Combien gagne Laurent Nuñez, ministre de l’intérieur ?

En quittant la préfecture de police pour le ministère de l’intérieur, Laurent Nuñez a vu sa rémunération baisser. Voici ce qu’il gagne aujourd’hui.

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Le montant n’a pas bougé. En septembre 2026, le gouvernement a envisagé de réduire le traitement des ministres pour contribuer à l’effort budgétaire de 2027. Au 18 octobre, il n’a ni tranché ni publié de nouveau barème. Laurent Nuñez, ministre de l’intérieur depuis octobre 2025, perçoit donc toujours 10 692,02 euros bruts par mois, soit environ 128 300 euros sur une année pleine.

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Trois lignes composent ce traitement. Le traitement de base, 8 304,47 euros, en fournit l’essentiel. L’indemnité de résidence y ajoute 249,13 euros, l’indemnité de fonction 2 138,42 euros. Aucune prime ne s’y greffe au titre de la sécurité intérieure, de la gestion des crises ou de la tutelle sur la police et la gendarmerie. Les quelque 290 000 policiers et gendarmes placés sous son autorité ne modifient pas d’un euro sa fiche de paie.

Ce chiffre a survécu aux remaniements. Nommé en octobre 2025, Laurent Nuñez a conservé son poste lors de la recomposition gouvernementale du 26 février 2026, et son traitement a suivi sans changement. Le barème ministériel ne connaît ni ancienneté ni avancement : un ministre reconduit gagne ce que gagnait le ministre nommé la veille.

Le net, lui, échappe à cette précision. Laurent Nuñez n’a pas rendu public son bulletin de paie, et le seul montant qui circule relève de l’estimation : environ 8 250 euros nets par mois avant impôt, selon un calcul publié dans la presse sans document à l’appui. Ce chiffre donne un ordre de grandeur. Il se situe dans la fourchette habituelle entre brut et net pour un traitement public, ce qui le rend vraisemblable sans le rendre officiel.

Le prélèvement à la source réduit encore cette somme, dans une proportion que le ministre n’a pas fait connaître. Son taux dépend des revenus de l’ensemble de son foyer fiscal, que Laurent Nuñez n’a aucune obligation de publier. Le revenu qui arrive chaque mois sur son compte reste donc le seul chiffre de cette chaîne que personne ne peut avancer.

Deux chiffres d’origine différente se font ainsi face. Le brut sort d’un texte réglementaire, et quiconque en connaît les paramètres peut le recalculer au centime. Le net passe par des cotisations et une situation fiscale personnelle que seuls l’administration et l’intéressé connaissent en détail. C’est sur le brut, le seul établi, que toute comparaison doit donc s’appuyer, à commencer par celle que ses déclarations antérieures invitent à faire.

Préfecture de police : 202 156 euros nets en 2024

Avant d’entrer place Beauvau, Laurent Nuñez dirigeait la préfecture de police de Paris, et ses revenus y dépassaient de loin son traitement actuel. La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), chargée de contrôler les déclarations des responsables publics, a publié ses montants : 167 648 euros nets en 2023, puis 202 156 euros en 2024. Laurent Nuñez a déclaré ces sommes après cotisations sociales et avant impôt sur le revenu, sans les ventiler entre traitement indiciaire, primes, indemnités et rappels.

Ramenés à l’échelle du mois, ces revenus donnent une moyenne arithmétique de 16 846 euros nets pour 2024. La moyenne lisse des versements dont le calendrier et la nature restent inconnus. Elle décrit un niveau de revenu annuel et ne correspond à aucun salaire mensuel effectivement versé.

Le Monde a élargi la focale. Le quotidien a calculé qu’au cours des années précédant son entrée au gouvernement, comme coordonnateur national du renseignement puis comme préfet de police, Laurent Nuñez avait perçu en moyenne 14 211 euros par mois. Cette moyenne situe sa carrière préfectorale. Elle ne dit rien de son traitement de ministre.

La comparaison exige un instant de rigueur. Les 202 156 euros de 2024 sont un montant net, les 128 300 euros du traitement ministériel un montant brut. Calculer un pourcentage de baisse entre les deux reviendrait à soustraire des grandeurs de nature différente.

Le rapprochement reste concluant. Le net déclaré en 2024 dépasse à lui seul le brut annuel de ministre. Or un net est toujours inférieur au brut dont il découle : l’écart réel entre les deux fonctions est donc plus grand encore que celui qui apparaît sur le papier. En prenant la tête du ministère qui a autorité sur la préfecture de police, Laurent Nuñez a accepté une rémunération nettement inférieure à celle qu’il percevait lorsqu’il la dirigeait.

Le décret de 2012, barème commun à tous les ministres

Le salaire d’un ministre ne se négocie pas. Le décret du 23 août 2012, relatif au traitement du président de la République et des membres du gouvernement, l’indexe sur les plus hauts emplois de la fonction publique d’État, classés « hors échelle ». Le traitement de base équivaut à 1,4 fois la moyenne entre le traitement le plus bas et le plus élevé de cette catégorie.

Deux indemnités s’ajoutent ensuite à ce socle. L’indemnité de résidence vaut 3 % du traitement de base. L’indemnité de fonction représente 25 % du traitement et de l’indemnité de résidence cumulés. Le calcul se vérifie sur la fiche de Laurent Nuñez : ses 2 138,42 euros d’indemnité de fonction correspondent exactement au quart des 8 553,60 euros formés par les deux premières lignes.

Ce mécanisme ne prévoit aucune pondération selon le ministère. Un ministre de plein exercice touche la même somme qu’il soit chargé de l’intérieur, des armées, de l’économie ou de la culture. Le décret aligne ainsi le ministre de la police nationale, de la gendarmerie, de la sécurité civile et des préfectures sur des collègues aux administrations bien plus modestes.

Pour un haut fonctionnaire venu de la préfectorale, ce barème fixe la règle du jeu à l’entrée. Laurent Nuñez l’a accepté en octobre 2025 comme tout autre ministre l’aurait fait : ce plafond s’applique à tous les ministres de plein exercice, et aucun d’eux n’en négocie le montant.

150 000 euros de frais de représentation, hors salaire

Un ministre de l’intérieur dispose de moyens qui dépassent de loin son traitement. Laurent Nuñez, comme ses collègues du gouvernement, utilise des véhicules administratifs, bénéficie d’une protection rapprochée, voyage aux frais de l’État pour ses déplacements officiels et s’appuie sur un cabinet. La sécurité de l’État et le fonctionnement du ministère justifient ces moyens, que le ministre ne peut pas affecter à un usage personnel.

La dotation de frais de représentation attire davantage l’attention. Chaque ministre peut engager jusqu’à 150 000 euros par an pour des réceptions officielles, des événements institutionnels, des repas de représentation ou des cadeaux protocolaires. Ce plafond dépasse son traitement annuel brut de 128 300 euros, et la proximité des deux chiffres nourrit régulièrement la confusion.

L’administration encadre pourtant cette enveloppe par ses règles de gestion. Le ministre engage des dépenses professionnelles dans la limite d’un plafond, et n’en tire aucune somme pour lui-même. Le ministère de l’intérieur n’a pas publié le montant que Laurent Nuñez a effectivement dépensé à ce titre. Il n’a pas non plus chiffré la valeur d’un éventuel logement de fonction, d’une voiture avec chauffeur ou de sa protection. Ces avantages ne figurent dans aucune déclaration de revenus.

Patrimoine : un million d’euros à deux

Au-delà de son traitement, Laurent Nuñez ne déclare aucune autre rémunération professionnelle. Sa déclaration d’intérêts ne mentionne ni activité de conseil, ni mandat électif rémunéré, ni fonction de direction ou siège au conseil d’administration d’une entreprise, ni participation directe au capital d’une société. Son foyer peut toucher des intérêts bancaires ou des produits d’assurance-vie, comme tout épargnant. Ces revenus du patrimoine ne compensent pas la baisse liée à son entrée au gouvernement.

La déclaration de situation patrimoniale modifiée qu’il a déposée en février 2026 recense environ 1,014 million d’euros d’actifs. Laurent Nuñez est marié sous le régime de la communauté réduite aux acquêts, et plusieurs biens figurent comme communs ou appartiennent à son conjoint. Le total décrit donc les avoirs d’un couple.

L’immobilier en représente 684 000 euros. Un appartement de 30 m² à Paris, déclaré 354 000 euros, pèse plus de trois fois une maison de 160 m² dans le Cher, estimée à 100 000 euros. S’y ajoutent un appartement de 35 m² dans le Var, à 200 000 euros, et un garage de 75 m² dans le Cher, à 30 000 euros.

Le reste tient en épargne : 207 862 euros sur des comptes bancaires et livrets, 94 148 euros sur quatre contrats d’assurance-vie, 14 420 euros sur un plan d’épargne en actions. Le couple roule en Renault Mégane, déclarée 14 000 euros. Une fois déduit le seul emprunt déclaré, dont le capital restant dû atteint 110 880 euros, le solde ressort à environ 903 550 euros. Ce montant résulte d’une simple soustraction entre les actifs et le passif déclarés, sans valeur d’évaluation officielle, et il ignore l’évolution des prix depuis février.

Budget 2027 et traitement des ministres

La baisse évoquée en septembre reste en suspens. En cherchant des économies pour le budget 2027, le gouvernement a mis sur la table une réduction du traitement de ses propres membres. Il n’a pas encore rendu d’arbitrage, et rien ne permet d’affirmer qu’il y a renoncé.

Pour s’appliquer, une telle baisse supposerait de modifier le décret du 23 août 2012 ou les paramètres sur lesquels il s’appuie. Le gouvernement en a le pouvoir par voie réglementaire, sans passer par le Parlement. S’il l’exerce, la mesure s’appliquera aux trente-cinq ministres de plein exercice à la fois, Laurent Nuñez compris.

Une baisse creuserait encore l’écart avec ses années de préfet. Laurent Nuñez gagnerait alors moins, en brut, qu’il ne déclarait en net lorsqu’il commandait les forces de l’ordre de la capitale pendant les Jeux de 2024. D’ici une éventuelle modification, il continue de percevoir chaque mois 10 692,02 euros bruts au titre du barème de 2012.



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