« Je crois » : les deux mots qui coûtent cher à Mbappé

« Je crois que c’est un dictateur chinois. » En une phrase sur un mème de Mao, Mbappé a perdu trois sponsors et sa vitrine en Chine.

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Dimanche, il était l’homme providentiel en Espagne. Son doublé dans le “Clasico” face à Barcelone a donné la victoire au Real Madrid (1-2) et porté son total à cent buts sous le maillot blanc. Un Clasico la veille du Ballon d’Or, c’est le genre de scénario qu’on n’oserait pas écrire. Mbappé l’avait joué, et il pensait sans doute que la suite était déjà rédigée.

Lundi, la suite a été rédigée par d’autres. Harry Kane, l’éternel perdant magnifique, est reparti de Londres avec le trophée. L’écart final est inférieur à 41 points, nous a-t-on expliqué, comme si cela consolait. Une défaite courte reste une défaite, et celle-ci a une saveur particulière. En septembre, Mbappé avait expliqué qu’il pensait toujours être le meilleur, tout en concédant que chacun avait droit à son opinion. Les votants ont simplement exercé ce droit.

Plusieurs médias ont décrit une réaction glaciale au moment de l’annonce. Le perdant magnifique, c’était désormais lui, et le rôle ne lui va pas.

Le plus cruel est que le calendrier vote aussi contre lui. Ses trois meilleurs classements au Ballon d’Or ont tous eu lieu lors d’éditions qui comptaient une Coupe du monde. L’an prochain, il n’y en aura pas. Il lui restera ses buts au Real, c’est-à-dire exactement ce qui n’a pas suffi cette année.

Le costume de Mao

Puis est venu mardi, et la défaite sportive est devenue une anecdote.

Dans une vidéo de l’émission The Bridge, ressortie le soir même de la cérémonie, Mbappé raconte que son mème préféré montre son visage collé sur celui d’« un type, je crois que c’est un dictateur chinois ». Le type en question est Mao Zedong. Dans cette phrase, le mot le plus terrible n’est pas « dictateur ». C’est « je crois ». Le joueur le mieux conseillé de la planète, entouré de communicants, de juristes et de consultants en image, ne savait pas qui était l’homme dont il portait le costume sur son téléphone. Il utilise pourtant ce montage souvent avec ses amis en ligne, dit-il.

Le pire, c’est qu’il sait. En septembre, dans France Football, il disait lui-même trouver ces montages moins drôles au regard des dégâts causés par ces hommes dans l’histoire. On ignore si la séquence de The Bridge a été tournée avant ou après. Mais l’homme qui a tracé la ligne est aussi celui qu’on entend rire de l’autre côté.

La sanction a été d’une efficacité toute industrielle. Dongpeng, qui l’avait nommé ambassadeur en avril, Mengniu et Milkground ont rompu en quelques heures avec des communiqués presque identiques. Selon la presse d’État chinoise, la télévision publique a suspendu la diffusion de la Liga, et Dior, Hublot et même On, la marque dont il est actionnaire, ont retiré ses contenus de leurs pages Weibo. Joli doublé : deux jours après avoir offert le Clasico au Real, il prive le championnat espagnol de sa vitrine chinoise.

Le sujet a été vu 430 millions de fois sur Weibo, alors que beaucoup d’internautes chinois avouaient ne pas savoir ce qu’il avait dit. Mbappé a été condamné par des gens qui ne l’ont pas entendu. On pourrait y voir une injustice, si la phrase elle-même avait été défendable. Pékin ne s’embarrasse pas de nuances, et ses marques encore moins. Mais personne n’a obligé le capitaine des Bleus à encaisser leur argent. Quand on vend son visage à un marché où l’on ne plaisante ni sur Taïwan, ni sur Hong Kong, ni sur le « Grand Timonier », la moindre des choses est d’apprendre qui est le Grand Timonier.

Pour être honnête, l’AFP n’a pas pu, dans un premier temps, authentifier la vidéo. Mais ni le joueur ni l’émission ne l’ont démentie. Le silence, chez un homme qui aime parler de lui à la troisième personne, vaut presque aveu.

La tortue qui ne rentrait jamais la tête

Les fans chinois l’appelaient affectueusement « Guigui », la tortue. Il y a quelque chose d’injuste dans ce surnom : une tortue sait quand rentrer la tête. Mbappé, lui, a passé sa carrière à la sortir. Pour négocier ses contrats, choisir ses clubs, commenter les élections ou poser pour les marques.

Dans la nuit de lundi, sur X, Harry Kane a résumé sa victoire d’une formule : travailler dur en silence, et laisser le succès faire du bruit. Mbappé a toujours fait l’inverse. Il a fait du bruit en attendant que le succès suive. Cette semaine, le bruit a fini par le rattraper.

Pour la première fois de sa carrière, il a une excellente raison de se taire. C’est précisément le moment où tout le monde attend qu’il parle.



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