Les manifestations s’étendent à l’Italie, à la Belgique, à l’Albanie, au Portugal et à l’Espagne

Afficher le sommaire Masquer le sommaire

Des dizaines de milliers de jeunes défilent en France, en Belgique, en Espagne, au Portugal, en Italie et en Albanie. Ils rejoignent la « révolution de la génération Z », ces jeunes nés entre 1997 et 2012 qui ont contribué en deux ans à faire tomber le gouvernement du Bangladesh, à pousser le Premier ministre népalais à la démission et à dissoudre le gouvernement malgache. En Europe, la colère monte à la veille d’un supercycle électoral qui désignera les gouvernements de quatre des cinq pays les plus peuplés de l’Union : France, Italie, Espagne et Pologne. Partout, le même constat : un avenir de plus en plus étroit et précaire.

A LIRE AUSSI
PSG-Barcelone : le match de mardi pourrait se jouer à huis-clos

Manifestations en France : l’école publique au cœur de la colère

La France est l’épicentre du mouvement. Lancée par des lycéens il y a plus d’un mois, la mobilisation a été rejointe samedi par les gilets jaunes, les syndicats, des agriculteurs, des transporteurs et des fonctionnaires. Les manifestants dénoncent la dégradation de l’enseignement public et réclament plus d’enseignants, des classes moins chargées et de meilleurs équipements.

La journée du samedi 17 octobre a basculé dans la violence. Entre 550 000 manifestants selon le ministère de l’Intérieur et 800 000 selon les organisateurs ont défilé dans tout le pays, mais les cortèges ont été débordés par des émeutes et des pillages. À Limoges, l’hôtel de ville, classé monument historique, a été détruit par un incendie volontaire ; Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille et Strasbourg ont également été touchées. Le parquet de Paris a ouvert une enquête après la mort d’un manifestant, victime d’un arrêt cardiorespiratoire pendant le défilé parisien, et 2 397 personnes ont été interpellées au cours de la journée. Dimanche, de nouveaux pillages ont eu lieu à Paris, autour de la place de la République et dans le centre, tandis que des tentatives d’intrusion visaient des commerces à Lyon et Marseille. Emmanuel Macron a promis des poursuites contre les auteurs des attaques visant préfectures, commerces et mairies, et le Premier ministre n’exclut plus l’instauration de l’état d’urgence. Mobilisation du 17 octobre : “Ceux qui ont cassé, attaqué les préfectures comme les commerces, seront poursuivis et punis”, affirme Emmanuel Macron +5

Les revendications des lycéens butent sur l’état des comptes publics. La dette des pays de l’Union atteint 82,9 % du PIB. Celle de la France, l’une des plus élevées des Vingt-Sept, s’élève à 117,6 %.

Belgique et Italie : « Faisons comme en France »

L’exemple français a traversé les frontières. À Rome, Milan ou Turin, les cortèges scandent « Facciamo come in Francia » et « De l’argent pour l’école, pas pour la guerre ».

En Belgique, les étudiants s’opposent aux coupes dans l’enseignement francophone et à la hausse prévue des frais d’inscription. La Fédération Wallonie-Bruxelles a adopté un plan d’économies d’environ 500 millions d’euros touchant notamment l’éducation. La réforme du décret Paysage, qui limite la durée des études et les crédits ouvrant droit au financement public, a mis le feu aux poudres. Elle contraint des étudiants qui travaillent déjà pour payer leurs études, voire pour aider leur famille, à boucler leur cursus au plus vite afin de conserver leurs aides.

Italie : à Milan, les manifestations tournent à l’émeute

Samedi, les cortèges pour l’école et contre la vie chère se sont déroulés sans heurts. À Rome, 100 000 personnes ont défilé à l’appel de la CGIL, principal syndicat du pays, qui a convoqué une grève générale le 20 novembre.

Le soir, des groupes violents, souvent très jeunes et parfois mineurs, ont affronté la police à Milan, Turin, Bologne, Brescia et Bergame. Au moins 141 policiers ont été blessés. À Milan, des commerces ont été pillés place du Duomo et dans la galerie Victor-Emmanuel ; à Turin, la librairie Feltrinelli de la gare de Porta Nuova a été prise d’assaut. Le maire de Milan, Giuseppe Sala, n’avait rien vu de tel en dix ans et a déploré le manque de policiers. Dimanche, de nouveaux incidents ont conduit à 160 interpellations, dont de nombreux mineurs.

Tous les partis ont condamné les violences, mais Giorgia Meloni a accusé la gauche de les justifier. La presse italienne souligne que les casseurs ne semblaient liés à aucune formation politique.

Crise du logement : au Portugal, les jeunes campent sur les places

Au Portugal, comme en Espagne, la jeunesse se mobilise contre la flambée des loyers. Après des manifestations samedi dans plusieurs villes, des centaines de personnes ont bravé les ordres d’évacuation pour camper dans le centre de Lisbonne, place du Rossio, et de Porto, place Dom João I. Cette dernière avait été évacuée par la police en début de semaine, faisant une quarantaine de blessés selon les organisateurs.

Pays-Bas : dette étudiante et refus de la guerre

Aux Pays-Bas, les étudiants avaient occupé en mai 2024 des locaux universitaires à Amsterdam et Utrecht pour exiger la rupture avec les universités israéliennes. Leur combat s’étend aujourd’hui aux coupes budgétaires et au réarmement.

Le syndicat national étudiant, présidé par Evy Kras, conteste depuis plus de dix ans le système de prêts instauré en 2015 en remplacement des bourses. « Certains rembourseront jusqu’à 40 ans », dénonce-t-elle. La bourse de base a été rétablie en 2023, mais la dette des anciennes promotions demeure. Le syndicat a aussi rejoint le mouvement Stop de Oorlogskoorts (Stoppons la fièvre guerrière), qui a manifesté le 27 septembre à Amsterdam, et prépare des grèves étudiantes pour le 20 novembre. « Aucun d’entre nous ne veut combattre dans une guerre ni être appelé sous les drapeaux », résume Evy Kras.

Serbie, Albanie : à l’Est, la contestation la plus dure

En Serbie, près de deux ans de manifestations après l’effondrement de l’auvent de la gare de Novi Sad, qui avait fait 16 morts, ont abouti à des élections anticipées. En Albanie, plus de quatre mois de protestations d’abord pacifiques contre des projets touristiques, dont l’un porté par Jared Kushner, gendre de Donald Trump, ont rejoint cette semaine une révolte étudiante. La Cour suprême et le ministère de l’Éducation ont été en partie incendiés.

Pourquoi la jeunesse européenne est en colère

Cette génération a grandi au fil des crises : austérité, changement climatique, pandémie, puis guerres. Elle s’est politisée dans les mobilisations de solidarité avec la Palestine et contre la guerre menée par Israël à Gaza, au point d’être surnommée en Italie la « génération Gaza ».

Sans crise comparable à celle de 2008, la précarité reste forte. En août, le chômage des moins de 25 ans atteignait 15,4 % dans l’Union, contre 6,1 % pour l’ensemble des actifs. En 2025, 24,2 % des 15-29 ans étaient menacés de pauvreté ou d’exclusion sociale, contre 20,9 % de la population totale.

La démographie pèse aussi. Les plus de 65 ans sont passés de 17 % à 22 % de la population européenne entre 2005 et 2025, dépassant les moins de 20 ans. Leur poids électoral incite les gouvernements à privilégier les retraites et la consommation plutôt que l’investissement social et la croissance future.

Vote des jeunes : radicalisation et défiance

En Espagne, 51 % des plus de 65 ans votent PP ou PSOE, selon un sondage 40dB de juin 2026, tandis que chez les moins de 25 ans Vox fait jeu égal avec le PP. En France, avant la présidentielle d’avril 2027, 77 % des jeunes choisissent le Rassemblement national ou La France insoumise. En Italie, près de la moitié des 18-34 ans soutiennent l’opposition de gauche, contre moins de 30 % pour la coalition de Giorgia Meloni, selon YouTrend.

La défiance est massive : 74 % des moins de 30 ans en France estiment que la classe politique ne les représente ni ne les écoute, contre 69 % en Italie et 59 % en Espagne.

Une mobilisation qui s’inscrit dans la durée

Le mouvement n’est pas né cet automne. L’Union européenne des étudiants (ESU) a recensé 54 actions de protestation dans 22 pays entre mars et mai, contre 31 dans 13 pays sur la période précédente.

Vendredi, une banderole d’étudiants italiens résumait l’état d’esprit : « Si vous nous prenez notre avenir, nous bloquons votre présent. » Les prochains scrutins diront ce qu’il en restera dans les urnes.



L'Essentiel de l'Éco est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :

Publiez un commentaire

Publier un commentaire