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Plusieurs responsables du ministère de l’intérieur poussent pour que le choc de Ligue des champions entre le Paris Saint-Germain et le FC Barcelone, prévu mardi 20 octobre au Parc des Princes, n’ait pas lieu. Après les violences du 17 octobre, qui ont fait 997 blessés parmi les policiers et les gendarmes, le ministre a reconnu une « perte de contrôle ». Officiellement, le match reste maintenu. Deux issues sont désormais possibles : un report, que seule l’UEFA peut décider, ou un huis clos, que le préfet de police peut imposer.
« Ce serait de la folie d’organiser cette rencontre avec les événements que nous vivons », confie à L’Essentiel de l’Eco un membre du cabinet de Laurent Nuñez, ministre de l’intérieur. Selon lui, plusieurs responsables du ministère poussent pour que le match n’ait pas lieu mardi.
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En France, une seule autorité peut juger un match impossible à sécuriser et en demander le report. Il s’agit de la préfecture de police de Paris, l’administration de l’État chargée de l’ordre public dans la capitale, placée sous l’autorité du ministre de l’intérieur. Les doutes exprimés place Beauvau, au siège du ministère, visent donc l’administration qui détient le seul levier français capable de décaler la rencontre.
Ces doutes s’expriment au moment où le gouvernement durcit le ton. Lundi 19 octobre, peu après midi, à l’issue d’une cellule interministérielle de crise réunissant les ministères concernés, le premier ministre, Sébastien Lecornu, a demandé aux préfets de « déclencher un certain nombre de couvre-feux » dès le soir même. Ces mesures seront « partielles » et « localisées », et viseront d’abord à protéger les commerces pillés depuis samedi. Certaines zones de Paris pourraient être concernées, selon franceinfo. En début d’après-midi, la préfecture de police n’en avait publié aucune carte.
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Hors du ministère, d’autres voix réclament ce report. Un porte-parole de la CFTC Police, syndicat affilié à la Confédération française des travailleurs chrétiens, a demandé lundi que le match soit décalé, par crainte de nouvelles violences à ses abords. Sa demande a été relayée par le site de supporteurs Paris-Supporters, mais aucune agence de presse ne l’avait reprise lundi, et aucune autorité n’y avait répondu. Comme le conseiller du ministre, le syndicaliste s’inquiète de la capacité des forces de l’ordre à tenir une soirée de plus.
Le match reste ainsi inscrit au calendrier, mais contesté au sein même de l’administration chargée de le protéger. Pour mesurer ce que cette contestation peut produire, il faut suivre le chemin qu’emprunterait une décision de report.
Préfet de police et UEFA, une chaîne en deux maillons
Le premier maillon se trouve à Paris. Le préfet de police, Patrice Faure, dispose d’autres outils que le report : il peut imposer un huis clos, c’est-à-dire un match sans spectateurs, limiter les déplacements de supporteurs ou durcir le périmètre de sécurité. Placé sous l’autorité du ministre de l’intérieur, il peut recevoir de lui des instructions, ce qui donne leur portée aux doutes exprimés place Beauvau. Les deux clubs, eux, n’ont aucun intérêt à solliciter un report.
Le second maillon se trouve à Nyon, en Suisse, au siège de l’UEFA. L’article 26 du règlement de la Ligue des champions, en vigueur pour la saison 2026-2027, oblige toute partie qui doute de la tenue d’un match à en informer l’administration de l’UEFA. C’est notamment le cas pour des motifs de sécurité. L’UEFA tranche alors seule : elle peut changer le stade, la ville, la date ou l’horaire. Sa décision est définitive.
L’article 27 encadre la suite. Un match qui ne peut se jouer le jour prévu est, en règle générale, disputé le lendemain ; à défaut, l’UEFA fixe une nouvelle date. Le même article prévoit qu’un match reprogrammé se joue, si nécessaire, sans spectateurs, dans un stade de repli agréé par l’UEFA. Le texte ne prévoit aucune annulation.
Le calendrier laisse peu d’alternative à cette règle du lendemain. Le PSG reçoit l’Olympique lyonnais dimanche 25 octobre à 20 h 45, puis se déplace à Villarreal le 3 novembre. Le Barça affronte le Real Madrid le même dimanche, dans le Clasico. Le seul report réaliste tombe donc mercredi 21 octobre.
La pression exercée place Beauvau ne produit d’effet qu’à deux conditions : une saisine formelle par le préfet, c’est-à-dire une demande officielle adressée à l’UEFA, puis l’accord de l’instance. Réunies, elles mèneraient selon toute vraisemblance à un match disputé mercredi soir, ou devant des tribunes vides. C’est l’état de la police parisienne, au sortir du week-end, qui donne du poids à cette hypothèse.
997 policiers et gendarmes blessés en une journée
Samedi 17 octobre, en marge des manifestations contre la vie chère, le ministère de l’intérieur a recensé 2 397 interpellations et 997 policiers et gendarmes blessés, dont sept gravement. À Paris, la préfecture de police a annoncé 855 interpellations, un « chiffre record ».
Les violences ont repris le lendemain. Dimanche soir, des pilleurs ont de nouveau visé la place de la République et le quartier des Halles. Les autorités, citées par Europe 1, ont fait état de près de 350 interpellations à Paris entre dimanche et lundi matin. Ces deux quartiers devront encore être protégés mardi soir, pendant que d’autres unités encadreront le Parc des Princes, dans le 16e arrondissement.
Lundi matin, sur France Inter, Laurent Nuñez a reconnu « un manque d’anticipation » dans la mobilisation des forces de l’ordre et « une perte de contrôle » dans plusieurs grandes villes. Il dit avoir présenté sa démission dimanche à Emmanuel Macron, qui l’a refusée. Le ministre est donc maintenu à son poste après avoir admis que le dispositif de samedi avait été sous-dimensionné.
Cet aveu change la nature de la décision à prendre pour mardi. Les forces de la préfecture de police appelées à sécuriser le Parc des Princes appartiennent au dispositif débordé samedi et mobilisé sans interruption depuis. Toute assurance donnée sur la sécurité du match engage désormais un ministre qui a reconnu ne pas avoir anticipé la soirée précédente. Les couvre-feux annoncés lundi par Sébastien Lecornu pourraient toutefois trancher la question avant tout débat sur les effectifs.
Montpellier 2018, Athènes 2023 : les rares reports
Les reports pour raisons de sécurité restent rares, et ils obéissent à une logique repérable. En décembre 2018, la préfecture de police a obtenu de la Ligue de football professionnel le report de PSG-Montpellier, prévu le samedi 8 décembre. Elle voulait mobiliser l’ensemble de ses forces sur les manifestations des gilets jaunes convoquées le même jour.
L’UEFA a pris une décision comparable en août 2023. La veille d’AEK Athènes-Dinamo Zagreb, un supporteur avait été tué lors d’affrontements entre fans des deux clubs aux abords du stade athénien. En concertation avec les autorités grecques, l’instance a reporté le match, prévu le 8 août, en invoquant l’article 26. La rencontre s’est finalement jouée onze jours plus tard, le 19 août.
D’autres menaces n’ont pas suffi. En avril 2024, un PSG-Barcelone de quart de finale avait été maintenu malgré des messages de l’organisation État islamique appelant à frapper le Parc des Princes, et l’UEFA avait assuré que tous les matchs auraient lieu avec des dispositifs adaptés. Le huis clos, lui, a déjà été imposé au PSG : en mars 2020, la préfecture l’avait décidé pour la réception du Borussia Dortmund, premier d’une longue série de matchs joués sans public pendant l’épidémie de Covid-19.
Les deux reports ont un point commun : le danger coïncidait avec le match, par une manifestation le jour même ou par un mort la veille, lié à la rencontre. Pour mardi soir, aucun appel à un rassemblement d’ampleur à Paris n’avait été lancé lundi à notre connaissance, et les violences du week-end ne visaient pas le football. Les précédents penchent donc vers un match maintenu, sous contraintes. La pression exercée au sein du ministère de l’intérieur n’a, elle, pas d’équivalent dans ces exemples. Décembre 2018 reste le cas le plus proche, celui où la préfecture avait jugé la rue prioritaire sur le stade.
Quatre signaux d’ici mardi 21 heures
Ces contraintes laissent trois issues ouvertes. La première, le maintien sous haute protection, correspond à la position officielle, mais une partie du ministère de l’intérieur la conteste. La deuxième combine maintien et restrictions : interdiction de déplacement des supporteurs catalans, périmètres élargis, ou huis clos en guise de compromis entre ceux qui veulent jouer et ceux qui jugent la soirée ingérable. La troisième, un report à mercredi, supposerait une saisine de l’UEFA par le préfet de police. Un appel à manifester mardi soir, une nouvelle nuit d’émeutes ou une note de renseignement signalant une action ciblée pourrait la déclencher.
La carte des couvre-feux parisiens dira si le Parc des Princes et ses accès sont concernés, et un décret d’état d’urgence ouvrirait la voie à la fermeture du stade. Un communiqué de la préfecture de police sur le dispositif du match, ou l’annonce d’une saisine de l’UEFA, indiquera si les doutes exprimés au ministère ont franchi l’étape administrative.


