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Certaines annonces sonnent comme des aveux. Vendredi, Donald Trump a pris son clavier, et ses majuscules, pour expliquer au monde que les prix du diesel allaient « BAISSER RAPIDEMENT DANS DES PROPORTIONS RECORD ». Le fournisseur de ce miracle est Vladimir Poutine. La contrepartie consiste à desserrer l’étau des sanctions qui frappent les exportations d’hydrocarbures russes depuis l’invasion de l’Ukraine, en février 2022. La victime, c’est Kiev.
Les chiffres ont été égrenés sur Truth Social, le réseau social du président, avec la gourmandise d’un bilan comptable : 300 000 tonnes de diesel russe « immédiatement », 500 000 tonnes en novembre, un million ensuite, puis trois millions selon l’état des raffineries russes. Le Kremlin s’est empressé de confirmer chaque tonne. Il est rare de voir Washington et Moscou réciter la même partition avec une telle harmonie. Cette fois, ce n’est pas bon signe.
Les sanctions, seul levier sérieux depuis 2022
Ces sanctions, il faut mesurer ce qu’elles valent. Elles ne relèvent ni du symbole ni de la posture morale. Elles sont l’un des rares outils capables de frapper la Russie là où elle finance sa guerre. Chaque tonne de diesel vendue au prix fort paie des obus, des drones et des soldes. En accordant une « autorisation provisoire » à la mise sur le marché du diesel russe, le Trésor américain (l’équivalent du ministère des Finances) ne fait pas une exception technique. Il ouvre une brèche, et chacun sait qu’en matière de sanctions, le provisoire a la fâcheuse habitude de durer.
Le prix à la pompe contre Kharkiv
Cette brèche, Donald Trump en a lui-même livré la raison, avec une franchise désarmante. Des prix plus bas pour les agriculteurs, les éleveurs et les routiers américains, voilà sa « plus grande priorité ». Le calcul est transparent : les élections de mi-mandat approchent, et le prix à la pompe pèse plus lourd dans l’urne que le sort de Kharkiv ou de Zaporijjia. On peut comprendre qu’un président veuille soulager ses électeurs. On ne peut pas accepter qu’il le fasse en remplissant les caisses de l’agresseur d’un pays allié.
Ce choix électoral, la Maison-Blanche le présentera comme du pragmatisme. Le diesel cher pénalise les ménages, l’inflation énergétique est un poison politique, et une autorisation provisoire n’efface pas l’ensemble des sanctions. Certains y verront même un geste susceptible de faciliter un dialogue avec Moscou. L’argument ne tient pas. On ne négocie pas la paix en rémunérant la guerre, et on n’obtient rien du Kremlin en lui accordant d’avance ce qu’il réclame.
Miami, ou l’art de la mise en scène
Le plus troublant tient au calendrier. Au moment précis où la Maison-Blanche scellait son accord avec Moscou, la délégation ukrainienne était reçue à Miami par Steve Witkoff, l’émissaire spécial de Donald Trump, et Jared Kushner, son gendre devenu médiateur officieux, en présence de conseillers européens à la sécurité nationale. Au menu officiel : la résilience énergétique de l’Ukraine avant l’hiver, les exportations de céréales, et les garanties de sécurité, ces engagements des alliés à protéger le pays contre une nouvelle agression. Steve Witkoff a parlé de discussions « constructives ».
Constructives pour qui ? Pendant qu’on évoquait, d’un côté de la table, la manière d’aider Kiev à tenir l’hiver, on organisait de l’autre le financement de celui qui bombarde ses centrales électriques. Volodymyr Zelensky a résumé la scène d’une phrase cruelle : son équipe a « simplement servi de façade ». Être invité à négocier pour servir de décor à un accord conclu avec son ennemi, c’est une humiliation diplomatique dont l’histoire offre peu d’exemples aussi nets.
Un cadeau d’anniversaire au Kremlin
Le président ukrainien ne s’en est pas tenu à ce constat. Il parle d’une décision « indigne », « faible », et d’un « beau cadeau d’anniversaire pour Poutine », qui a fêté mercredi ses 74 ans. L’image est juste. Le maître du Kremlin n’a rien eu à céder : ni cessez-le-feu, ni retrait, ni le moindre geste sur le terrain. Il a obtenu un débouché pour son diesel et une fissure dans le front occidental, en échange d’une promesse de livraison qu’il pourra moduler à sa guise. Car c’est aussi cela, l’accord Trump : remettre une partie de l’approvisionnement mondial en diesel entre les mains d’un régime qui a fait de l’énergie une arme depuis vingt ans.
La question qui reste aux Européens
Cette fissure, les Européens l’ont vue s’ouvrir sous leurs yeux. À Miami, leurs conseillers ont discuté des garanties de sécurité pour l’Ukraine et pour l’Europe. Que valent-elles, signées par une administration capable de lever des sanctions contre Moscou le jour même où elle les discute, pour quelques centimes de moins à la pompe ? Ils ont vu de près comment fonctionne désormais la parole américaine : elle s’achète au prix du carburant.


