Mélenchon peut-il gagner ? Ce que disent vraiment les sondages

Les sondages placent Jean-Luc Mélenchon en position de se qualifier pour 2027. Le rejet qu’il suscite le laisse pourtant perdant au second tour, pour l’heure.

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Le site d’agrégation PrésiTracker estime à 55 % les chances de Jean-Luc Mélenchon d’accéder au second tour de la présidentielle d’avril 2027, et France-Vote ne lui accorde que 0,2 point d’avance sur Édouard Philippe. Le candidat de La France insoumise peut donc se qualifier. Les instituts de sondage le voient échouer à l’étape suivante. Si la Cour de cassation, saisie le 16 décembre du dossier de Marine Le Pen, écartait la candidate du Rassemblement national, il affronterait Jordan Bardella, contre qui il fait moins bien encore.

Du 19 au 21 octobre, l’institut Toluna Harris Interactive a crédité Marine Le Pen de 70 % des voix au second tour face à Jean-Luc Mélenchon, contre 67 % du 5 au 8 octobre. Les autres instituts qui ont testé ce duel en octobre placent la candidate du Rassemblement national (RN) entre 68 % et 69 %, selon les notices (la fiche technique que chaque sondeur doit publier) déposées auprès de la Commission des sondages, l’autorité administrative chargée de contrôler les enquêtes électorales : OpinionWay à 68 % puis 69 %, Elabe à 69 %, YouGov et l’Ifop à 68 %. Ces enquêtes ont été menées dans la semaine qui a suivi les violences du 17 octobre, dont Marine Le Pen et Édouard Philippe ont imputé une part de responsabilité à La France insoumise (LFI).

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Le candidat insoumis plafonne ainsi à un tiers des voix, et ce depuis le début de l’année. Le site PrésiTracker, qui compile les enquêtes publiées, relève des scores compris entre 30 %, mesurés par l’Ifop les 7 et 8 juillet, et 39,2 %, mesurés par l’institut Cluster17 pour la revue Le Grand Continent du 22 au 24 juillet. Il en tire une moyenne de 32,8 % sur quinze enquêtes publiées jusqu’à fin septembre. Contre Jordan Bardella, président du RN, les instituts le placent plus bas encore : 28,5 % chez Elabe du 25 au 27 mars, 32 % chez Harris en mai.

Le RN suffit-il à expliquer ce plafond ? Du 17 au 19 octobre, l’Ifop a opposé quatre candidats à Marine Le Pen, selon les résultats publiés par Sud Radio. Jean-Luc Mélenchon y obtient 32 %. Édouard Philippe, maire du Havre et candidat de son parti, Horizons, en obtient 44 % ; Raphaël Glucksmann, désigné le 11 octobre par la primaire du Parti socialiste et de Place publique, 43 % ; Gabriel Attal, candidat de Renaissance, le parti présidentiel, 42 %. Les quatre perdent. Face à la même adversaire, dans la même enquête, l’insoumis lui laisse pourtant dix à douze points de plus que ses rivaux.

Ses 39,2 % de juillet, mesurés par un autre institut, restent eux-mêmes inférieurs de trois à cinq points aux scores d’octobre de ces trois concurrents. À adversaire égal, Jean-Luc Mélenchon porte donc un handicap propre à sa candidature. Cluster17 l’a chiffré.

Un rejet à 69 %

Pour le site d’information Politico, Cluster17 a interrogé 3 000 personnes du 19 au 22 octobre sur les candidats pour lesquels elles excluent de voter. 69 % écartent Jean-Luc Mélenchon, trois points de plus qu’en septembre. 52 % écartent Marine Le Pen, quatre points de moins. En septembre, dix points séparaient les deux candidats sur cette question ; en octobre, dix-sept.

Cluster17 a poussé l’exercice plus loin. Sommés de désigner un seul « barrage », le pouvoir qu’ils veulent empêcher en priorité, 43 % des sondés citent un pouvoir dominé par LFI, 30 % un pouvoir RN et 14 % le maintien du bloc central, l’alliance des partis du camp présidentiel. Plus de quatre sondés sur dix placent ainsi le mouvement de Jean-Luc Mélenchon en tête de ce qu’ils veulent écarter, devant le parti qui domine les intentions de vote.

Au second tour, les électeurs d’Édouard Philippe, de Raphaël Glucksmann ou de Bruno Retailleau, candidat des Républicains, devront choisir entre deux finalistes qu’ils n’auront pas retenus. Dans l’ensemble des sondés de Cluster17, ceux qui veulent d’abord barrer la route à LFI dépassent de treize points ceux qui visent d’abord le RN. Jean-Luc Mélenchon s’installait en deuxième position au premier tour au moment même où son plafond de second tour s’abaissait.

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Au premier tour, une avance de 0,2 point

La qualification, elle, reste ouverte. Au 28 octobre, Vote-Scope, un autre site qui calcule des moyennes à partir de 77 enquêtes, crédite Jean-Luc Mélenchon de 17,3 % au premier tour ; au 22 octobre, PrésiTracker le place à 17,1 % et France-Vote à 16,6 %. Ces trois sites mêlent des hypothèses de candidatures différentes (la liste des candidats testés varie d’une enquête à l’autre) et livrent un ordre de grandeur. Tous placent Marine Le Pen entre 34 % et 36 %.

Les instituts confirment cette deuxième place. Dans les quatre enquêtes réalisées du 19 au 22 octobre, Jean-Luc Mélenchon recueille entre 16 % chez OpinionWay et 18,5 % chez Cluster17, et 17 % chez Ipsos comme chez Harris. Édouard Philippe y obtient de 12 % à 16 %, Raphaël Glucksmann de 12 % à 14 %. OpinionWay a interrogé 973 personnes, Cluster17 en a interrogé 3 000 : sur un même week-end, le candidat insoumis varie de deux points et demi d’un institut à l’autre.

Ce flottement suffit à brouiller le classement. Chez France-Vote, au 22 octobre, Édouard Philippe arrive troisième avec 16,4 %, à 0,2 point de l’insoumis. Vote-Scope place Raphaël Glucksmann troisième, à 14,5 %, soit 2,8 points derrière. Selon le site consulté, Jean-Luc Mélenchon devance donc son poursuivant de près de trois points ou de deux dixièmes, un écart douze fois inférieur à celui qui sépare OpinionWay de Cluster17.

PrésiTracker traduit cette incertitude en probabilité : si l’on votait aujourd’hui, le site estime à 55 % les chances de l’insoumis d’accéder au second tour, contre plus de 99 % pour Marine Le Pen et 41 % pour Édouard Philippe. En 2022, Jean-Luc Mélenchon avait obtenu 21,95 % et manqué la qualification d’environ 420 000 voix. Il aborde 2027 avec quatre à cinq points de moins, et une deuxième place qui se joue dans la marge d’erreur, l’imprécision propre à tout sondage.

Cinq points depuis février

Cette deuxième place, il l’a pourtant conquise depuis l’hiver. En février, les instituts le créditaient de 10 % à 12 % au premier tour ; en octobre, de 13 % à 20 % selon les hypothèses. Après l’annonce de sa candidature, le 3 mai au journal de 20 heures de TF1, ils le placent entre 12,5 % et 16 % en mai, entre 13 % et 18 % en juillet, entre 14 % et 19 % en août, entre 15 % et 20 % en septembre. En avril, Toluna Harris Interactive, seul institut à l’avoir testé ce mois-là, le situait entre 12 % et 13 %.

PrésiTracker attribue cette remontée autant au recul d’Édouard Philippe qu’à une dynamique propre au candidat insoumis. L’ancien premier ministre a perdu du terrain dans les enquêtes, et Jean-Luc Mélenchon en a récupéré une partie. Il doit donc une fraction de ses gains aux difficultés d’un adversaire.

Cluster17 relève un premier coup d’arrêt. Dans son baromètre, une enquête répétée chaque mois, Jean-Luc Mélenchon perd un demi-point entre septembre et octobre, le mois même où l’institut voit la part des sondés qui l’excluent gagner trois points. Ces deux chiffres, issus du même baromètre, bougent ensemble : le candidat cesse de progresser quand le rejet remonte.

Glucksmann et Mélenchon, 30 % à deux

À gauche, la réserve de voix existe. Le 11 octobre, Raphaël Glucksmann, eurodéputé et fondateur de Place publique, a remporté avec environ 66 % des voix la primaire organisée avec le Parti socialiste. Crédité de 12 % à 14 % au premier tour, il exclut tout accord avec LFI et a qualifié Jean-Luc Mélenchon de « marchepied de l’extrême droite » le 20 octobre, selon la radio RFI.

Les autres candidats de gauche pèsent chacun quelques points. Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, est créditée de 2 % ; le 26 octobre, selon l’AFP, elle n’excluait pas de se retirer à quatre conditions, dont un accord de gouvernement. Ses adhérents trancheront du 10 au 13 décembre entre sa candidature et un ralliement. Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste, plafonne lui aussi à 2 %. Environ 1 500 élus, militants et syndicalistes communistes ont pourtant rallié l’insoumis le 14 octobre, selon le décompte de l’hebdomadaire Politis, sans un seul parlementaire du parti. François Hollande, testé à 6,5 % dans une hypothèse de Cluster17, ne s’est pas déclaré.

Additionnés, les scores de premier tour de Jean-Luc Mélenchon et de Raphaël Glucksmann approchent 30 %, à peu près ce que l’insoumis obtient seul face à Marine Le Pen. Un report intégral de la gauche (le transfert vers lui, au second tour, des voix de tous les candidats de gauche éliminés) ne lui ferait donc pas franchir la barre. Il lui faudrait conquérir des électeurs du centre et de la droite, alors que l’ensemble des sondés de Cluster17 place LFI en tête des pouvoirs à empêcher.

Raphaël Glucksmann ne prépare pas ce report : ses déclarations d’octobre laissent attendre des pertes entre ses électeurs et ceux de l’insoumis. Ces voix de gauche pèsent au premier tour. Elles peuvent aider Jean-Luc Mélenchon à conserver sa deuxième place face à Édouard Philippe, qu’il ne devance que de 0,2 point chez France-Vote.

Cassation, programme, Écologistes

D’ici avril, l’hiver concentre les inconnues. Le 16 décembre, la Cour de cassation examine les questions prioritaires de constitutionnalité (QPC, par lesquelles un justiciable conteste la conformité d’une loi à la Constitution) soulevées par Marine Le Pen, condamnée en appel le 7 juillet pour détournement de fonds publics. La Cour dit pouvoir statuer sur son pourvoi, le recours qu’elle a formé contre cette condamnation, au plus tard début avril, avant le premier tour du 18 avril. Les instituts testent déjà l’hypothèse Jordan Bardella, et Jean-Luc Mélenchon n’y gagne rien : ses duels contre le président du RN lui sont encore moins favorables.

Le programme arrive avant. Le 6 novembre, L’Avenir en commun paraît aux éditions La Dispute ; le lendemain, le candidat le présente au Bourget (Seine-Saint-Denis), et son site de campagne revendique 1 069 mesures. Aucun institut n’a encore mesuré l’effet de cette publication, et les enquêtes de novembre seront les premières à le faire.

Décembre fixera aussi une partie de la liste des candidats. Les Écologistes votent du 10 au 13, François Hollande a renvoyé sa décision à ce mois-là, et François Ruffin, ancien insoumis, reste dans l’entre-deux : l’AFP le présentait le 16 septembre comme candidat déclaré, la chaîne parlementaire LCP le classait le 14 octobre parmi les « déclarés sous conditions ». Ces trois acteurs peuvent déplacer quelques points à gauche, au premier tour.

Le camp insoumis mise sur un autre levier. Éric Coquerel, député LFI et président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, se fixe pour objectif d’aller chercher chez les abstentionnistes les 420 000 voix qui ont manqué en 2022. « La victoire est possible », assurait Jean-Luc Mélenchon fin août, à l’université d’été du mouvement à Châteauneuf-sur-Isère (Drôme). Les instituts n’ont pas encore mesuré ce pari, tourné d’abord vers la qualification.

Pour le second tour, les sondeurs guettent un autre chiffre : la part des électeurs qui refusent de voter pour lui. Cluster17 l’a vue passer de 66 % à 69 % entre septembre et octobre.



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