Qui sont les favoris pour succéder à Trump ?

Qui succédera à Donald Trump en 2028 ? Les sondages ont déjà désigné deux favoris. Reste un détail : ni l’un ni l’autre n’a encore décidé de se présenter.

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Il a suffi d’une question pour installer le doute. Samedi 17 octobre, lors d’une réunion publique organisée par CBS News dans le Michigan, le vice-président américain, J. D. Vance, s’est vu demander s’il pourrait renoncer à briguer la Maison Blanche en 2028. « Bien sûr, il y a une chance », a-t-il répondu, avant d’invoquer sa famille : « Nous avons quatre jeunes enfants. Ma femme n’a jamais aimé la politique. Elle aime le service public. » Se décrivant comme un « procrastinateur » face aux grandes décisions, l’ancien sénateur de l’Ohio, 42 ans, renvoie la sienne à l’après-3 novembre, date des élections de mi-mandat (qui renouvellent la Chambre des représentants et un tiers du Sénat), a rapporté le Washington Times le 19 octobre.

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Ce candidat hypothétique domine pourtant tous les classements. Dans le sondage réalisé du 2 au 5 octobre par l’institut Focaldata pour le Financial Times auprès de 2 553 adultes, M. Vance recueille 38 % des intentions de vote pour l’investiture républicaine, c’est-à-dire la désignation du candidat du parti à la présidentielle. La moyenne des enquêtes calculée par le site RealClearPolling le créditait de 39,1 % le 20 octobre, soit plus de quinze points d’avance sur son premier poursuivant.

Côté démocrate, la tête du classement revient à une autre figure en suspens. Kamala Harris, vice-présidente de Joe Biden puis candidate battue par Donald Trump en 2024, obtient 30 % chez Focaldata et 25,9 % dans la moyenne de RealClearPolling. Interrogée le 13 octobre par l’actrice Keke Palmer sur son podcast, Mme Harris a d’abord ri pour esquiver, puis concédé qu’elle n’avait pas tranché. Sa décision, a-t-elle ajouté, compterait peu si les démocrates ne progressaient pas en novembre.

Les deux prétendants les mieux placés sont donc ceux qui entretiennent le plus d’incertitude sur leurs intentions. Au 20 octobre, aucune personnalité de premier plan, républicaine ou démocrate, n’avait déposé de candidature, relevait le site de suivi 2028 Tracker. Les sondés citent d’abord les noms qu’ils connaissent : un vice-président en exercice, une ancienne vice-présidente.

Focaldata a d’ailleurs interrogé l’ensemble des adultes, et non les seuls électeurs des primaires. Son échantillon comptait 36 % de démocrates, 36 % de républicains et 24 % d’indépendants, sans affiliation partisane. Les indécis y pèsent 14 % côté démocrate et 12 % côté républicain, davantage que la plupart des outsiders. Le statut de favori de M. Vance et de Mme Harris précède ainsi toute campagne, et celui du vice-président doit presque tout à sa fonction.

Vance, l’héritier du président

Cette fonction, les parieurs la valorisent. Sur Kalshi, une plateforme où l’on mise de l’argent sur l’issue d’un scrutin, M. Vance avait 42 % de chances d’obtenir l’investiture républicaine le 22 octobre, contre 19 % pour Marco Rubio. Le vice-président tire de son poste une visibilité nationale que ses rivaux doivent conquérir Etat par Etat, et un réseau que l’aile militante du parti a déjà rallié. Erika Kirk, veuve du militant Charlie Kirk et directrice de l’organisation de jeunesse conservatrice Turning Point USA, lui a apporté son soutien dès décembre 2025.

Cette proximité avec Donald Trump l’expose aussi. Newsweek a relevé, le 21 octobre, un recul simultané de M. Vance et de M. Rubio sur les marchés de paris. D’ordinaire, quand l’un baisse, l’autre progresse. Selon l’hebdomadaire, une défaite républicaine le 3 novembre transformerait le lien avec le président, 80 ans et privé par la Constitution d’un troisième mandat, en handicap pour ses deux héritiers.

Or le vice-président a choisi de sillonner le pays pour soutenir les candidats de son camp. Son crédit pour 2028 se jouera donc en partie dans les urnes de novembre, sur des noms qui ne sont pas le sien.

Une promesse faite à CNN

Face à Kamala Harris, Gavin Newsom a pris un engagement qui le lie aujourd’hui. Dans un entretien accordé à Jake Tapper, présentateur de CNN, le gouverneur démocrate de Californie a assuré qu’il ne se présenterait pas si l’ancienne vice-présidente se lançait : « Je ne lui ferais pas ça. Je ne me le ferais pas à moi. Je ne ferai perdre son temps à personne. » Les deux responsables se connaissent depuis 2003, année où il fut élu maire de San Francisco et elle procureure de la ville.

Cette parole pèse sur le numéro deux des sondages démocrates. Avec 15 % chez Focaldata et 14,4 % dans la moyenne de RealClearPolling, M. Newsom recueille la moitié du score de Mme Harris. Il ne cache plus son intérêt : en septembre, en Caroline du Sud, il a admis devant CNN qu’il « mentirait » en niant que 2028 motivait ses déplacements. Son mandat s’achève en janvier 2027, un an avant la première primaire.

Le gouverneur a bâti sa notoriété en affrontant Donald Trump sur l’immigration, le déploiement de la garde nationale et le redécoupage des circonscriptions électorales. Dans le Sud, son étiquette californienne le dessert. L’Associated Press a rencontré en septembre, en Caroline du Sud, des électeurs démocrates qui voient dans son Etat le symbole d’un libéralisme (le progressisme, dans le vocabulaire politique américain) que la droite aime détester.

Kamala Harris, elle, temporise tout en suivant le calendrier des primaires. Fin octobre, l’ancienne vice-présidente fait campagne au Nevada, deuxième Etat à voter chez les démocrates, puis au New Hampshire, troisième, avant trois jours en Géorgie, a détaillé l’Associated Press. Son mari, Doug Emhoff, ne souhaiterait pas qu’elle se représente, d’après le Wall Street Journal. Son bilan pèse aussi : en 2024, elle a perdu les sept Etats clés, ces swing states qui basculent d’une élection à l’autre et font le résultat.

Tant que Mme Harris ne tranche pas, M. Newsom ne peut se déclarer sans paraître renier sa parole, sauf à la devancer.

Rubio à 24 %

Chez les républicains, un seul prétendant talonne le vice-président. Marco Rubio, secrétaire d’Etat, recueille 24 % chez Focaldata et 23,8 % dans la moyenne de RealClearPolling. Ancien sénateur de Floride, battu par Donald Trump lors de la primaire de 2016, il cumule plusieurs fonctions dans l’administration. Les opérations américaines au Venezuela et les frappes contre l’Iran ont accru sa notoriété, selon Fox News, qui cite des sources républicaines faisant état de donateurs mobilisés en coulisses pour renforcer son profil.

Donald Trump entretient la comparaison. Le président a prédit que M. Rubio resterait comme « le plus grand secrétaire d’Etat de l’histoire ». Interrogé en février par NBC, il a refusé de choisir entre ses deux lieutenants : « JD est fantastique, et Marco est fantastique », a-t-il déclaré, avant de glisser que l’un était « légèrement plus diplomate » que l’autre, a rapporté Reuters. A plusieurs reprises, il a plaidé pour un ticket commun (un candidat à la présidence et son colistier pour la vice-présidence), sans dire qui devrait le mener.

M. Rubio a fermé la porte à un affrontement. Il s’est engagé à soutenir J. D. Vance si celui-ci se présente. En septembre, lors d’une visite officielle en Colombie, il assurait n’avoir « aucun projet pour l’instant ». Ses chances passent donc par le renoncement du vice-président, celui-là même que M. Vance a évoqué le 17 octobre.

Après Harris, le banc démocrate

Si Kamala Harris renonce, aucun démocrate ne s’impose. Pete Buttigieg, ancien ministre des transports de Joe Biden, obtient 9 % chez Focaldata et 12,9 % dans la moyenne de RealClearPolling. Alexandria Ocasio-Cortez, élue de New York à la Chambre des représentants et figure de l’aile gauche, se situe entre 9 % et 11,1 %. La parlementaire a sondé le terrain en Géorgie et en Floride, sans encore se rendre en Caroline du Sud. Une partie du parti la juge trop à gauche, relevait Le Temps le 22 octobre, même si les parieurs de Polymarket, un autre marché de paris, la classaient mi-octobre deuxième pour l’élection générale, derrière M. Vance, selon la radio Audacy.

Jon Ossoff, lui, dément toute ambition. Le sénateur de Géorgie, en campagne pour sa réélection, recueille 8 % chez Focaldata. Interrogé sur MSNBC par la journaliste Jen Psaki, il a balayé l’hypothèse : « Je n’ai aucun intérêt à me présenter en 2028, et franchement aucun intérêt pour ces spéculations à ce stade. » Les parieurs de Kalshi lui accordaient pourtant mi-octobre 11 % de chances de remporter la présidentielle, plus qu’à tout autre démocrate. Les marchés anticipent ainsi une candidature que l’intéressé récuse.

Faute de remplaçant désigné, la Caroline du Sud fait office de salle d’audition. Le gouverneur de l’Illinois, J. B. Pritzker, et le sénateur de l’Arizona, Mark Kelly, s’y sont rendus en octobre, comme Gavin Newsom, a recensé Le Temps. Le gouverneur du Kentucky, Andy Beshear, le représentant de Californie Ro Khanna et Rahm Emanuel, ancien chef de cabinet de Barack Obama, ont annoncé leur venue. Le gouverneur de Pennsylvanie, Josh Shapiro, et celui du Maryland, Wes Moore, figurent dans les cotes de Kalshi, entre 2 % et 3 %.

L’ambition affichée de Ted Cruz

Ted Cruz, sénateur du Texas, ne fait pas mystère de ses intentions. « Ce n’est un secret pour personne que je veux être président », a-t-il lancé fin août dans le podcast de Dan Patrick, lieutenant-gouverneur et numéro deux de l’exécutif texan, rapportait le Texas Tribune. Vainqueur en 2016 des caucus de l’Iowa, ces assemblées d’électeurs qui ouvrent la désignation républicaine, puis deuxième de la primaire derrière Donald Trump avec onze Etats remportés, il est retourné dans l’Iowa à trois reprises cette année. Il y défend une ligne dure à l’égard de l’Iran et un conservatisme budgétaire classique, et décoche quelques piques à J. D. Vance, dont l’entourage juge sa candidature peu menaçante.

Les parieurs donnent raison à cet entourage. Kalshi accorde 1 % de chances à Ted Cruz de remporter la présidentielle : le prétendant le plus explicite figure parmi les moins cotés.

Ron DeSantis, gouverneur de Floride, se tait. Battu par Donald Trump lors de la primaire de 2024, il quitte ses fonctions en janvier 2027, la loi floridienne lui interdisant un troisième mandat consécutif. Il obtient 9 % chez Focaldata. Le président a laissé entendre qu’il pourrait le recruter dans l’administration fédérale, selon Le Temps.

Donald Trump Jr., fils aîné du président, recueille quant à lui 11,3 % dans la moyenne de RealClearPolling, sans avoir exprimé la moindre intention. Son patronyme suffit à le placer devant deux anciens candidats à la Maison Blanche.

22 janvier 2028

Tous ces prétendants devront franchir trois échéances. La première tombe le 3 novembre : J. D. Vance, Gavin Newsom et Kamala Harris ont tous trois lié leur décision au résultat des élections de mi-mandat. Mme Harris pourra ensuite attendre l’été 2027 avant de se prononcer, estime un analyste interrogé par The National News Desk.

Le calendrier des primaires fixe la suivante. Les démocrates voteront d’abord en Caroline du Sud, le 22 janvier 2028, avant le Nevada et le New Hampshire. Les républicains commenceront par l’Iowa, où M. Vance s’est rendu en mai, et désigneront leur candidat lors de leur convention, le grand rassemblement du parti qui officialise l’investiture, prévue à Houston.

Reste l’arbitre. Donald Trump s’est dit en février « enclin » à soutenir un successeur, sans vouloir choisir, a rapporté Reuters. « Nous avons trois ans devant nous », avait-il justifié. Il lui en reste un peu plus de deux, et il n’a toujours désigné personne.



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