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À quatre semaines de la cérémonie de Londres, Harry Kane tient la corde chez les observateurs et Kylian Mbappé aligne ses records. Mais le trophée doit pourtant revenir à l’ailier du FC Barcelone. Le Ballon d’Or n’a jamais été un concours de buteurs, et personne, cette saison, n’a autant pesé sur le jeu que ce garçon de 19 ans.
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Ballon d’Or : la remontée éclair de Lamine Yamal
Le 26 octobre, pour la première fois depuis longtemps, le Ballon d’Or se remettra loin de Paris. La 70e édition se tiendra au Palladium de Londres, en hommage à Stanley Matthews, premier lauréat de l’histoire. Le décor anglais va bien à la candidature de Harry Kane, et l’on entend déjà le récit : l’avant-centre de Tottenham, enfin couronné dans sa ville. Ce serait une belle histoire. Ce serait aussi une erreur de jugement.
Le piège du compteur
Commençons par ce qu’il faut concéder, car un éditorial qui ignore l’adversaire ne vaut rien. La saison de Kane est monumentale. Sky Sports le présente comme le favori, fort de 36 buts en 31 matchs de Bundesliga, 14 en 13 matchs de Ligue des champions et 12 avec l’Angleterre, dont six au Mondial. Au total, 73 buts en 65 matchs. Aucun chiffre ne se discute.
Ce qui se discute, c’est ce que le Ballon d’Or est censé récompenser. Le football possède déjà un trophée pour le meilleur buteur d’Europe, et Kane l’a remporté en 2026 avec ses 36 buts en championnat. Le Ballon d’Or, lui, désigne le meilleur joueur. Et quand l’on regarde les rendez-vous qui décident d’une saison, le dossier de Kane se fissure : l’Angleterre a chuté en demi-finale du Mondial face à l’Argentine, tandis que le Bayern s’est arrêté au même stade en Ligue des champions contre le PSG. Deux demi-finales, deux sorties. Le volume impressionne ; il n’a pas fait basculer les soirées qui comptent.
Une saison de patron à 18 ans
Face à cela, Lamine Yamal a livré la saison la plus complète de sa jeune carrière, et la plus lourde de responsabilités. Il a franchi pour la première fois la barre des 20 buts, avec 25 réalisations en club et en sélection, dont 24 pour Barcelone, auxquelles s’ajoutent 20 passes décisives, soit 45 contributions directes.
Les chiffres bruts ne disent pas tout. Il faut les replacer dans un vestiaire décimé. Raphinha et Pedri ont été minés par les blessures, Robert Lewandowski a fini par accuser son âge, et c’est le nouveau numéro 10 qui a porté le club jusqu’au titre. Il a terminé meilleur buteur et meilleur passeur du Barça toutes compétitions confondues, malgré plusieurs matchs manqués en début d’exercice et les huit dernières rencontres de la saison. Premier joueur de l’histoire de la Liga à être élu trois fois joueur du mois sur une même saison, il a logiquement reçu le titre de meilleur joueur du championnat.
Et il y a la manière, ce que les statistiques de volume captent mal. Aucun joueur des cinq grands championnats n’a réussi plus de dribbles que lui (133), et il a dominé la Liga avec 26 grosses occasions créées, onze de plus que son premier poursuivant. Même dans la défaite, il a surnagé : lors du quart de finale de Ligue des champions perdu contre l’Atlético, il a marqué, créé le plus d’occasions (sept) et réussi le plus de dribbles (18) de tous les joueurs de la double confrontation.
L’objection du Mondial, prise au sérieux
Reste l’argument que ses détracteurs brandissent en premier : un seul but en Coupe du monde. Il est exact. Sa seule contribution de l’été est un but en phase de groupes contre l’Arabie saoudite, et il a lui-même reconnu ne jamais avoir atteint son meilleur niveau.
Mais il faut rappeler d’où il revenait. Le 22 avril, en transformant un penalty contre le Celta Vigo, il s’est blessé aux ischio-jambiers de la jambe gauche, au niveau du biceps fémoral, et le club a annoncé qu’il manquerait le reste de la saison. Moins de trois mois plus tard, il était sur la pelouse. Il a pris part à tous les matchs de la Roja et a été titulaire lors des sept derniers. Diminué, surveillé à deux ou trois défenseurs, il a ouvert des espaces pour les autres. En finale, c’est lui qui a porté le danger dans le premier quart d’heure et s’est procuré la première occasion du match, repoussée par Emiliano Martínez. L’Espagne l’a emporté 1-0 après prolongation grâce à Ferran Torres, à la 106e minute.
L’histoire du trophée plaide d’ailleurs pour lui. Cinq des sept derniers lauréats d’une année de Coupe du monde venaient d’une équipe finaliste. Le champion du monde le plus logique à couronner n’est pas son capitaine, Rodri, dont la présence dans la discussion tient surtout à l’été. Élu meilleur joueur du tournoi, le milieu de City n’avait disputé que 22 titularisations en Premier League et en Ligue des champions au cours d’une saison hachée par les blessures. Un mois de juillet ne compense pas une demi-saison.
Dembélé et Mbappé, les dossiers à trous
Le tenant du titre mérite mieux qu’une note de bas de page. Le PSG a conservé sa Ligue des champions à Budapest face à Arsenal, aux tirs au but, après une égalisation d’Ousmane Dembélé sur penalty. Mais avec 20 buts pour Paris, puis six buts et deux passes au Mondial conclu en demi-finale, le Français a signé une saison solide plutôt qu’écrasante, dans un collectif où Khvicha Kvaratskhelia a été, de l’avis de Sky Sports, le meilleur joueur de la compétition européenne. Les voix parisiennes risquent de se disperser.
Quant à Mbappé, ses dix buts au Mondial en ont fait le meilleur buteur de l’histoire de la compétition, un exploit qui restera. Mais le Real Madrid n’a remporté aucun trophée majeur la saison dernière, et les Bleus ont été éliminés en demi-finale avant de perdre le match pour la troisième place face à l’Angleterre. Un record personnel, sans titre, dans une saison blanche : c’est l’exact profil que le jury a presque toujours écarté.
L’âge n’est pas un argument
Il reste l’objection la moins avouée, et la plus paresseuse : il a le temps. S’il est sacré en octobre, il deviendrait le plus jeune lauréat de l’histoire du trophée. Certains votants seront tentés de différer, de récompenser un aîné en se disant que le Catalan aura dix autres occasions. Ce raisonnement trahit la vocation même du prix, qui juge une saison, pas une carrière ni une espérance.
Son parcours récent rend ce report encore moins défendable. Huitième en 2024, deuxième en 2025, il est devenu cette année le premier joueur nommé trois fois avant ses 20 ans. Il a disputé toute la saison, à l’exception de la demi-finale et de la finale du Mondial, à 18 ans. À cet âge, les autres découvrent le haut niveau. Lui l’a dominé.
Lamine Yamal a expliqué ces derniers jours que le trophée devait revenir à un joueur « unique » et ne se résumait pas aux buts. On peut y voir une pique adressée à Kane. On peut surtout y lire une définition assez juste de ce que le Ballon d’Or a toujours voulu être. Le 26 octobre, le jury a l’occasion de s’en souvenir.


