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Mohamed Sanhadji, policier qui veillait sur l’équipe de France de football depuis 2004, a été mis en examen le 16 septembre 2026 sous huit qualifications pénales, dont la corruption et le blanchiment de fraude fiscale. Le juge d’instruction l’a placé sous contrôle judiciaire, avec un cautionnement (une somme consignée en garantie) de 80 000 euros et l’interdiction d’exercer dans le sport professionnel. Selon le quotidien sportif L’Équipe, l’ancien policier aurait reçu ou emprunté plus de 300 000 euros entre 2020 et 2024 auprès des internationaux qu’il était chargé de protéger. Il conteste la procédure et reste présumé innocent.
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En juin 2023, Kylian Mbappé, capitaine de l’équipe de France, signe plusieurs chèques au bénéfice des policiers affectés à la sécurité de la sélection. Le total atteint 180 300 euros. Quatre fonctionnaires reçoivent chacun 30 000 euros. Le cinquième, Mohamed Sanhadji, officier de liaison (le policier que le ministère de l’intérieur met à disposition de la sélection pour sa sécurité et sa logistique), touche 60 300 euros, soit le double de ses collègues à 300 euros près.
Tracfin, le service de renseignement financier du ministère de l’économie, repère ces mouvements un an plus tard. En juillet 2024, il signale des opérations atypiques au profit de cinq policiers chargés de la protection des équipes de France et de trois agents de sécurité privée. Le parquet de Paris ouvre alors une enquête préliminaire, conduite sous sa seule autorité, pour travail dissimulé (le travail non déclaré) et blanchiment de fraude fiscale. En retenant d’emblée le travail dissimulé, les magistrats envisageaient que ces sommes paient un service rendu hors de tout cadre déclaré.
L’entourage du joueur défend une autre lecture. Selon ses proches, l’argent provenait de la prime versée à Kylian Mbappé pour sa participation à la Coupe du monde 2022 et devait remercier les agents qui avaient assuré la sécurité de la sélection, sans rien attendre en retour.
Mohamed Sanhadji, lui, n’a jamais signalé ce chèque à sa hiérarchie. Or le code de la sécurité intérieure fixe précisément ce qu’un policier peut recevoir. Son article R. 434-9 lui impose d’exercer ses fonctions avec probité, lui interdit de tirer un avantage personnel de sa qualité et d’accepter un avantage ou un présent « directement ou indirectement » lié à ses fonctions. Pour que l’interdit s’applique, ce lien suffit, contrepartie ou non.
La version avancée par l’entourage du capitaine, à la supposer exacte, place donc le chèque dans le champ du texte. Une somme destinée à remercier un policier d’avoir protégé l’équipe de France se rattache, par définition, à sa mission. Elle venait en outre du joueur même que l’État le chargeait de protéger.
Les juges doivent désormais établir ce que recouvraient ces versements : de simples dons, ou la rémunération, en tout ou partie, de prestations ou d’avantages liés à la fonction de leurs bénéficiaires.
Quinze joueurs et 215 000 euros de prêts
L’Équipe a publié, mercredi 30 septembre, une enquête qui étend le dossier bien au-delà du chèque de juin 2023. Ses éléments ne sont, à ce stade, pas établis par la justice. Selon le quotidien, Mohamed Sanhadji aurait sollicité une quinzaine de footballeurs pour obtenir des prêts d’au moins 215 000 euros. Le journal cite notamment Yann M’Vila, Sabri Lamouchi, Hugo Lloris, Raphaël Varane, Patrick Vieira, Willy Sagnol, Nicolas Anelka, Mattéo Guendouzi, Laurent Blanc et Kylian Mbappé.
Le quotidien chiffre plus largement à plus de 300 000 euros les sommes que l’ancien policier aurait reçues ou empruntées auprès de plusieurs internationaux entre 2020 et 2024. Ce total n’inclut pas les avantages en nature que L’Équipe lui attribue.
Ces opérations devaient rester discrètes. D’après le journal, Mohamed Sanhadji aurait demandé à plusieurs reprises à ses interlocuteurs de n’en rien dire. « Si ça sort, ce sera la fin pour moi… », aurait-il écrit le 25 octobre 2024 au milieu de terrain Mattéo Guendouzi. Le message est daté de trois mois après le signalement de Tracfin.
Kylian Mbappé apparaît une seconde fois dans l’enquête. Il aurait accordé un prêt de 120 000 euros par l’intermédiaire de sa mère et proche conseillère, Fayza Lamari, dans le cadre d’une opération immobilière. Le parquet de Paris n’a rendu publique aucune mise en examen visant l’un ou l’autre.
Si ces éléments se confirment, le chèque de juin 2023 deviendrait un versement parmi d’autres, au sein d’une pratique étalée sur au moins quatre ans et visant des joueurs de plusieurs générations.
De Tracfin au juge d’instruction
Deux ans séparent le signalement de la mise en examen. L’enquête préliminaire est d’abord confiée à la division nationale des enquêtes de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices. L’affaire devient publique en juillet 2025, et le parquet ouvre une information judiciaire en janvier, ce qui place le dossier entre les mains d’un juge d’instruction.
Après quarante-huit heures de garde à vue, Mohamed Sanhadji est déféré, c’est-à-dire présenté au juge, puis mis en examen le 16 septembre 2026. Le juge a retenu huit qualifications. Les deux premières, la corruption passive (accepter un avantage pour agir ou s’abstenir) et la corruption active (en proposer un), visent une personne dépositaire de l’autorité publique, la catégorie dont relève un policier. Trois autres concernent le trafic d’influence, qui consiste à monnayer une influence, réelle ou supposée, sur une décision : actif et passif, puis international passif. S’y ajoutent le recel de détournement de fonds publics (le fait de détenir ou de profiter de fonds publics détournés), l’escroquerie et le blanchiment de fraude fiscale.
Les enquêteurs étaient partis de deux infractions d’ordre fiscal et social. Sur les huit qualifications finalement retenues, cinq relèvent de la corruption ou du trafic d’influence, et une sixième touche aux fonds publics. Le juge examine ainsi l’usage que le policier aurait fait de sa fonction, en plus de l’argent qu’il a reçu.
Plusieurs actes d’enquête restent connus par la seule presse. Selon L’Équipe, l’instruction a conduit à des perquisitions au siège de la Fédération française de football (FFF) et au domicile de Fayza Lamari, que le parquet de Paris n’a pas confirmées en détail. Le quotidien affirme aussi que l’enquête administrative de l’IGPN fait état de services rendus, de cadeaux et d’une mobilisation du réseau bâti par Mohamed Sanhadji dans le football. Ces constats disciplinaires devront encore être éprouvés par l’instruction, chargée d’établir la nature des versements, l’existence de contreparties et les responsabilités pénales qui en découlent.
Interdit de Clairefontaine
Le contrôle judiciaire tire les conséquences de ces soupçons. Outre le cautionnement de 80 000 euros, il interdit à l’ancien commandant divisionnaire, l’un des grades les plus élevés du corps des officiers de police, toute activité dans la police nationale et dans le sport professionnel. Il lui défend aussi d’entrer en contact avec plusieurs joueurs, membres de l’encadrement et dirigeants, actuels ou anciens, liés aux sélections françaises.
Ces interdictions ont aussi une adresse. Le siège de la FFF, le Centre national du football de Clairefontaine, où les Bleus se rassemblent avant leurs matchs, le Stade de France et le Parc des Princes lui sont fermés, sauf autorisation du juge. Ces quatre lieux dessinent la géographie de vingt-deux années passées auprès de la sélection.
Ses avocats ont fait appel. Ils contestent notamment des obligations qu’ils jugent incompatibles avec l’exercice de son activité professionnelle.
« La République », confident du vestiaire
Durant ces vingt-deux années, Mohamed Sanhadji a vécu dans l’intimité du groupe France. Il a vu passer les sélectionneurs, les joueurs et leur entourage. Le vestiaire l’appelait « Momo », ou « La République », et beaucoup le décrivaient comme un confident.
Les joueurs se tournaient vers lui dans les moments de crise. En juin 2015, Mathieu Valbuena lui fait écouter l’appel d’un maître chanteur qui le menace de diffuser une vidéo intime. La scène figure parmi les premiers éléments du dossier judiciaire dans lequel Karim Benzema sera ensuite impliqué. Paul Pogba lui aurait confié dès mars 2022, selon l’audition de Mohamed Sanhadji, traverser une situation difficile et subir des demandes d’argent, avant que les faits de séquestration et d’extorsion visant le joueur ne deviennent publics. En novembre 2025, il était encore appelé à témoigner au procès en diffamation intenté par Didier Deschamps, alors sélectionneur, contre le journaliste Daniel Riolo.
Les internationaux venaient ainsi le trouver quand on leur réclamait de l’argent. D’après L’Équipe, c’est lui qui, entre 2020 et 2024, leur en aurait demandé. Pour le vestiaire, « La République » incarnait l’État ; les juges examinent aujourd’hui sa probité d’agent public.
Écarté par la police, recruté par la FFF
La police nationale a tranché la première, sur le seul plan administratif. Faute d’avoir déclaré le chèque de 60 300 euros, Mohamed Sanhadji a perdu sa place auprès des Bleus, et la police l’a placé à la retraite anticipée en décembre 2025. Cette décision laisse entier le volet pénal, que seul le juge peut trancher.
Huit mois plus tard, la FFF l’a recruté directement. Le 13 août 2026, elle le présentait officiellement dans le staff de Zinédine Zidane, nouveau sélectionneur, comme responsable « logistique sécurité ». L’affaire était alors publique depuis treize mois. Moins de cinq semaines plus tard, il était mis en examen.
Les règles éthiques de la fédération interdisent pourtant aux acteurs du football de solliciter, d’accepter ou d’obtenir des cadeaux et autres avantages, sauf s’ils ont une valeur symbolique ou insignifiante et ne visent pas à obtenir un traitement favorable. La FFF a fait savoir qu’elle tirerait les conséquences de la procédure. Selon une source fédérale, elle entend se constituer partie civile, c’est-à-dire se poser en victime pour prendre part à la procédure, dans le dossier de l’homme qu’elle avait elle-même nommé cet été à la tête de la sécurité des Bleus.


