Afficher le sommaire Masquer le sommaire
- Coup d’envoi lundi à Stockholm
- Un secret de cinquante ans
- Le GLP-1, de l’intestin aux traitements de l’obésité
- À Oslo, 287 candidatures
- Les paris face au silence de l’Académie suédoise
- Édition génétique et chimie du vivant
- Physique, la catégorie la plus ouverte
- Économie, au-delà du testament d’Alfred Nobel
Le Comité Nobel norvégien a reçu 287 candidatures pour le prix de la paix, dont 79 organisations, et n’en dévoilera aucune. En médecine, trois chercheurs concentrent les attentes : Daniel J. Drucker, Jens Juul Holst et Svetlana Mojsov, pionniers du GLP-1, l’hormone dont sont issus les traitements contre l’obésité. Leurs noms figurent sur la liste de Clarivate, dont 89 sélectionnés ont obtenu un Nobel depuis 2002, sans que l’entreprise prétende désigner les lauréats d’une année. Tous les noms qui circulent avant les annonces viennent de l’extérieur des jurys.
A LIRE
Combien gagne un Prix Nobel ?
Coup d’envoi lundi à Stockholm
Stockholm ouvrira la saison lundi 5 octobre. Le prix de physiologie ou médecine y sera annoncé à 11 h 30 au plus tôt, heure de Paris. Viendront ensuite la physique mardi, la chimie mercredi et la littérature jeudi, avant le prix de la paix, vendredi 9 octobre à Oslo. Après le week-end, le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel fermera la série, lundi 12 octobre.
| Date | Distinction |
|---|---|
| Lundi 5 octobre | Physiologie ou médecine |
| Mardi 6 octobre | Physique |
| Mercredi 7 octobre | Chimie |
| Jeudi 8 octobre | Littérature |
| Vendredi 9 octobre | Paix |
| Lundi 12 octobre | Sciences économiques |
A LIRE
Prix Nobel 2026 : la mécanique secrète qui désigne les lauréats
Ces horaires suivent l’heure d’été d’Europe centrale, commune à Paris, Stockholm et Oslo à cette date. Chaque annonce sera retransmise en direct sur les canaux numériques officiels du Nobel.
Quatre jurys se partagent la semaine. À Stockholm, l’Assemblée Nobel de l’Institut Karolinska décerne le prix de médecine. L’Académie royale des sciences de Suède attribue ceux de physique, de chimie et d’économie, et l’Académie suédoise celui de littérature. À Oslo, le Comité Nobel norvégien, dont les membres sont désignés par le Parlement, attribue seul le prix de la paix. Il sera aussi le seul à annoncer son lauréat à heure fixe, 11 heures, quand les jurys suédois s’accordent tous la mention « au plus tôt ».
L’édition 2026 marque un anniversaire. Les premières distinctions ont été remises en 1901, il y a cent vingt-cinq ans. La Fondation Nobel, qui gère l’héritage d’Alfred Nobel, a porté la dotation à 12 millions de couronnes suédoises par catégorie, soit un million de plus qu’auparavant. Reuters estimait cette somme à environ 1,22 million de dollars au moment de l’annonce de la hausse.
Les lauréats recevront leur prix le 10 décembre, jour anniversaire de la mort d’Alfred Nobel, à Stockholm pour cinq d’entre eux, à Oslo pour la paix. D’ici là, tout ce qui touche aux noms se décide à huis clos.
Un secret de cinquante ans
Ce huis clos est réglementaire. Aucun des quatre jurys ne rend publics les nominations, les avis des experts chargés de les évaluer ou les comptes rendus des délibérations. Ces documents restent scellés pendant au moins cinquante ans. Il n’existe donc aucune « shortlist officielle », la liste restreinte des finalistes, consultable par le public, cette semaine ou une autre.
Lorsqu’un nom est présenté comme candidat, l’information a deux origines possibles. Soit elle relève de la spéculation. Soit la personne qui a soumis la candidature a choisi de la rendre publique. Dans les deux cas, l’institution concernée se tait : le Comité Nobel norvégien ne confirme jamais une candidature, qu’elle vise une personne ou une organisation.
Les pronostics viennent donc tous de l’extérieur, et ces sources n’ont pas la même solidité. La plus structurée appartient à Clarivate, société d’analyse de l’information scientifique. Depuis 2002, elle désigne des « Citation Laureates », chercheurs dont les travaux lui paraissent dignes d’un Nobel. Elle en a retenu 22 cette année, répartis entre quatre catégories : physiologie ou médecine, physique, chimie et économie. Sa méthode, dite bibliométrique, compte les publications et les citations recensées dans le Web of Science Core Collection, la base bibliographique qu’elle exploite, puis soumet le résultat à l’évaluation de ses propres experts.
Le résultat se mesure. Depuis le lancement du programme, 89 Citation Laureates ont ensuite reçu un Nobel, un peu moins de quatre par an en moyenne. Ce bilan montre que la méthode repère les travaux fondamentaux à très fort impact. Il ne dit rien du millésime, et Clarivate le précise elle-même : son programme n’a pas vocation à prédire les lauréats d’une année donnée. Un chercheur retenu peut donc attendre son prix plusieurs saisons, ou ne jamais le recevoir.
Un deuxième type de pronostic vient d’Oslo même. Haakon Gjerløw, directeur par intérim du Peace Research Institute Oslo (PRIO), publie une liste indépendante de lauréats possibles pour le prix de la paix. Son institut ne prend aucune part à la procédure du comité. Sa liste relève de l’analyse d’un chercheur qui suit le prix de près, sans accès aux candidatures.
Restent les bookmakers et les marchés de prédiction, plateformes où l’on mise de l’argent sur l’issue d’un événement. Leurs cotes reflètent des perceptions, des prises de position de critiques et des transactions spéculatives. Aucun de ces opérateurs n’a démontré le moindre accès aux institutions qui décernent les prix. Leurs chiffres mesurent l’opinion des parieurs à un instant donné, et elle seule.
Rangées par solidité, ces trois sources dessinent une échelle qui varie selon les prix. Or Clarivate ne couvre ni la paix ni la littérature, les deux distinctions qui occupent le plus le débat public chaque automne. Pour la paix, les pronostics les mieux étayés sortent d’un institut de recherche. Pour la littérature, ils viennent des seuls paris. Plus un prix est commenté, moins ses pronostics s’appuient sur des données.
Le GLP-1, de l’intestin aux traitements de l’obésité
En médecine, la liste de Clarivate fait ressortir un dossier. L’entreprise a placé parmi ses Citation Laureates 2026 l’endocrinologue canadien Daniel J. Drucker, le physiologiste danois Jens Juul Holst et la biochimiste Svetlana Mojsov. Elle les distingue pour l’identification, la caractérisation et l’activité biologique du GLP-1 (glucagon-like peptide-1), une hormone produite par l’intestin. Les recherches fondamentales sur cette hormone ont nourri l’essor des traitements contre le diabète de type 2, puis contre l’obésité. D’un mécanisme hormonal à des médicaments connus du grand public, le chemin explique l’attention portée au trio.
Clarivate juge ces travaux « de niveau Nobel », selon ses critères bibliométriques, sans en tirer de prévision pour 2026. Le règlement du Nobel complique d’ailleurs le scénario : un prix ne peut récompenser plus de trois personnes. Or l’histoire du GLP-1 compte d’autres chercheurs, dont les apports ont été essentiels, pour comprendre les mécanismes biologiques comme pour développer les médicaments. Si le jury du Karolinska couronnait ce champ, il devrait en retenir trois au plus et laisser les autres hors du palmarès. Plus une découverte a mobilisé de chercheurs, plus ce plafond écarte de contributeurs.
D’autres pistes figurent sur la liste de Clarivate. La tomographie par cohérence optique, technique d’imagerie par la lumière devenue courante en ophtalmologie, y est associée à James G. Fujimoto, David Huang et Eric A. Swanson. Timothy A. Springer y figure pour ses travaux sur les récepteurs d’adhésion immunitaire, ces molécules par lesquelles les cellules du système immunitaire s’accrochent à leurs cibles.
Un dernier scénario vient d’une autre source que Clarivate. Le psychiatre français Emmanuel Mignot et le Japonais Masashi Yanagisawa ont récemment reçu le prix Lasker, distinction américaine de recherche médicale. Ils l’ont obtenu pour leurs recherches sur l’orexine, un messager du cerveau impliqué dans l’éveil, et sur la narcolepsie, maladie qui provoque des endormissements irrépressibles. Leur nom revient souvent dans les commentaires scientifiques, sur la foi de ce prix et sans figurer dans la sélection 2026 de Clarivate.
À Oslo, 287 candidatures
Le Comité Nobel norvégien a enregistré 287 candidatures pour 2026 : 208 personnes et 79 organisations. Il n’en publiera aucune identité, vendredi pas plus qu’après. Ce chiffre rappelle une particularité du prix de la paix, le seul qui puisse revenir à une organisation. Près de trois candidatures sur dix visent une institution.
Les analyses publiées par Reuters et l’Associated Press avant l’annonce font ressortir plusieurs thèmes en prise avec l’actualité internationale : l’action humanitaire, la protection de l’enfance dans les conflits, la liberté de la presse, la défense des juridictions internationales et la coopération entre États.
La liste de Haakon Gjerløw, au PRIO, donne des noms à ces thèmes. Elle cite le défenseur ukrainien des droits de l’enfant Mykola Kuleba et l’ONG Save the Children, ainsi que les Emergency Response Rooms du Soudan, réseaux d’entraide formés par des habitants. Elle retient aussi le Committee to Protect Journalists, organisation de défense des journalistes, et la Station spatiale internationale. Elle mentionne enfin deux juridictions de La Haye : la Cour internationale de justice, qui tranche les différends entre États, et la Cour pénale internationale, qui poursuit des individus pour crimes de guerre ou crimes contre l’humanité. Hormis Mykola Kuleba, toutes sont des institutions, ce qui rejoint le poids des organisations parmi les 79 candidatures enregistrées.
Chacun de ces noms porterait un message distinct, selon les lectures avancées par les analystes. Les Emergency Response Rooms désigneraient l’aide de terrain face à la guerre et à la faim au Soudan. Le Committee to Protect Journalists renverrait à la protection du journalisme. Les deux cours de La Haye vaudraient soutien au droit international. La Station spatiale internationale incarnerait une coopération scientifique maintenue entre puissances rivales. Ces interprétations décrivent des scénarios et ne disent rien des délibérations du comité.
Le nom de Donald Trump circule aussi dans le débat public. Des experts interrogés par Reuters jugent peu probable que le président américain soit récompensé en 2026, dans le contexte de la guerre avec l’Iran. Les mêmes estiment que sa politique pourrait peser indirectement sur le message que le comité choisira d’adresser.
Les paris face au silence de l’Académie suédoise
Après la paix, le prix de littérature est traditionnellement le plus difficile à anticiper. L’Académie suédoise ne publie aucune liste de finalistes, et ses délibérations sont soumises au même secret de cinquante ans. Faute de sélection de Clarivate dans cette catégorie, les noms viennent des marchés de paris et des commentaires critiques.
Neuf d’entre eux reviennent avec insistance : la Chinoise Can Xue, la Canadienne Anne Carson, le Japonais Haruki Murakami, l’Australien Gerald Murnane, le Roumain Mircea Cărtărescu, la Mexicaine Cristina Rivera Garza, l’Indien Amitav Ghosh, l’Américain Thomas Pynchon et l’Espagnol Enrique Vila-Matas. Aucun ne peut être tenu pour candidat officiel, puisque ces listes ne renseignent en rien sur les échanges de l’Académie.
Ces noms tracent une carte de l’attente littéraire internationale. Can Xue incarne une littérature chinoise expérimentale, Anne Carson une œuvre qui mêle poésie et essai, Cristina Rivera Garza une écriture critique qui franchit les frontières, Haruki Murakami une notoriété mondiale installée depuis des décennies. Neuf auteurs, neuf pays, quatre continents : la liste des parieurs couvre presque toute la carte.
Chaque édition rappelle la même leçon. Un nom très présent dans les pronostics peut être écarté, un auteur peu cité peut s’imposer. Une cote relevée jeudi matin mesurera les mises des parieurs à cette heure-là.
Édition génétique et chimie du vivant
Mercredi, l’Académie royale des sciences de Suède annoncera le prix de chimie. Parmi les travaux que Clarivate a distingués, ceux du chimiste américain David R. Liu touchent le plus directement le grand public. Il a mis au point le base editing, qui modifie une seule « lettre » de l’ADN sans couper la double hélice, puis le prime editing, qui réécrit de courtes séquences génétiques. Ces deux techniques d’édition génétique de précision prolongent CRISPR, les « ciseaux moléculaires » qui coupent l’ADN à un endroit choisi, récompensés par le Nobel de chimie en 2020.
La sélection de Clarivate comprend deux autres pistes. David L. Allara, Ralph G. Nuzzo et Jacob Sagiv sont retenus pour les monocouches auto-assemblées, ces films d’une seule molécule d’épaisseur qui s’organisent spontanément sur une surface. Harry B. Gray et Jay R. Winkler le sont pour le transfert d’électrons à longue distance dans les protéines, mécanisme à l’œuvre dans la respiration cellulaire et la photosynthèse.
Les trois dossiers se situent à la jonction de la chimie, des matériaux et de la biologie. Ils portent sur la conception de surfaces fonctionnelles, la compréhension de mécanismes biologiques et la modification ciblée de l’ADN. Si l’Académie retient l’une de ces pistes, la chimie récompensée mercredi parlera du vivant.
Physique, la catégorie la plus ouverte
La veille, en physique, la même Académie tranchera dans une catégorie sans favori. Clarivate y a retenu trois pistes distinctes. Le Japonais Chihaya Adachi et les Américains Stephen R. Forrest et Mark E. Thompson sont cités pour les diodes électroluminescentes organiques à haute efficacité (OLED, la technologie de nombreux écrans de téléphone). Ils le sont aussi pour la fluorescence retardée activée thermiquement, procédé qui améliore leur rendement lumineux. La Britannique Nicola A. Spaldin l’est pour les multiferroïques magnétoélectriques, des matériaux dont on peut modifier l’aimantation avec un champ électrique. Le Chinois Qikun Xue l’est pour l’effet Hall quantique anormal, un courant qui circule sans perte sur les bords de certains matériaux sans champ magnétique extérieur.
Les trois dossiers relient un phénomène fondamental à des applications en électronique, en optique ou dans les technologies quantiques. Clarivate les présente côte à côte, sans hiérarchie entre eux.
Économie, au-delà du testament d’Alfred Nobel
Le dernier prix de la semaine a une histoire à part. La Banque de Suède, banque centrale du pays, l’a créé en 1968, soixante-sept ans après la première remise des Nobel, et il est décerné depuis 1969. Il ne figure pas parmi les cinq prix prévus par le testament d’Alfred Nobel, d’où son intitulé officiel, « prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel ».
Clarivate a retenu quatre noms dans cette catégorie. Susan C. Athey, professeure à Stanford, et Hal R. Varian, longtemps économiste en chef de Google, sont distingués pour leurs travaux pionniers sur l’économie des technologies de l’information. Michael D. Woodford, de l’université Columbia, l’est pour ses contributions à la théorie et à la pratique de la politique monétaire. Sidney G. Winter l’est pour ses recherches sur la dynamique économique et les comportements des organisations.
Les marchés numériques, le poids des données, le fonctionnement des plateformes et le rôle des banques centrales : ces quatre pistes collent aux transformations de l’économie contemporaine. L’Académie royale des sciences de Suède dévoilera son choix lundi 12 octobre, à 11 h 45 au plus tôt, et refermera la saison Nobel 2026.


