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Il a vanté, au micro d’un meeting, les fesses de John Husted, candidat républicain au Sénat dans l’Ohio. Il a diffusé une série de vidéos montrant des grands félins attaquant des personnes réelles, puis une dernière, générée par intelligence artificielle, où il repousse un lion à mains nues, en costume. Il a ressorti de vieux mèmes moqueurs sur le Groenland et inondé ses réseaux de clips à sa propre gloire.
Chacun de ces épisodes aurait suffi à briser la carrière d’un autre responsable politique. Pour Donald Trump, il s’agit d’une semaine ordinaire.
Une tournée électorale à contre-courant
Le calendrier aurait dû l’inciter à la retenue. Son impopularité est négative depuis plus d’un an et bat record sur record. Les sondeurs recommandent au président de se mettre en retrait pour ne pas plomber les candidats républicains qui briguent le Sénat ou la Chambre des représentants. Il fait exactement l’inverse.
Rien que cette semaine, sa tournée l’a conduit ou le conduira dans l’Ohio, en Alaska, où il était à Wasilla mardi, en Arizona, à Bullhead City, et dans le Montana. À chaque étape, le même spectacle d’excentricités, et la même consigne lancée à la foule : « Faites comme si mon nom figurait sur les bulletins. » Une phrase que la plupart de ses prédécesseurs se seraient gardés de prononcer, conscients du risque de transformer le scrutin en référendum sur leur personne.
Trump avait promis de se rendre dans 32 États et circonscriptions où son camp est en difficulté. Dans les faits, il intercale entre les terrains disputés des bastions acquis, où il peut savourer l’une de ses formules préférées : « Merci, ici j’ai gagné largement les trois fois où je me suis présenté. » La tournée prend des airs d’adieux d’une vieille star.
Le choix obéit pourtant à un calcul. Le Parti républicain ne peut pas se permettre que la base MAGA, soit environ 30 % de l’électorat, s’abstienne le 3 novembre. Trump va donc la chercher là où elle se trouve, même lorsque les sièges en jeu ne sont guère menacés. Dans ces salles acquises, ses outrances sont acclamées et plusieurs opposants venus manifester ont été expulsés à coups de poing ces derniers jours.
Le fardeau économique des républicains
La confiance affichée par le président repose sur un pari : que les électeurs ne lui reprochent pas leurs difficultés. Celles-ci s’accumulent. Les prix de l’essence et du diesel restent élevés, conséquence de la guerre en Iran dans laquelle il a engagé les États-Unis. La Maison-Blanche assurait au départ qu’elle ne durerait que « quelques jours ou quelques semaines ». Le conflit approche de son huitième mois.
Mercredi, un nouvel indicateur est venu alourdir le bilan : l’inflation a atteint 3,7 % en septembre, au-delà des prévisions.
Sondages des midterms : les démocrates en tête de huit points
Les enquêtes d’opinion de la semaine confirment la tendance. Sur le « vote générique », qui mesure vers quel parti penchent les électeurs indépendamment des candidats, les démocrates recueillent 49,7 % des intentions de vote contre 41,7 % pour les républicains, selon la moyenne sur trente jours calculée par El País à partir de 659 sondages compilés par le New York Times, hors enquêtes commandées par les partis.
Cet indicateur reste le plus fiable pour un scrutin aussi éclaté. Le 3 novembre, les Américains renouvellent les 435 sièges de la Chambre des représentants, 35 des 100 sièges du Sénat et 36 postes de gouverneur, sans compter une multitude d’autres mandats électifs.
Les projections laissent entrevoir des victoires démocrates en Caroline du Nord, dans l’Iowa, au Texas, au Kansas ou dans l’Ohio, des États solidement républicains il y a encore quelques mois. Une prudence s’impose néanmoins : les sondages se sont déjà trompés. Début octobre, l’analyste Nate Silver, qui a lui-même bâti sa notoriété sur cette discipline, rappelait que l’information politique américaine vit depuis une décennie sous l’emprise des enquêtes d’opinion.
Personnalité iconoclaste ou déclin cognitif
Samedi dernier, dans le Tennessee, le président s’est dit surpris que ses partisans l’« applaudissent » même lorsqu’il prononce « la chose la plus stupide ». Il y a onze ans, lors de son entrée en politique, il assurait déjà que ses électeurs lui resteraient fidèles même s’il tirait sur quelqu’un sur la Cinquième Avenue, à New York.
Ses soutiens voient dans ses frasques l’expression d’une personnalité iconoclaste sans équivalent dans la politique mondiale. Ses adversaires y lisent le déclin cognitif d’un homme de 80 ans qui n’a plus grand-chose à perdre. Ils citent notamment les dix minutes qu’il a consacrées vendredi à attaquer la Norvège et le comité Nobel, coupables de ne pas lui avoir attribué le prix de la paix.
Les républicains préparent déjà l’après-Trump
Le président n’a peut-être pas grand-chose à craindre du résultat. Qu’il perde ou non le contrôle d’une ou des deux chambres, il a montré qu’il comptait sur le pouvoir exécutif pour gouverner sans le Congrès. Et la Constitution, à moins qu’il ne passe outre, lui interdit de briguer un nouveau mandat en 2028.
Son indifférence envers les usages des midterms trahit peut-être un désintérêt pour l’avenir du Parti républicain après son départ, dans l’esprit du « Après moi, le déluge » attribué à Louis XV.
Ses troupes, elles, en tirent les conséquences. Un nombre croissant de candidats conservateurs prennent leurs distances, plus ou moins discrètement, pendant que Trump continue de vanter un « âge d’or » américain, de contester les indicateurs économiques et d’accuser son prédécesseur démocrate, Joe Biden. Les stratèges du parti, conscients de son influence toujours réelle, commencent à imaginer un trumpisme sans Trump. La transition s’annonce douloureuse.


