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Il a suffi de quelques minutes. Au coup d’envoi de PSG-Le Mans, samedi soir, le Virage Auteuil a déroulé sur toute sa largeur une banderole : « Vos milices répriment, notre jeunesse résiste. » Les stadiers ont voulu la retirer, un début d’échauffourée a éclaté, puis la tribune s’est vidée. Le Collectif Ultras Paris (CUP) a fait grève jusqu’à la pause. Ses membres sont revenus pour la seconde période et ont entonné, à la 49e minute, « Liberté pour les Ultras ».
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Une colère qui repose sur des faits
Depuis la mi-septembre, la mobilisation partie d’un lycée de Créteil s’est étendue à tout le pays. Les revendications sont simples : des professeurs remplacés, des bâtiments qui tiennent debout, des emplois du temps vivables. La réponse de l’État, elle, s’est durcie vite.
Lundi 5 octobre, à Lens, un lycéen de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade, près du lycée Auguste-Béhal. Les circonstances restent discutées et l’IGPN enquête. Au total, la « police des polices » a été saisie de dix-huit enquêtes depuis le début du mouvement. Plus de 5 000 personnes ont été placées en garde à vue, dont près de neuf sur dix sont mineures. Le 7 octobre, le ministre de l’Intérieur a suspendu l’usage des grenades assourdissantes. Un gouvernement ne prend pas ce genre de décision quand tout va bien.
La question du maintien de l’ordre face à des adolescents est donc légitime. Elle est sérieuse et documentée, et elle mérite mieux qu’un slogan.
Un mot qui porte 1943
En France, « milice » n’est pas un mot neutre. La Milice a été créée en janvier 1943 et dirigée par Joseph Darnand. Cette force partisane, supplétive de l’occupant, traquait les résistants et les juifs, sans juge et sans contrôle. C’est ce souvenir que le mot convoque, qu’on le veuille ou non.
La police de 2026 a ses fautes, peut-être graves. Mais elle reste soumise à la loi. Les dix-huit enquêtes ouvertes par l’IGPN en apportent la preuve, et le paradoxe est cruel pour les auteurs de la banderole : ces enquêtes montrent à la fois qu’il y a un problème et que le mot est faux. Une milice n’enquête pas sur elle-même.
Le mot efface aussi une partie du tableau. Selon le Premier ministre, 715 policiers et gendarmes ont été blessés depuis le début du mouvement. On peut contester sa lecture des événements. On ne peut pas faire comme si ces blessés n’existaient pas.
Le cadeau fait au pouvoir
Mardi, à l’Assemblée, Sébastien Lecornu a balayé l’idée d’une répression organisée. Il a parlé de « mensonges » et accusé ses opposants de jeter l’opprobre sur la police de la République. La banderole du Parc lui donne l’exemple idéal. Lundi, on aurait pu parler de Lens, des gardes à vue de mineurs, de la doctrine de maintien de l’ordre. On parlera d’une banderole.
C’est le paradoxe de l’excès : il soulage ceux qu’il vise. Chaque outrance permet de disqualifier les critiques mesurées, celles des syndicats enseignants, des parents d’élèves, des élus qui réclament une révision des méthodes. Le Virage Auteuil voulait renforcer les lycéens. Il a affaibli leurs défenseurs les plus crédibles.
Il y a pire. Les lycéens demandent des remplaçants et des salles chauffées. Le slogan des ultras les fait entrer dans un récit de guérilla, entre « milices » et « résistance ». C’est précisément le récit de ceux qui ne veulent voir dans ce mouvement que des « violences urbaines ».
Le stade n’est pas une agora
Fallait-il pour autant arracher la banderole ? Le PSG applique une règle connue : depuis le tifo « Free Palestine » de 2024, le club interdit les messages politiques non validés dans son stade. Le retrait n’avait rien d’improvisé. Il a pourtant offert à la banderole un écho qu’elle n’aurait jamais eu, et une tribune vide fait plus de bruit qu’une tribune pleine. On peut juger le message excessif sans applaudir la manière.
Le CUP risque désormais plus qu’une polémique. Des précédents existent : en 2022, après les propos de Philippe Poutou affirmant que « la police tue », le ministre de l’Intérieur avait porté plainte pour injure publique. Une plainte de syndicats policiers n’aurait rien de surprenant.
Reste le chant de la 49e minute, « Liberté pour les Ultras ». Le virage réclame pour lui une liberté qu’il ne veut pas voir ailleurs, dans un pays où des juges et des inspecteurs enquêtent sur la police.
À Lens, un adolescent de 15 ans a perdu une main. Il a droit à une enquête complète, à des réponses claires, peut-être à une réforme du maintien de l’ordre. Il ne lui faut pas un mot emprunté à 1943.


