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La demande vient d’abord des pères et des mères. Selon le dernier bilan détaillé rendu public, 253 soldats et membres des forces de sécurité israéliens tués avaient fait l’objet d’un prélèvement post mortem (après le décès) de sperme. Il faut y ajouter 21 civils. L’épidémiologiste Bella Savitsky, qui étudie ces procédures, a établi qu’un parent avait formulé la demande dans 82 % des cas militaires et sécuritaires.
Le ministère de la Santé avait déjà relevé cette prépondérance en novembre 2025. Sur 250 soldats et membres des forces de sécurité, 193 prélèvements avaient alors été réclamés par un parent. Chez les civils, la proportion était plus équilibrée, avec dix demandes parentales sur vingt et une. Le ministère n’a pas publié de décompte détaillé depuis le printemps, et les enquêtes de presse parues cet automne évoquent toujours environ 250 cas militaires ou sécuritaires.
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Avant la guerre, la pratique restait marginale en Israël. Début 2026, environ un quart des soldats de sexe masculin tués depuis le 7 octobre 2023 avaient subi un prélèvement. Cette estimation est datée. Elle ne porte que sur les militaires de sexe masculin, un périmètre plus étroit que le bilan des morts dans l’ensemble des forces de sécurité, qui continue de s’alourdir avec la guerre.
Ces chiffres désignent un acteur précis. Dans la grande majorité des cas, ni l’épouse ni la compagne n’ont demandé à conserver les gamètes (les cellules reproductrices) du soldat tué. Ses parents l’ont fait, dans les heures qui ont suivi l’annonce de sa mort.
Entre la congélation et la conception, pourtant, le nombre de familles s’effondre. Des centaines d’échantillons ont été congelés à la demande de parents. Au 1er avril 2026, deux familles de parents seulement avaient publiquement obtenu d’un tribunal le droit d’engager un projet de conception avec le sperme d’un fils tué dans la guerre ouverte après le 7 octobre. Les demandes parentales d’utilisation restent rares, et les juges les examinent une par une.
À l’hôpital, les parents obtiennent la congélation en quelques heures. Pour aller plus loin, il leur faut l’accord d’un juge, la preuve que leur fils voulait une descendance et une femme prête à devenir la mère de l’enfant. Le parcours commence au moment même où la famille apprend le décès.
Soixante-douze heures après la mort
Tout se joue contre la montre. Dès les premières semaines de guerre, l’armée a associé au dispositif les officiers chargés d’accompagner les familles endeuillées. Ils informent les proches de l’existence de cette option tant qu’elle reste médicalement possible, et ce délai est court.
Le ministère israélien de la Santé fixe les repères. Les médecins retrouvent des spermatozoïdes congelables dans environ 75 % des interventions pratiquées au cours des vingt-quatre premières heures suivant le décès. Au-delà de soixante-douze heures, le protocole officiel ne mentionne aucune récupération de cellules vivantes, et les équipes n’interviennent normalement plus.
Des chercheurs ont affiné ces seuils en analysant 28 prélèvements post mortem réalisés dans le contexte de la guerre. Ils ont trouvé des spermatozoïdes viables dans 25 cas et associent une intervention dans les douze heures à une meilleure viabilité. Dans leur échantillon, le prélèvement positif le plus tardif avait eu lieu trente-sept heures après la mort.
L’intervention elle-même revient à un urologue ou à un spécialiste de la fertilité, qui retire une partie du tissu testiculaire. Le fragment part vers une banque de sperme ou une unité de fécondation in vitro, ou FIV (la fécondation de l’ovule en laboratoire). Des biologistes y cherchent des spermatozoïdes vivants, puis plongent ces cellules, ou parfois le tissu qui les contient, dans l’azote liquide. Le résultat varie selon le délai, l’état de conservation du corps, les circonstances du décès et la qualité du sperme du défunt de son vivant.
Pour tenir ces délais, le ministère de la Santé a organisé un circuit reliant l’armée, les familles et quatre grands centres hospitaliers : Ichilov à Tel-Aviv, Rabin-Beilinson à Petah Tikva, Sheba à Ramat Gan et Shamir, l’ancien hôpital Assaf Harofeh. Le ministère leur répartissait les dossiers. Le pays compte aussi d’autres banques de sperme agréées, et le ministère n’a pas rendu public le lieu de conservation de chaque prélèvement.
Ces échantillons ne pourront servir qu’en FIV. Le ministère prévient que les chances de fécondation, de grossesse et de naissance y sont plus faibles qu’avec un sperme recueilli du vivant de l’homme.
Les parents doivent donc trancher pendant les heures où ils apprennent la mort de leur fils, et sous douze heures s’ils veulent les meilleures chances. Avant la guerre, la loi leur imposait en outre de convaincre un juge dans ce laps de temps.
La dérogation de guerre
Cette obligation découlait des directives publiées en 2003 par le procureur général d’Israël (le conseiller juridique du gouvernement), qui encadraient l’essentiel de ces demandes. Une veuve ou une compagne stable obtenait généralement le prélèvement si la famille ne s’y opposait pas. Les parents devaient saisir le tribunal de la famille, la juridiction chargée des affaires familiales, une démarche difficile à mener en quelques heures.
Après le 7 octobre, les ministères de la Santé et de la Justice ont instauré une dérogation d’urgence. Pendant la durée du conflit, les hôpitaux peuvent accepter directement la demande des parents lorsque la saisine préalable du tribunal risquerait de faire perdre le délai médical. Les deux ministères ont fixé une limite : l’exception tombe dès qu’une compagne, un autre proche ou l’un des deux parents s’oppose au prélèvement.
Cette simplification couvre la récupération et la conservation du sperme, et rien au-delà. Elle ne donne à aucune famille le droit de concevoir un enfant.
Le gouvernement a ainsi retiré le juge de l’étape où chaque heure comptait pour les parents. Il l’a maintenu à l’étape suivante, celle où se décide la naissance d’un enfant.
Devant le tribunal de la famille
Pour utiliser le sperme prélevé après la mort, les familles doivent obtenir l’autorisation de ce même tribunal. Les juges n’appliquent pas la même exigence à tous les demandeurs. Lorsque la compagne survivante porte le projet, le droit israélien tend à présumer que le défunt désirait des enfants, sauf élément contraire. Lorsque les parents en sont à l’initiative, ils doivent démontrer que leur fils aurait réellement voulu une descendance conçue après sa mort.
Les juges cherchent cette preuve dans ce que le défunt a laissé : ses déclarations, ses messages, d’éventuelles instructions écrites et les témoignages de ses proches. Une opposition exprimée de son vivant bloque le projet. Les parents doivent donc reconstituer une intention à partir de ce que leur fils a dit ou écrit avant sa mort.
Au 1er avril 2026, deux familles de parents avaient publiquement franchi cet obstacle. La première est celle de Maor Eisenkot, soldat tué à Gaza en décembre 2023. La seconde est celle de Yotam Haim, otage retenu à Gaza, tué par erreur par des soldats israéliens après son évasion.
Le dossier Haim montre que l’autorisation ne clôt pas la procédure. Le tribunal de la famille de Beersheba a jugé établi le désir d’enfant du jeune homme. Il a cependant exigé une nouvelle décision judiciaire lorsque serait identifiée la femme appelée à participer au projet.
Même gagnée, l’autorisation laisse donc les parents au milieu du chemin. Une fois la volonté de leur fils reconnue, il leur faut encore trouver cette femme, la faire accepter par le juge et accepter eux-mêmes la place que la loi lui réserve.
Une mère sans lien avec la famille
Cette place est celle de la mère. Plusieurs médias parlent de « mère porteuse », ou de surrogacy dans la presse anglophone, des termes qui induisent le lecteur en erreur sur ce que les parents peuvent espérer. Les directives du ministère de la Santé posent une règle précise lorsque la demande émane des parents du défunt. Seule une femme sans lien familial avec lui peut utiliser le sperme. Elle conçoit l’enfant, le met au monde et en devient la mère à tous égards.
Elle ne remet donc l’enfant à personne. Le ministère ne la traite pas comme une gestatrice (une femme qui porte un enfant pour le compte d’autrui) agissant pour les grands-parents, mais comme sa mère légale. La place que ces derniers occuperont dans la vie de l’enfant relève d’accords passés avec elle et, en cas de désaccord, des tribunaux.
La règle redéfinit la quête des familles. Les parents ont demandé la quasi-totalité des prélèvements, mais l’enfant qui en naîtrait appartiendrait juridiquement à une autre famille. Ils peuvent espérer un petit-fils ou une petite-fille, avec un lien qu’ils devront négocier et que la loi ne leur garantit pas.
Juin 2025, une première naissance
Le 11 juin 2025, Hadas Levy a mis au monde un fils conçu avec le sperme prélevé après la mort de son compagnon, le capitaine de réserve Netanel Silberg, tué à Gaza en décembre 2023. Les sources qui relatent son histoire la présentent comme la première femme à avoir donné naissance, depuis le 7 octobre 2023, à un enfant dont le père avait été tué dans cette guerre. Sa naissance est la première publiquement documentée, et d’autres ont pu rester confidentielles.
Son parcours diffère de celui des parents. Hadas Levy partageait la vie du défunt, et leur projet d’enfant prolongeait une relation existante. Elle bénéficiait de la présomption que les juges accordent aux compagnes, et elle est la mère de l’enfant qu’elle avait voulu avec lui.
D’autres femmes ont suivi la même voie. En janvier 2026, la radio publique américaine NPR rapportait que deux autres veuves étaient enceintes grâce à cette technique. Le ministère israélien de la Santé n’a publié aucun bilan des grossesses ou des naissances obtenues depuis.
Les cas connus montrent un décalage avec les prélèvements. Les parents sont à l’origine de 82 % des demandes de prélèvement, mais les seules grossesses et naissances rendues publiques concernent des compagnes. Aucune naissance issue d’un projet parental n’a été rendue publique à ce jour. Dans les dossiers parentaux, la volonté du défunt reste l’obstacle principal.
47 % d’opposants aux projets parentaux
Une étude publiée en 2025 dans la revue scientifique Andrology a interrogé 600 hommes juifs israéliens sur cette volonté. Parmi ceux qui ont répondu directement aux hypothèses présentées, 37 % s’opposaient à une procréation posthume demandée par leur partenaire. Ils étaient 47 % à refuser un projet initié par leurs parents.
La même enquête relève une attente : 71 % des répondants souhaitaient pouvoir consigner leur volonté à l’avance. Les chercheurs plaident pour un recueil explicite de ces préférences, notamment avant le service militaire ou les périodes de réserve, tant que les hommes concernés peuvent encore se prononcer.
Une autre étude a interrogé des hommes célibataires ayant congelé leur sperme avant un traitement médical lourd. Près de 88 % d’entre eux demandaient la destruction de leurs gamètes après leur mort. Ces patients ne ressemblent pas aux soldats israéliens par l’âge, la situation ou les circonstances. Leurs réponses montrent néanmoins qu’aucune présomption générale de consentement à une paternité posthume ne tient.
Le projet que les hommes interrogés rejettent le plus souvent, celui mené par leurs parents, est aussi celui que les familles engagent le plus souvent. Les juges doivent trancher cette contradiction à partir de messages et de témoignages, sans pouvoir interroger le principal intéressé.
Des propositions de loi en souffrance à la Knesset
Au 11 octobre 2026, aucune loi générale encadrant le prélèvement et l’utilisation posthumes du sperme n’est entrée en vigueur en Israël. Les familles relèvent de trois sources de règles : les directives du procureur général de 2003, la jurisprudence (les décisions déjà rendues par les tribunaux de la famille) et la dérogation temporaire adoptée pendant la guerre.
Plusieurs députés ont pourtant déposé ou défendu des propositions de loi à la Knesset, le Parlement israélien. Ces textes visent à ouvrir à chaque citoyen la possibilité de consigner sa volonté à l’avance et à préciser les droits des parents. Certaines propositions antérieures ont été bloquées avant la première lecture, le premier examen du texte en séance. Un texte déposé en 2025 en est resté à un stade préliminaire.
L’enregistrement anticipé de sa volonté, que prévoient ces propositions, correspond à la demande des 71 % d’hommes interrogés pour l’étude publiée dans Andrology. Il trancherait aussi la question posée aux juges dans chaque dossier parental. Un soldat qui aurait inscrit son accord ou son refus avant de partir épargnerait à ses parents la reconstitution de ses intentions à partir de ses messages.


