne s’était tenu jusqu’ici en Afrique. Le Comité international olympique (CIO) a créé ces Jeux en 2010, en les pensant comme des « Jeux olympiques des moins de 18 ans », et en a confié les trois premières éditions d’été à d’autres continents. Seize ans ont donc passé entre la naissance du format et son arrivée sur le sol africain.
Ce délai donne son poids au discours du CIO. L’institution présente les Jeux de Dakar comme « une étape importante pour le continent » et y voit la marque du « rôle croissant de l’Afrique dans le mouvement olympique ». Une réussite au Sénégal donnerait corps à ce rôle qu’elle revendique pour l’Afrique.
Les organisateurs sénégalais placent la barre plus haut encore. Mamadou Diagna Ndiaye, président du comité d’organisation des JOJ, espère que ce rendez-vous ouvrira la voie à des candidatures africaines pour les Jeux olympiques de 2036 ou de 2040. Le CIO a attendu la quatrième édition d’un format réservé aux adolescents pour l’installer en Afrique, et ses hôtes visent déjà les Jeux d’été, la compétition reine du mouvement olympique.
Mamadou Diagna Ndiaye fait ainsi de ces deux semaines un examen de passage pour tout un continent. Les villes candidates aux Jeux d’été sont jugées sur leur capacité à loger, transporter et protéger des foules venues du monde entier. Dakar livrera ses premières réponses sur chacun de ces points dès samedi.
Huit sites entre Dakar, Diamniadio et Saly
Les chiffres annoncés donnent la mesure de l’épreuve. Quelque 2 700 athlètes disputeront 25 sports sur huit sites répartis dans trois villes : Dakar, Diamniadio, à une trentaine de kilomètres de la capitale, et Saly, sur la côte, à environ 80 kilomètres. Face à eux, le Sénégal engage 136 athlètes.
À ces sportifs s’ajoutent, selon les organisateurs, 206 délégations nationales, 6 000 volontaires et jusqu’à un million de spectateurs. Ces visiteurs devront circuler entre des sites distants de plusieurs dizaines de kilomètres, si bien que le comité d’organisation jouera la réussite des Jeux sur les routes de la région autant que dans les stades.
Le programme fait aussi une place aux sports de bord de mer : lutte de plage, aviron de mer, volleyball de plage.
Une dette à 132 % du PIB
Le Sénégal accueille ces Jeux en pleine crise de la dette. Selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI), la dette totale du pays atteignait 132 % du PIB fin 2024, en comptant près de 7 milliards de dollars d’emprunts non déclarés. Le 1er septembre, les équipes du FMI et le gouvernement sénégalais ont conclu un accord sur un programme de prêts de 2,2 milliards de dollars étalé sur trente-six mois, un accord technique que le conseil d’administration du Fonds, son organe de décision, doit encore valider. Selon une analyse publiée en septembre par le site The Conversation, les intérêts prévus pour 2026 représentent environ un cinquième des recettes publiques.
L’État s’est pourtant engagé lourdement. Par le contrat d’hôte, l’accord qui fixe les obligations du pays organisateur envers le CIO, il doit verser 35,97 milliards de francs CFA à l’organisation, selon l’agence Ecofin, et le gouvernement a inscrit au moins 91 milliards de francs CFA (près de 139 millions d’euros) au budget 2026 pour les infrastructures liées aux JOJ.
Le coût total fait débat. Mamadou Diagna Ndiaye conteste le chiffre de 80 milliards (environ 122 millions d’euros) avancé par certains et assure que le budget opérationnel du comité, c’est-à-dire ses dépenses d’organisation hors infrastructures, s’élève à 32 milliards (près de 49 millions d’euros), couverts à 60 % par le CIO et ses partenaires. L’Agence française de développement (AFD) a, de son côté, prêté 60 millions d’euros pour rénover des équipements sportifs. Un État qui attend la validation de son programme avec le FMI consacre donc ces 91 milliards aux infrastructures d’une compétition de deux semaines.
Les autorités, qui ont multiplié les chantiers ces derniers mois dans les trois villes hôtes, défendent cette dépense comme un investissement d’avenir, source de formation et de compétences. Le président du comité d’organisation en donne la preuve qu’il juge la plus tangible : le Village des Jeux, qui loge les athlètes, deviendra un campus universitaire dès la fin de la compétition.
Récit panafricain, tribunes à remplir
Allumée le 10 septembre au stade panathénaïque d’Athènes, qui accueillit les premiers Jeux modernes en 1896, la flamme olympique a été accueillie à Dakar deux jours plus tard par le président de la République. C’est, a lancé Bassirou Diomaye Faye à ses concitoyens, « toute la jeunesse africaine qui [vous] regarde avec confiance et avec fierté ». « Je veux qu’en partant d’ici, ceux que nous aurons reçus dans cette période retiennent que la jeunesse africaine est débordante d’énergie, qu’elle est debout et déterminée », a-t-il ajouté.
De Dakar, la flamme a parcouru 3 600 kilomètres à travers les quatorze régions du Sénégal, portée par près de 450 relayeurs selon le site Afrik.com. Cette tournée nationale devait éveiller l’intérêt d’un public qui reste à gagner.
Dans la capitale, des panneaux proclament « L’Afrique accueille, Dakar célèbre ». L’AFP constate que la ferveur gagne Dakar, et qu’une majorité de Sénégalais, préoccupés par des difficultés économiques criantes, reste à distance de l’événement.
Le comité d’organisation a choisi des prix bas pour convaincre ces Sénégalais. Il a mis en vente près de 965 000 billets, de 1 000 à 5 000 francs CFA (de 1,50 à 7,60 euros), dont plus de 300 000 réservés aux écoles, aux clubs et aux jeunes, selon le site Œil d’Afrique. La Fondation Sénégal Solidaire, portée par la Première dame, Marie Khone Faye, consacrera en outre 500 millions de francs CFA (environ 762 000 euros) à l’achat de 200 000 billets destinés aux écoles et aux associations. Le chef de l’État dédie ces Jeux à toute la jeunesse africaine, et une fondation que porte son épouse financera une partie des places occupées par le public sénégalais.
Yiech Pur Biel, de Rio à Dakar
Une autre première se jouera sur la piste. Le CIO engage pour la première fois aux JOJ une équipe olympique de réfugiés, des athlètes qui ne peuvent concourir pour leur pays et défilent sous la bannière olympique. Six jeunes la composent, conduits par leur chef de mission (le responsable de la délégation), Yiech Pur Biel, qui courait à Rio, en 2016, dans la toute première équipe de ce type.
Tous vivent en Afrique et sont accueillis par les comités olympiques du Kenya et de l’Ouganda ; quatre d’entre eux courront le 200 m et le 800 m. Parmi eux, Florence Masumbe et Rachid Rochene, deux sprinteurs adolescents, ont fui l’instabilité de l’est de la République démocratique du Congo et vivent aujourd’hui en Ouganda.
Dix ans séparent la course de Yiech Pur Biel à Rio de son arrivée à Dakar. Entre ces deux dates, le CIO a étendu aux moins de 18 ans une équipe née aux Jeux d’été, et il la fait débuter sur le continent où vivent ses membres.
Drapeau et hymne russes, une première depuis 2022
Le 7 juillet, le CIO a levé à titre provisoire la suspension du Comité olympique russe (ROC), prononcée en 2023, en estimant que celui-ci ne comptait plus parmi ses membres d’organisations régionales installées dans des territoires ukrainiens. L’institution s’est engagée à ne pas organiser d’événement en Russie et à n’inviter aucun représentant de l’État russe. Pour les Jeux olympiques, ceux de Los Angeles en 2028 compris, elle s’est réservé la décision sur l’usage du drapeau, de l’hymne et des couleurs russes.
À Dakar, la question est tranchée. Treize athlètes russes, selon le ROC, accompagnés de dix entraîneurs, défileront samedi derrière leur drapeau, et l’hymne national retentira en cas de victoire. Ce sera une première dans une compétition olympique depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, début 2022. Le CIO n’a rien décidé pour Los Angeles, et le drapeau russe flottera dès cet automne sur le premier événement olympique africain, qui servira de précédent.
Les Russes concourront en cyclisme, judo, équitation, natation, skateboard, gymnastique sportive, taekwondo, wushu (un art martial chinois) et escrime. Le ministre des sports, Mikhaïl Degtiarev, qui préside aussi le ROC, les a réunis le 19 octobre à Moscou. « Un grand évènement approche !(…) Après vos victoires, et je suis convaincu qu’il y en aura, l’hymne russe sera joué et le drapeau russe sera hissé », leur a-t-il promis. « Quand on m’a dit qu’il y aurait les Jeux olympiques de la jeunesse, et que je pourrais y aller, c’était tout simplement extraordinaire », s’enthousiasme la cycliste sur piste Angelina Novolodskaya, sacrée championne du monde junior en août, en Belgique.
Kiev conteste ce retour. Le Comité olympique ukrainien a saisi le Tribunal arbitral du sport (TAS), la juridiction d’appel du sport mondial, installée à Lausanne, en jugeant la décision du CIO prématurée. Interrogé par l’AFP, Mikhaïl Degtiarev a répliqué que l’Ukraine n’avait pas à s’immiscer dans la décision du CIO.
Chaque fédération internationale décide seule d’admettre ou non les athlètes russes dans sa discipline. Les fédérations de natation et de judo les acceptent. World Athletics, la fédération internationale d’athlétisme, a confirmé leur exclusion début juillet, son président, Sebastian Coe, invoquant l’absence de toute avancée concrète vers des négociations de paix. Aucun Russe ne s’alignera donc dans les épreuves d’athlétisme à Dakar. La fédération russe d’athlétisme a riposté par deux recours devant le TAS, déposés les 9 juillet et 10 août.
Sous l’œil de Human Rights Watch
Le CIO veut profiter de ces Jeux pour « mettre en valeur la richesse culturelle du Sénégal ». L’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) se sert de la même exposition pour dénoncer la « répression brutale » des personnes LGBT+ dans le pays.
Une loi adoptée au printemps concentre ses critiques. Les députés ont voté le 11 mars la loi n° 2026-08, publiée au Journal officiel le 30 mars : les relations homosexuelles y sont punies de cinq à dix ans de prison et de 2 à 10 millions de francs CFA d’amende (environ 3 000 à 15 000 euros), et leur apologie, c’est-à-dire toute promotion publique, de trois à sept ans d’emprisonnement. Cent trente-cinq députés l’ont approuvée, aucun ne s’y est opposé, trois se sont abstenus.
Le ministre de l’intérieur, Mouhamadou Bamba Cissé, y a vu une « belle loi ». Le gouvernement présente la pénalisation des dénonciations calomnieuses comme un garde-fou. Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, avait pourtant exhorté le président à ne pas promulguer le texte.
HRW a publié le 12 octobre un rapport fondé sur 39 entretiens menés en mai au Sénégal. L’organisation y décrit des tests de dépistage du VIH imposés et des avocats dissuadés de défendre les personnes poursuivies. Elle reprend les données de HIV Justice Network, une ONG qui suit les poursuites liées au VIH, selon lesquelles plus de 300 personnes ont été arrêtées depuis février pour « actes contre nature », la qualification pénale des relations entre personnes de même sexe, un total que HRW dit ne pas avoir pu vérifier elle-même. HRW affirme avoir écrit aux autorités sénégalaises le 29 septembre, sans obtenir de réponse.
À la vitrine promise par le CIO, l’ONG oppose les engagements que l’institution impose elle-même aux pays hôtes. « La Charte olympique bannit toute discrimination sur quelque motif que ce soit et engage chaque pays accueillant les compétitions à respecter les droits humains », rappelle Human Rights Watch.


