Qui possède les salles de sport en France ?

Basic-Fit, Fitness Park, Keepcool, L'Orange Bleue : derrière chaque salle de sport se partagent une marque, un exploitant, un bailleur et un financeur.

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Le groupe GBH a demandé à l’Autorité de la concurrence l’autorisation de prendre le contrôle exclusif des sociétés qui détiennent Keepcool, Neoness et Metabolik ; au 9 septembre 2026, le dossier n’était pas tranché. Un an plus tôt, la plateforme Global Credit du fonds Carlyle accordait 280 millions d’euros à Fitness Park pour financer ses ouvertures et d’éventuels rachats. Derrière le nom lumineux que les adhérents lisent au-dessus du portique, la salle se partage entre un groupe qui détient la marque, une société qui l’exploite, une autre qui possède les murs et un financeur qui a avancé l’argent. Chacun de ces quatre détenteurs peut changer sans que l’enseigne bouge d’un centimètre.

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902 clubs français, aucun franchisé

Basic-Fit exploitait 902 clubs en France au 30 juin 2026. Le groupe néerlandais, coté à la Bourse d’Amsterdam, y concentrait alors 41 % des 2 192 salles qu’il opère en Europe, ce qui fait de la France son premier marché et de lui le premier exploitant de salles du pays.

Ces 902 clubs, Basic-Fit les tient seul. Le groupe fixe les abonnements, encaisse les paiements, administre l’application, choisit les équipements et décide des ouvertures. Aucun entrepreneur français n’y détient de franchise, ce contrat par lequel un réseau loue son nom et ses méthodes à un commerçant indépendant qui ouvre la salle à ses frais. Entrer dans un Basic-Fit à Lille ou à Toulon revient donc à devenir client d’une société de droit néerlandais, sans intermédiaire local.

Cette intégration produit des volumes que les réseaux français n’atteignent pas. Basic-Fit comptait 6,1 millions d’abonnements dans ses sept pays à la fin de juin 2026. Les 1 696 clubs portant directement la marque Basic-Fit en regroupaient 5,1 millions ; le solde relève notamment de Clever Fit, le réseau que le groupe a racheté en Allemagne. Sur les six premiers mois de l’année, il a réalisé 800,3 millions d’euros de chiffre d’affaires, en hausse de 18 % sur un an, et dégagé un résultat net de 23,6 millions d’euros, après une perte de 7,9 millions d’euros au premier semestre 2025. Le retour aux bénéfices accompagne un rythme d’ouvertures ralenti : 41 clubs nets ajoutés en Europe sur la période.

Le groupe dirige ces salles sans posséder les immeubles qui les abritent. Son bilan au 30 juin 2026 faisait apparaître 1,732 milliard d’euros de droits d’utilisation de locaux et 1,863 milliard d’euros de dettes liées aux baux. Ces deux lignes mesurent ce que Basic-Fit doit verser, pendant des années, à des propriétaires qui ne sont pas lui. Elles portent sur l’ensemble du réseau européen : le groupe ne publie pas la part des murs qu’il détiendrait en France, et ses comptes ne donnent pas le moyen de l’isoler.

Le premier propriétaire de salles françaises n’est propriétaire ni de leurs murs ni d’un capital français. Il possède le commerce, c’est-à-dire le contrat qui lie chaque adhérent, l’application par laquelle celui-ci réserve, et la décision d’ouvrir ou de fermer. Cette propriété-là suffit à faire de lui le plus gros acteur du pays. Les autres réseaux, eux, la partagent.

Chez Fitness Park, la marque et le contrat

Fitness Park comptait 403 clubs à la fin de 2025, répartis entre la France, l’Espagne, le Maroc et le Portugal, pour 1,38 million d’abonnés et 461 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. Le réseau ne détient pas l’ensemble de ces salles : une partie appartient à des sociétés créées par des franchisés.

La franchise découpe ici la propriété en deux. Le groupe Fitness Park garde la marque, les méthodes commerciales et les outils de gestion, et impose un cadre commun à tous les clubs. Le franchisé ouvre la salle, finance une part du projet, recrute les salariés et assure la gestion quotidienne ; en échange du droit d’utiliser le nom, il verse au siège les sommes prévues par son contrat. Deux entreprises se tiennent ainsi derrière un même logo, sans que rien à l’entrée n’indique laquelle encaisse quoi.

Combien de clubs relèvent de l’une et combien de l’autre ? Fitness Park ne publie pas cette répartition, et aucun document public récent ne donne la liste de ses actionnaires ni leur part du capital. Le groupe est présidé par Philippe Herbette, qui avait racheté le groupe Moving en 2015 avant de développer l’enseigne.

Ce que l’on connaît de son financement passe par un tiers. En 2025, la plateforme Global Credit du fonds américain Carlyle lui a accordé 280 millions d’euros destinés à soutenir l’expansion du réseau et d’éventuelles acquisitions. Aucun document public ne présente cette opération comme une prise de contrôle de Fitness Park par Carlyle : il s’agit d’un prêt, non d’une entrée au capital.

Le mécanisme mérite d’être noté, car il se répète ailleurs. En confiant ses ouvertures à des franchisés, le réseau se décharge d’une partie du coût d’installation des salles ; en levant 280 millions auprès d’un fonds, il rapatrie au siège les moyens de croître plus vite. L’argent qu’il ne met plus dans les clubs, il l’emprunte pour acheter des clubs.

Axio Capital, actionnaire de L’Orange Bleue

L’Orange Bleue a changé de direction en janvier 2026 : José Nercellas en a pris la tête. Thierry Marquer, qui avait créé l’enseigne à Rennes en 1996, reste actionnaire et siège au conseil de surveillance. Le fonds Axio Capital, lui, est entré au capital en 2020 ; le groupe n’a pas rendu publique la part qu’il y détient.

Le réseau revendiquait en mai 2026 plus de 400 clubs, 2 200 collaborateurs et 190 millions d’euros de chiffre d’affaires. Ces salles fonctionnent pour l’essentiel sous licence de marque, formule plus souple que la franchise : le licencié obtient le droit d’ouvrir sous le nom L’Orange Bleue et d’utiliser certains services du réseau, mais il finance l’ouverture, signe lui-même le bail commercial et emploie les salariés du club. Le groupe conserve son nom, son identité commerciale et les outils destinés aux adhérents.

Ces entrepreneurs locaux ne se contentent pas toujours d’une salle. L’Orange Bleue indiquait en mai 2026 que 51 % de ses gérants exploitaient plusieurs clubs. Aucun ne possède l’enseigne nationale ; plusieurs possèdent, sous ce même logo, deux ou trois sociétés distinctes.

La propriété se concentre donc aux deux bouts de la même enseigne. En haut, un fonds d’investissement et le fondateur se partagent le capital du groupe. En bas, une majorité de gérants accumule les clubs. Le lecteur qui cherche le propriétaire de la salle où il s’entraîne doit choisir lequel des deux étages il interroge.

Keepcool et Neoness devant l’Autorité de la concurrence

ICM Wellness détient les marques Keepcool, Neoness et Metabolik. Neoness l’a rejoint en 2022, alors que le groupe exploitait déjà Keepcool. Les deux enseignes revendiquaient ensemble, en septembre 2026, plus de 300 clubs, 500 000 adhérents et 700 coachs diplômés d’État.

Le 1er avril 2026, Neoness a ouvert son premier club franchisé, à Nîmes-Marguerittes. Bastien Bouisset, déjà exploitant de clubs Keepcool, en a pris la charge. La salle fait 1 050 mètres carrés : c’est la surface qu’un entrepreneur local finance, équipe et fait tourner quand il ouvre une Neoness. La marque, elle, reste à ICM Wellness ; le personnel, les dépenses et l’activité quotidienne relèvent de la société du franchisé.

Pendant que le groupe ouvrait ainsi sa première salle en franchise, son actionnariat se trouvait mis en jeu. GBH a demandé à prendre le contrôle exclusif des sociétés DG Finance et Verona, qui portent les activités de Keepcool, Neoness et Metabolik. L’Autorité de la concurrence examinait encore le dossier au 9 septembre 2026, et aucune décision publique n’avait à cette date autorisé ni refusé l’opération. ICM Wellness demeurait le propriétaire identifié des marques et des activités concernées.

Deux mouvements de propriété se sont donc croisés en 2026 sur le même périmètre : un entrepreneur nîmois est entré par la salle, un candidat acquéreur frappe à la porte du capital. Pour 500 000 adhérents, la réponse à la question de savoir qui possède leur club dépend d’un examen administratif dont l’issue n’est pas connue.

Les murs et le bail

Aucune des enseignes citées ne possède nécessairement le bâtiment dans lequel elle installe ses machines. Une société locale peut diriger un club logé dans un immeuble détenu par une autre entreprise, situation fréquente dans les zones commerciales, les centres-villes et les centres commerciaux.

Ce propriétaire des murs peut être une foncière, une société civile immobilière, une entreprise privée ou un particulier. Il loue indifféremment à Basic-Fit, à un franchisé Fitness Park, à un licencié L’Orange Bleue ou à un exploitant indépendant : la nature du réseau ne change rien au bail.

L’exploitant, lui, paie deux fois avant d’encaisser un premier abonnement. Il finance les travaux, les douches, les vestiaires, les machines, la ventilation et les systèmes d’entrée ; il verse ensuite le loyer et les charges tant que la salle reste ouverte. Ces deux postes commandent l’équilibre économique du club plus sûrement que le nombre d’adhérents inscrits le premier mois. Les 1,863 milliard d’euros de dettes de baux portés au bilan de Basic-Fit, tous pays confondus, donnent l’ordre de grandeur de ce que pèse le loyer dans l’économie d’une chaîne.

Le bailleur ne fixe pourtant ni le prix de l’abonnement, ni les horaires, ni le contenu des cours. Il reste le seul acteur de la chaîne qu’aucun exploitant ne peut contourner, faute de quoi la salle n’ouvre pas.

Les indépendants, seuls propriétaires complets

L’Insee range les « activités des centres de fitness » dans la sous-classe 93.13Y de sa nomenclature d’activités, la NAF 2025, qui couvre les centres de remise en forme et les salles de fitness. Sous cette même rubrique figurent les clubs des grands réseaux et les salles que leur patron tient seul.

Ces indépendants occupent des créneaux variés : musculation généraliste pour les uns, Pilates, yoga, coaching individuel, électrostimulation ou entraînements de type CrossFit pour les autres. Leur propriétaire cumule ce que les réseaux répartissent entre plusieurs sociétés : il possède l’entreprise qui exploite la salle, le fonds de commerce, et parfois les murs. D’autres louent le local, financent les machines par emprunt et gèrent eux-mêmes les inscriptions.

Face aux chaînes, qui alignent des centaines de clubs, une application nationale et des budgets publicitaires, ces exploitants recrutent leurs adhérents par la proximité, l’encadrement, une spécialité sportive ou la relation nouée avec les coachs. La propriété entière se paie ainsi d’une surface commerciale réduite au quartier.

6,1 millions de prélèvements mensuels

Basic-Fit comptait 6,1 millions d’abonnements en Europe au 30 juin 2026, Fitness Park 1,38 million d’abonnés à la fin de 2025, Keepcool et Neoness 500 000 adhérents en France en septembre 2026. Ces chiffres mesurent autre chose qu’une audience : chaque abonnement est un prélèvement, un contrat et un compte client.

Celui qui administre l’application et le paiement détient donc les informations qui font la valeur du réseau. Il sait qui vient, à quelle fréquence, qui s’apprête à résilier, et il adresse ses offres en conséquence. À Nîmes-Marguerittes, le franchisé exploite son club, paie ses salariés et règle ses factures ; la marque, les campagnes nationales et une partie des services numériques restent rattachées à ICM Wellness.

Basic-Fit prévoit de développer la franchise dans son réseau européen, à travers Clever Fit notamment. Il s’apprête donc à céder à des entrepreneurs l’exploitation de clubs qu’il dirigeait, sur des marchés où il compte moins d’adhérents. En France, où il en compte le plus, le groupe gère directement les 902 salles recensées au 30 juin 2026.



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