Que devient Ségolène Royal ?

Candidate à la primaire de Gauche, Ségolène Royal défie Raphaël Glucksmann au nom de l'expérience. Un retour que peu attendaient.

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Ségolène Royal aura 73 ans le 22 septembre. Sans mandat public depuis le 24 janvier 2020, l’ancienne ministre de l’écologie a fondé une société de conseil, animé une rubrique dans l’émission de Cyril Hanouna et été reçue en janvier par le président algérien, Abdelmadjid Tebboune. Vingt ans après avoir remporté la primaire socialiste de 2006, elle demande de nouveau à son camp de la désigner pour l’Élysée, avec 44 % de bonnes opinions dans le dernier baromètre Ifop-Fiducial.

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Patrick Mennucci n’a pas attendu le premier débat. Le 21 septembre, le président de la commission d’organisation de la primaire sociale-démocrate a rappelé Ségolène Royal au respect de la charte éthique signée par tous les candidats. La veille, dans Libération puis sur BFMTV, l’ancienne ministre avait décrit l’eurodéputé Raphaël Glucksmann comme un « stagiaire » en politique, qui n’aurait « jamais géré quoi que ce soit ». La commission a jugé que ces attaques personnelles contre un concurrent enfreignaient les règles que chaque participant s’était engagé à suivre.

Pour être rappelée à l’ordre, il fallait d’abord figurer dans la course. Ségolène Royal y est entrée par étapes. Elle a annoncé sa candidature le 10 juillet. Comme ses rivaux, elle devait ensuite réunir les parrainages (les soutiens formels exigés par les organisateurs pour concourir). Elle a assuré le 6 septembre les avoir obtenus, et la commission a retenu sa candidature à la mi-septembre, parmi les cinq admises à concourir.

Face à elle se présentent Raphaël Glucksmann, le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, ainsi que les députés Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel. Le premier tour aura lieu les 9 et 10 octobre, un éventuel second tour les 16 et 17 octobre. L’espace socialiste et social-démocrate organise seul ce scrutin, qui désignera le candidat de ce courant pour l’élection présidentielle de 2027. L’État n’y joue aucun rôle, et les autres forces de gauche n’y prennent pas part. Le vainqueur devra encore déclarer officiellement sa candidature à l’Élysée.

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Rien de tel n’était arrivé à Ségolène Royal depuis cinq ans. En septembre 2021, elle s’était présentée aux élections sénatoriales pour représenter les Français établis hors de France, un scrutin réservé à un collège d’élus. Le Parti socialiste lui avait refusé son investiture (la désignation officielle comme candidate du parti), et elle avait fait campagne en dissidente. Elle avait recueilli 11 voix, soit 2,07 % des suffrages exprimés, sans obtenir de siège.

Deux ans plus tard, en 2023, elle proposait de conduire une liste d’union de la gauche aux élections européennes de 2024. L’initiative n’a débouché sur aucune candidature. Entre ces deux épisodes, l’ancienne candidate à l’Élysée n’avait plus trouvé de parti pour l’investir, ni de liste pour l’accueillir.

La primaire de l’automne rompt cette série. Depuis le revers sénatorial, c’est la première fois qu’une démarche électorale de Ségolène Royal franchit toutes les étapes formelles : l’annonce, les parrainages, la validation par une commission qu’elle ne contrôle pas. Le retour a surpris, puisqu’elle n’exerce plus aucune fonction publique depuis six ans. Il a pourtant été préparé sur trois mois, de l’annonce de juillet aux parrainages de septembre.

Cette préparation éclaire la violence de l’attaque du 20 septembre. Ségolène Royal a choisi de faire de sa campagne une confrontation avec un adversaire principal, et elle l’a désigné par son nom.

Un capital de 44 % d’opinions favorables

L’offensive contre Raphaël Glucksmann découle d’un choix de campagne. Ségolène Royal oppose l’expérience du pouvoir et la capacité d’exécution à la nouveauté politique que l’eurodéputé incarne à ses yeux. Parmi les cinq candidats, elle est la seule à avoir atteint le second tour d’une élection présidentielle.

Plusieurs médias présentent pourtant Raphaël Glucksmann comme le favori de la consultation. Les enquêtes présidentielles le situent entre 10 % et 14 % des intentions de vote au premier tour. Ces études interrogent l’ensemble des électeurs.

Ségolène Royal, elle, se mesure sur un autre registre. Le baromètre Ifop-Fiducial publié par Sud Radio et Paris Match, réalisé par téléphone les 2 et 3 septembre auprès de 1 034 personnes, lui attribuait 44 % de bonnes opinions, au huitième rang du classement. Ce taux décrit l’image d’une responsable connue de tous les Français depuis trois décennies. Il ne porte sur aucun vote.

Or la primaire des 9 et 10 octobre ne consultera qu’une fraction de ce pays : les électeurs qui se déplaceront pour départager cinq candidats d’un même courant. Aucun institut n’a publié, au 21 septembre, de sondage robuste sur ce corps électoral. Les deux chiffres disponibles, les 44 % de l’une et les 10 à 14 % de l’autre, décrivent donc des publics plus larges que celui qui votera, et ils répondent à des questions différentes.

Son principal atout, la notoriété, n’a jamais été éprouvé devant les électeurs de cette primaire. Pour le convertir en suffrages, Ségolène Royal a repris les mots qui avaient fait sa campagne de 2007.

« L’ordre juste », vingt ans après

Ces mots, elle les a ressortis dès l’annonce du 10 juillet : la « France tranquille » et « l’ordre juste ». La candidate y ajoute la promesse de rétablir « de l’ordre et de la dignité dans la maison France ». Cinq priorités en découlent : « l’ordre juste » dans l’éducation, la santé et la sécurité du quotidien, l’urgence climatique, l’urgence énergétique, la reconstruction d’un État fort et le retour de la France comme « puissance médiatrice ».

Sur ce socle, Ségolène Royal greffe le pouvoir d’achat, la protection sociale et la lutte contre la vie chère. Sur les retraites, elle refuse toute nouvelle économie réalisée au détriment des pensionnés. La réindustrialisation qu’elle défend s’adosse aux investissements de la transition climatique.

L’essence fournit sa promesse la plus concrète. Ségolène Royal veut alléger la fiscalité des carburants pour que le litre ne dépasse pas 1,70 euro, soit une baisse de 25 à 50 centimes. Elle n’a présenté ni le coût de cette mesure pour les finances publiques, ni le dispositif qui maintiendrait durablement ce plafond. Plusieurs autres engagements de la candidate ne sont pas chiffrés, et elle n’a pas encore détaillé leur financement.

Pendant le débat budgétaire, l’examen du budget de l’État par le Parlement, elle est allée plus loin. Une fois élue, a-t-elle affirmé, il n’y aurait « plus de mouvement social », car elle entend prévenir les conflits par le dialogue et traiter les problèmes en amont. La Constitution garantit le droit de grève, et aucun chef de l’État ne décide à la place des syndicats du déclenchement d’une mobilisation. La promesse relève de l’engagement politique général.

Entre 2007 et 2026, Ségolène Royal a conservé le vocabulaire. Le chiffrage n’a pas suivi au même rythme, et une autre de ses propositions montre jusqu’où la candidate pousse la logique de l’ordre.

Des caméras jusque dans les chambres d’Ehpad

Ségolène Royal veut filmer les lieux qui accueillent les plus vulnérables. Elle propose de développer la vidéosurveillance dans les crèches, les écoles, les activités périscolaires et les Ehpad, les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, afin de prévenir les violences contre les enfants et les personnes âgées. La protection de l’enfance traverse son parcours : ministre déléguée à l’Enseignement scolaire de 1997 à 2000, elle a ensuite été chargée de la Famille jusqu’en 2002.

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), l’autorité administrative chargée de la protection des données personnelles, rappelle que les salariés ne peuvent pas être placés sous surveillance permanente. Dans les chambres d’Ehpad, elle n’envisage la vidéosurveillance qu’à titre exceptionnel : en présence d’une suspicion étayée de maltraitance, après l’échec des autres moyens et sous un encadrement strict. Appliquée telle que la candidate la formule, la mesure se heurterait à ce cadre dans les lieux mêmes qu’elle vise.

Les professionnels de la petite enfance la contestent sur un autre terrain. Ils dénoncent une réponse sécuritaire, qui dégraderait la confiance au sein des établissements et détournerait l’attention du manque de personnel et de formation.

Cette proposition condense la ligne singulière de Ségolène Royal, celle que ses observateurs nomment le « royalisme » : des thèmes sociaux classés à gauche, traités par des réponses d’autorité qui empruntent parfois au registre de la droite. Elle a mûri cette ligne loin de toute fonction élective.

Depuis le 24 janvier 2020, hors des institutions

Sa dernière fonction officielle l’avait envoyée vers les pôles. Nommée en 2017 ambassadrice chargée de la négociation internationale pour l’Arctique et l’Antarctique, Ségolène Royal exerçait cette mission à titre bénévole, avec des collaborateurs et des moyens de fonctionnement financés par l’administration. Après plusieurs critiques publiques contre le gouvernement et un rappel à son devoir de réserve (l’obligation de retenue dans l’expression publique qui s’impose aux représentants de l’État), l’exécutif a mis fin à ses fonctions le 24 janvier 2020. Elle a parlé, pour sa part, de « licenciement ».

Le Parquet national financier (PNF), chargé des atteintes graves aux finances publiques, avait ouvert en novembre 2019 une enquête préliminaire (les investigations menées par le parquet avant toute décision de poursuivre) sur l’usage des fonds et des moyens liés à cette mission et à son ancien ministère. Il l’a classée sans suite, c’est-à-dire abandonnée sans poursuites, le 28 juin 2021, en indiquant que les investigations n’avaient mis en évidence aucune infraction. Ségolène Royal n’a été ni poursuivie ni condamnée.

Six mois après ce classement, en janvier 2022, elle fondait Human & Green.Stratégie, une société par actions simplifiée unipersonnelle (une société à associé unique) immatriculée à Boulogne-Billancourt, au capital de 1 000 euros à sa création. L’entreprise, dont elle est la présidente et l’associée fondatrice, déclare une activité de conseil et d’accompagnement dans la transition écologique, le développement durable et humain et la stratégie. La société n’a pas publié de comptes consultables dans les registres, si bien que son chiffre d’affaires et les revenus qu’en tire sa présidente restent inconnus.

Le choix du secteur prolonge son dernier portefeuille ministériel. Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie de 2014 à 2017, elle avait représenté la France lors de la préparation et de la mise en œuvre de l’accord de Paris sur le climat.

Loin des dossiers climatiques, la télévision lui a offert une autre scène. Pendant la saison 2023-2024 de Touche pas à mon poste, sur C8, Ségolène Royal a tenu une séquence hebdomadaire baptisée « Ségolène explique ». Elle refusait le titre de chroniqueuse et présentait son intervention comme un exercice d’explication civique destiné au grand public. Une partie de la gauche, déjà hostile à l’émission de Cyril Hanouna, lui a reproché sa présence sur ce plateau, qui lui a ouvert un public éloigné des émissions politiques. Aucun élément solide ne la présente comme une collaboratrice régulière de l’animateur en septembre 2026.

Alger, terrain d’une diplomatie sans mandat

Après la télévision, l’Algérie lui a rendu une visibilité internationale. Ségolène Royal préside depuis la fin de 2025 l’Association France-Algérie, et son installation à la tête de l’organisation a été officialisée en janvier 2026. Du 26 au 30 janvier, elle s’est rendue en Algérie à l’invitation d’organisations économiques. Le président Abdelmadjid Tebboune l’a reçue, alors que les relations entre Paris et Alger traversaient de fortes tensions.

Aucune mission officielle ne lui avait été confiée par Emmanuel Macron ou par le ministère des affaires étrangères. Ségolène Royal a voyagé au nom de l’association et a précisé qu’elle n’était pas l’émissaire du chef de l’État.

Au cours de ce séjour, elle a rendu visite à Christophe Gleizes, journaliste sportif français emprisonné en Algérie. Elle affirme avoir obtenu son transfert de Tizi-Ouzou vers un établissement plus proche d’Alger, une revendication rapportée par l’Agence France-Presse que les autorités algériennes n’ont pas confirmée en détail.

Ce rôle d’intermédiaire, elle en a fait un argument. Ségolène Royal a placé la France « puissance médiatrice » parmi les cinq priorités de sa campagne. À Alger, elle a tenu ce rôle à titre privé, sans aucun statut diplomatique au nom de la République.

Une troisième primaire en vingt ans

Cette longévité remonte aux années Mitterrand. Née le 22 septembre 1953 à Dakar, diplômée de Sciences Po puis de l’École nationale d’administration (ENA), Ségolène Royal commence sa carrière à l’Élysée auprès de François Mitterrand. Elle est élue députée des Deux-Sèvres en 1988. Ministre de l’Environnement de 1992 à 1993, puis deux fois ministre sous Lionel Jospin, elle préside la région Poitou-Charentes de 2004 à 2014, avant son retour au gouvernement jusqu’en 2017.

En 2006, elle crée la surprise en remportant largement la primaire socialiste face à Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius. Première femme investie par un grand parti français pour une élection présidentielle, elle atteint le second tour en 2007 et s’incline face à Nicolas Sarkozy. Cinq ans plus tard, en 2011, elle tente de retrouver l’investiture et se fait éliminer dès le premier tour de la primaire.

La compétition d’octobre sera sa troisième. En 2006, la primaire socialiste désignait le candidat du parti qui dominait la gauche. En 2026, le Parti socialiste a perdu cette position, et la social-démocratie affronte la concurrence de La France insoumise, des écologistes et de plusieurs ambitions présidentielles indépendantes. Une victoire donnerait à Ségolène Royal l’investiture d’un pôle parmi d’autres.

De LCI au 10 octobre

Avant ce vote, les cinq candidats se retrouveront le 23 septembre sur LCI, puis le 1er octobre sur France 2 et France Inter. BFMTV diffusera un troisième débat avant le premier tour. Ces trois confrontations offriront aux électeurs de la primaire leur seule comparaison directe entre les cinq prétendants.

Son expérience autorise Ségolène Royal à revendiquer une capacité à gouverner dès le premier jour. Elle l’expose aussi au procès en appartenance au « vieux monde » politique, face à des concurrents qui revendiquent le renouvellement. Son mélange de social et d’autorité, d’écologie et de souveraineté, aucun de ses rivaux ne le revendique.

Le rappel à l’ordre du 21 septembre pèsera sur ces débats. Chaque attaque de la candidate contre Raphaël Glucksmann sera désormais jugée au regard de la charte qu’elle a signée.

Les électeurs de la primaire voteront les 9 et 10 octobre, vingt ans après le scrutin interne qui avait fait d’elle la candidate du Parti socialiste à l’élection présidentielle.



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