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Il arrive que le calendrier se montre cruel. Au lendemain des violences du 17 octobre, Alexandre Bompard, président de la Fédération du commerce et de la distribution, a avancé un premier bilan : environ 1 500 commerces touchés, et une facture qui pourrait atteindre plusieurs centaines de millions d’euros. Son propre groupe, Carrefour, déplore une cinquantaine de magasins dégradés, dont une vingtaine pillés. Or ces commerçants auraient dû être les premiers bénéficiaires d’une réforme déjà adoptée par le Parlement.
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Une réponse inscrite dans la loi
La loi de finances pour 2026 a créé une garantie obligatoire contre les émeutes, adossée à un fonds de mutualisation bénéficiant de la garantie de l’État. Le principe est simple et juste. Les violences urbaines ne sont plus traitées comme un accident imprévisible, mais comme un risque à part entière, que la collectivité accepte de partager. Pour un commerçant, c’est la promesse de ne plus affronter seul la ruine après une nuit de saccages.
Sur le papier, la France s’est donc dotée d’un outil adapté. Dans les faits, il ne protège personne. Son entrée en vigueur reste suspendue à une procédure européenne et à la publication de textes d’application. Samedi, les vitrines ont été brisées sous un régime qui n’a pas changé.
Un risque connu depuis 2023
Personne ne pourra plaider la surprise. En juin et juillet 2023, les violences urbaines avaient occasionné 793 millions d’euros de sinistres assurés selon France Assureurs, dont près des deux tiers portaient sur des biens professionnels. C’est précisément ce précédent qui a conduit le législateur à agir. Le diagnostic était posé, le remède voté. Il manquait seulement la volonté de le rendre opérationnel à temps.
Ce retard n’a rien d’anodin. Une loi qui reste lettre morte au moment où elle devrait jouer son rôle entretient une illusion de protection. Les commerçants pouvaient croire le problème réglé. Ils découvrent aujourd’hui qu’ils restent exposés comme avant.
Les indépendants en paient le prix
Les grandes enseignes disposent de réserves pour encaisser le choc. Pour un commerçant indépendant, la situation est tout autre. Quelques jours de fermeture suffisent à fragiliser une trésorerie, quelques semaines peuvent la briser. Aux vitrines et aux stocks perdus s’ajoutent les frais de sécurisation, les réparations et le chiffre d’affaires évaporé. Les salariés, eux, voient leur activité perturbée et, si l’arrêt se prolonge, leur rémunération ou leur emploi menacés.
C’est pour eux que la garantie émeutes a été pensée. C’est eux qui subissent le plus lourdement son absence.
Dimanche, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a promis que les responsables des destructions devraient « payer » et « réparer ». La formule rassure à peu de frais. Aucun casseur interpellé ne remboursera des centaines de millions d’euros, et aucune condamnation ne rouvrira un commerce avant la fin du mois. La seule réponse à la hauteur de l’enjeu existe déjà. Elle a été votée. Il appartient au gouvernement de la faire appliquer.
L’exécutif doit fixer un calendrier
Le pouvoir ne peut pas se contenter de renvoyer la responsabilité à Bruxelles ou à la lenteur des procédures. Il lui revient de dire publiquement où en est le dossier européen, quand les textes d’application seront publiés et à quelle date la garantie protégera effectivement les commerçants. Il lui revient aussi d’organiser, d’ici là, un soutien rapide aux victimes de samedi.
Ces violences ont éclaté en marge d’une mobilisation contre la vie chère, qui a rassemblé entre 550 000 et 800 000 personnes. La colère sociale qui s’y exprime ne s’éteindra pas d’elle-même. Rien ne garantit que le 17 octobre restera une exception. Si une nouvelle vague de destructions survient avant l’entrée en vigueur du dispositif, la responsabilité ne pourra plus être imputée au seul hasard. Une loi votée mais jamais appliquée n’est pas une protection, et les commerçants viennent d’en faire l’expérience.


