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- Une conférence de presse de quatorze minutes réservée aux médias conservateurs
- Une préparation expédiée et une question sur l’Ukraine restée sans réponse
- Contre-vérités, lapsus et loyauté affichée
- Le déni de la Maison Blanche et la réserve de Donald Trump
- Avocate sans barreau, ex-commentatrice télé : un CV qui interroge
- Succéder à Karoline Leavitt, un défi pour la nouvelle porte-parole
- L’ombre d’Anthony Scaramucci et les paris en ligne sur sa durée en poste
À Washington, savoir s’exprimer en public est une évidence pour quiconque occupe une fonction en vue. La première conférence de presse de Katie Zacharia, nommée porte-parole de Donald Trump, a donc provoqué une vague de commentaires stupéfaits dans les médias américains. Des sources anonymes lui prédisent déjà un passage éclair à ce poste.
Une conférence de presse de quatorze minutes réservée aux médias conservateurs
La salle de presse était comble et la retransmission télévisée en direct. Face aux reporters pressés de poser leur première question, Katie Zacharia est apparue mal à l’aise. Les yeux rivés sur ses notes, fuyant les regards, elle a tenté de masquer sa nervosité derrière de larges sourires.
L’exercice a duré quatorze minutes, un format inhabituellement court. Huit ont été consacrées à un monologue chargé d’exagérations et de contre-vérités sur les prétendus succès du président. Les six minutes restantes se sont réparties en trois tours de deux questions, tous attribués à des médias conservateurs.
Le premier journaliste lui a demandé comment elle comptait continuer à favoriser les titres proches du mouvement MAGA. Le deuxième voulait savoir si elle s’exprimerait au nom du Parti républicain ou du seul président. La troisième question lui a permis de dérouler la seule information qu’elle semblait maîtriser : la Maison Blanche avait réclamé la démission de Kimberly Guilfoyle, ambassadrice des États-Unis en Grèce, visée par plusieurs enquêtes de presse sur sa corruption présumée.
Puis Katie Zacharia a levé la séance, à la surprise de l’assistance, en invoquant la longue journée qui l’attendait. Elle s’envolait en effet pour l’Alaska avec Donald Trump, première étape d’une tournée de meetings de deux jours à travers le pays.
Une préparation expédiée et une question sur l’Ukraine restée sans réponse
La nouvelle porte-parole a disposé de bien moins de temps que d’ordinaire pour se préparer. Plusieurs anciens responsables de la communication présidentielle, reconvertis en commentateurs, l’ont rappelé en disséquant l’épisode : une telle prise de parole est normalement précédée de longues heures durant lesquelles l’équipe de presse fournit au porte-parole des éléments sur tous les sujets susceptibles d’être abordés.
Le manque de préparation s’est vu sur une question pourtant prévisible. Interrogée sur l’arrêt présumé du partage de renseignements américains avec l’Ukraine, en pleine campagne de bombardements russes, Katie Zacharia s’est dérobée : « Je vous répondrai plus tard. »
La brièveté de l’exercice accrédite l’idée d’une improvisation, et celle d’un format pensé pour limiter la casse. L’annonce visant Kimberly Guilfoyle, que Donald Trump aurait d’ordinaire faite lui-même sur son réseau Truth, a joué son rôle. Les premiers titres se sont concentrés sur ce départ, devenu effectif quelques heures plus tard, plutôt que sur la prestation de la porte-parole. Le soir venu, celle-ci nourrissait pourtant déjà les monologues des humoristes.
Contre-vérités, lapsus et loyauté affichée
Sur le fond, Katie Zacharia a démontré au moins deux choses : sa loyauté envers le président, qu’elle a confondu avec son mari dans un lapsus, et son aplomb face aux faits. Elle a vanté l’enthousiasme qu’il susciterait chez les électeurs à trois semaines des élections de mi-mandat, contre l’avis des sondages. Elle a aussi gonflé l’affluence à ses meetings, un terrain sur lequel elle rappelle Sean Spicer, ancien porte-parole de Trump resté célèbre pour ses « faits alternatifs ».
Le déni de la Maison Blanche et la réserve de Donald Trump
La Maison Blanche, fidèle à la ligne présidentielle qui consiste à nier une réalité défavorable, a salué dans un communiqué une « conférence de presse inaugurale percutante » ayant « fait preuve d’une grande autorité ».
Donald Trump s’est montré plus mesuré. Au pied de l’hélicoptère présidentiel, en présence de l’intéressée, il s’est borné à dire qu’elle avait « été très bien ». Contrairement à son habitude, il n’a publié aucun message de félicitations sur Truth.
Avocate sans barreau, ex-commentatrice télé : un CV qui interroge
Le choix de Katie Zacharia, 42 ans et mère de quatre enfants, reste à expliquer. Le président l’a désignée dans la précipitation, après 53 jours de vacance du poste.
Son statut d’avocate concentre une bonne partie des critiques. Elle se présente comme juriste sur LinkedIn. Diplômée de l’université Pepperdine, elle n’a pourtant jamais obtenu l’examen qui permet d’exercer aux États-Unis. La Maison Blanche justifie ce point par son départ en Chine avec son mari, où elle se serait consacrée au « droit international ».
Son parcours compte un bref passage comme porte-parole du département de la Sécurité intérieure. Elle coche surtout deux critères chers au président. Elle a été commentatrice conservatrice à la télévision, et elle correspond à ses canons esthétiques. Le goût de Donald Trump pour les collaborateurs qui semblent sortis de Central Casting, une agence hollywoodienne de casting, est connu. Le livre Regime Change (non traduit en français), consacré à la première année de son second mandat, montre que ce critère a pesé dans les nominations de Pete Hegseth à la Défense, de Tulsi Gabbard à la direction du renseignement national et de John Ratcliffe à la tête de la CIA.
Succéder à Karoline Leavitt, un défi pour la nouvelle porte-parole
Porte-parole de la Maison Blanche compte parmi les postes les plus ingrats de Washington. La tâche est plus ardue encore auprès d’un président qui se pose en directeur de la communication en chef et devance toutes les annonces.
Katie Zacharia hérite en outre d’une succession lourde, comme Karine Jean-Pierre en son temps après l’efficace et accessible Jen Psaki sous Joe Biden. En 17 mois, Karoline Leavitt, plus jeune porte-parole de l’histoire, a imposé un style implacable et éloquent : déni de la réalité, affrontement avec les médias traditionnels, promotion des reporters acquis aux idées MAGA. Elle a bouleversé des décennies de règles d’accès de la presse au président, tandis que celui-ci écartait ou attaquait en justice AP, Politico, MS NOW, le New York Times et le Wall Street Journal.
L’ombre d’Anthony Scaramucci et les paris en ligne sur sa durée en poste
Cette stabilité au pupitre tranchait avec le premier mandat de Donald Trump, qui avait vu défiler quatre porte-parole et sept directeurs de la communication. L’un d’eux, Anthony Scaramucci, n’était resté que onze jours.
Devenu un adversaire du président, l’intéressé n’a pas résisté à la comparaison. « Le compte à rebours est lancé », a-t-il écrit mardi sur X, estimant que la nouvelle porte-parole avait tenu, pour l’instant, « un onzième de Scaramucci ».
Sa loyauté pourrait toutefois la protéger. L’ancienne star de téléréalité qui avait fait de « Vous êtes viré ! » sa marque de fabrique se montre, depuis son retour au pouvoir, bien moins encline à remanier ses équipes. Les parieurs restent sceptiques. Mercredi, sur la plateforme de prédiction Kalshi, 15 % d’entre eux pariaient sur un départ de Katie Zacharia avant le 1er novembre.


