Combien gagne Jean-Luc Mélenchon ?

Candidat pour 2027, Jean-Luc Mélenchon a acquis des droits à la retraite au Sénat, au Parlement européen et à l’Assemblée.

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Pour 2021, Jean-Luc Mélenchon déclarait 71 200 euros perçus au titre de son mandat de député : c’est le dernier revenu personnel qu’il ait rendu public. Ses ressources tiennent désormais, pour l’essentiel, à des droits à pension acquis auprès de trois caisses, celles du Sénat, du Parlement européen et de l’Assemblée nationale, qui ne publient aucun montant individuel. Une rumeur lui prête 36 000 euros par mois en additionnant des mandats éteints depuis des années.

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Jean-Luc Mélenchon s’est déclaré candidat à l’élection présidentielle de 2027, la quatrième de son parcours. Le fondateur de La France insoumise n’en tirera aucun revenu. L’État rembourse, sous conditions et dans des plafonds stricts, une partie des dépenses de campagne, sans jamais verser de rémunération au candidat lui-même.

Pour retrouver la trace d’un salaire, il faut remonter au 21 juin 2022. Ce jour-là s’est achevé son mandat de député de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône, conquis en 2017, et avec lui l’indemnité parlementaire qu’il touchait chaque mois. Ses fonctions antérieures avaient pris fin bien plus tôt : sénateur de l’Essonne, député européen, ministre délégué à l’Enseignement professionnel dans le gouvernement de Lionel Jospin. Leurs indemnités appartiennent au passé.

Depuis plus de quatre ans, l’ancien député vit donc hors de tout traitement d’élu. Ce qui lui reste tient en trois lignes de nature très différente.

La première, de loin la plus probable, regroupe des droits à pension accumulés en plus de trente ans de mandats auprès de trois régimes distincts : la Caisse de retraite des anciens sénateurs, le régime du Parlement européen et celui de l’Assemblée nationale. La deuxième tient aux droits d’auteur de ses livres. La troisième touche à la coprésidence de l’Institut La Boétie, l’institut de formation et de recherche lié à La France insoumise.

Ces pensions peuvent se cumuler. Or aucune des trois caisses ne publie les sommes versées à ses affiliés, et Jean-Luc Mélenchon n’a pas rendu public le montant des siennes. Il n’a pas davantage précisé lesquelles il a fait liquider, c’est-à-dire effectivement demandé à percevoir.

Tant qu’il siégeait, n’importe quel électeur pouvait connaître son revenu principal, puisque la loi fixe l’indemnité parlementaire. En quittant le Palais-Bourbon, siège de l’Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon a fait passer ses ressources dans des dossiers individuels que les caisses de retraite tiennent pour confidentiels.

Sa dernière déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), l’organisme chargé de publier le patrimoine des responsables politiques, date de mars 2022 : il était encore député. Additionner ses revenus de 2026 supposerait des montants que ni lui ni les caisses n’ont publiés, et tout total avancé sans ces relevés reste une estimation. Les chiffres disponibles dessinent pourtant le contour de ses ressources, à commencer par le dernier qu’il ait lui-même déclaré.

Le dernier chiffre officiel, celui de 2021

Ce dernier chiffre figure dans la déclaration de mars 2022. Jean-Luc Mélenchon y déclarait 71 200 euros perçus en 2021 au titre de son mandat parlementaire, soit 5 933 euros par mois en moyenne. Le document ne précise pas s’il s’agit d’un montant brut, net ou imposable, si bien que ces 5 933 euros ne peuvent passer pour un salaire net mensuel.

Quelques semaines avant cette déclaration, en février 2022, le candidat assurait gagner environ 4 000 euros par mois. L’Agence France-Presse (AFP) avait alors fait le calcul. L’indemnité nette avant impôt atteignait 5 679,71 euros mensuels, et le prélèvement à la source pouvait ramener le versement effectif près de 4 000 euros, selon le taux d’imposition personnel du député.

Les trois montants se concilient, chacun saisissant la même indemnité à une étape différente : sur l’année, avant l’impôt, après l’impôt. Tous trois décrivent un revenu qui a cessé avec la fin de son mandat, à l’été 2022.

Au Sénat, dix-huit années de mandat

Après ce revenu disparu viennent les pensions. Jean-Luc Mélenchon a passé plus de dix-huit ans au Sénat, près de huit au Parlement européen et cinq à l’Assemblée nationale. Faute de montants publiés, il faut s’en tenir à ces durées pour classer ses pensions par ordre d’importance probable.

Le Palais du Luxembourg, siège du Sénat, arrive donc en tête. L’ancien sénateur y a acquis des droits auprès de la Caisse de retraite des anciens sénateurs. Ni le Sénat ni l’intéressé n’en ont jamais publié le montant.

Les comptes du Sénat pour l’exercice 2025, déposés en mai 2026, livrent pourtant des chiffres récents. La caisse a financé 42 millions d’euros de prestations pour 746 pensionnés, après une revalorisation des pensions de 2,2 % au 1er janvier 2025. Diviser la première somme par le second nombre donnerait une moyenne trompeuse : les comptes agrègent pensions directes, pensions de réversion (versées aux conjoints survivants) et carrières de durées très différentes. Le document le plus récent du dossier, publié il y a cinq mois, décrit ainsi la caisse sans rien dire d’aucun de ses pensionnés.

L’intéressé n’en savait pas davantage en 2019. Jean-Luc Mélenchon assurait alors ne pas connaître le montant de sa future retraite, tout en disant en avoir besoin. Il entendait donc faire valoir ses droits, sans avoir rendu publique depuis la date à laquelle il l’a fait, ni la somme qui lui est versée.

Une pension européenne de 27,7 % en théorie

Le Parlement européen, lui, publie les règles de calcul de ses pensions. Son statut des députés prévoit qu’un ancien élu ayant siégé au moins une année complète peut toucher une pension à partir de 63 ans. Elle s’élève à 3,5 % de l’indemnité de référence (le traitement d’un député européen, qui sert de base au calcul) par année complète de mandat, avec un complément au prorata des mois supplémentaires, dans la limite de 70 %.

Jean-Luc Mélenchon a siégé à Strasbourg, siège du Parlement européen, du 14 juillet 2009 au 18 juin 2017. Sept années pleines lui ouvrent 24,5 % de l’indemnité de référence, et les onze mois suivants portent ce taux théorique à environ 27,7 %.

Ce pourcentage s’applique à une base que le Parlement européen n’a pas communiquée pour son dossier. L’institution ne verse d’ailleurs la pension qu’à la demande de l’ancien élu, et n’a indiqué ni la date à laquelle Jean-Luc Mélenchon l’aurait sollicitée, ni les prélèvements appliqués. La seule pension dont on connaisse la règle reste donc sans montant.

684,38 euros, la pension d’un autre député

À l’Assemblée nationale, troisième caisse, un chiffre circule. Plusieurs médias ont repris le montant de 684,38 euros nets par mois, la pension-type (le montant calculé pour un cas standard) d’un député ayant accompli un mandat complet de cinq ans. Depuis 2018, le régime de retraite des députés est aligné sur celui de la fonction publique de l’État : la pension y est calculée notamment selon la durée d’affiliation, c’est-à-dire le temps passé dans le régime.

Jean-Luc Mélenchon a bien siégé cinq ans au Palais-Bourbon. Mais il est entré à l’Assemblée en juin 2017, avant l’entrée en vigueur de cette réforme, de sorte qu’une partie de ses droits peut relever des règles antérieures ou de dispositions transitoires, prévues pour les mandats à cheval sur les deux régimes.

La caisse de retraite de l’Assemblée nationale n’a publié aucun relevé à son nom. Son calendrier le place hors du cas type sur lequel les 684,38 euros ont été établis.

Droits d’auteur et Institut La Boétie

Au-delà des pensions, les livres forment la deuxième source possible. Jean-Luc Mélenchon a publié de nombreux ouvrages politiques, qui lui ont rapporté des droits d’auteur. En 2017, son éditrice indiquait au Monde qu’il reversait habituellement l’intégralité de ces droits à son parti.

Cette indication date de neuf ans. Ni l’éditeur ni l’auteur ne l’ont actualisée depuis 2022 : les droits perçus, les éventuelles avances (les sommes versées par l’éditeur avant la vente du livre) et la part qu’il conserverait restent inconnus.

La coprésidence de l’Institut La Boétie, qu’il exerce avec la députée insoumise Clémence Guetté, suit la même logique. Les publications récentes de l’institut confirment la fonction, sans dire si elle est rémunérée ou bénévole.

Voilà deux activités bien établies, dont aucune ne s’accompagne d’une rémunération documentée. Et la seule donnée chiffrable sur ses livres décrit de l’argent qui quittait ses mains.

Un patrimoine immobilier à 93 %

Faute de revenus connus, c’est son patrimoine qui sert souvent de mesure. La HATVP a publié le 8 mars 2022 la déclaration du candidat, établie sur des biens évalués au 1er janvier 2022. Jean-Luc Mélenchon y déclarait :

  • un appartement parisien de 110 mètres carrés estimé à 1,2 million d’euros ;
  • une maison dans le Loiret évaluée à 170 000 euros ;
  • environ 95 000 euros répartis sur des comptes et produits d’épargne.

Face à ces actifs d’environ 1,465 million d’euros, il restait près de 99 000 euros de dette immobilière. Le patrimoine net déclaré ressortait ainsi à environ 1,37 million d’euros.

Les deux biens immobiliers pèsent à eux seuls plus de 93 % des actifs déclarés. Le montant décrit donc avant tout de la pierre, évaluée à une date où son propriétaire percevait encore son indemnité de député. La HATVP publie en outre les déclarations des candidats à la présidentielle sans contrôle préalable de leur contenu : ces 1,37 million d’euros sont un patrimoine déclaré par l’intéressé.

Depuis janvier 2022, les prix immobiliers, son épargne et sa dette ont pu évoluer. Sur les réseaux sociaux, ce chiffre circule pourtant comme s’il mesurait ce que Jean-Luc Mélenchon gagne.

La rumeur des 36 000 euros

Une publication virale va plus loin. Elle affirme que Jean-Luc Mélenchon toucherait 36 000 euros, voire 36 105 euros, d’argent public chaque mois, et lui attribue un patrimoine de 2,465 millions d’euros. Ces chiffres sont faux.

Les auteurs du calcul additionnent d’abord les indemnités de mandats qu’il n’exerce plus depuis longtemps, notamment ceux de sénateur et de député européen. Ils y ajoutent ensuite les crédits alloués aux élus pour rémunérer leurs collaborateurs ou couvrir leurs frais de mandat. Ces enveloppes paient des assistants parlementaires, des déplacements, le fonctionnement d’une permanence, et ne tombent jamais dans la poche de l’élu. La précision au centime de ces 36 105 euros donne un vernis de rigueur à une addition de lignes qui ne s’additionnent pas.

Le patrimoine avancé trahit le même procédé. Aux 1,465 million d’euros d’actifs déclarés en 2022, la rumeur ajoute exactement un million.

Certains allongent encore la liste d’une « retraite de ministre ». Le passage de Jean-Luc Mélenchon au gouvernement, de 2000 à 2002, ne lui ouvre droit à aucune pension ministérielle autonome. Les anciens ministres peuvent seulement bénéficier, sous conditions, d’une indemnité de cessation de fonctions, un revenu de transition versé aux ministres sortants. Limitée dans le temps, elle ne peut plus courir pour un ministre sorti du gouvernement en mai 2002.



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