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Dans les ministères, la semaine habituelle atteint 40,5 heures et les agents accomplissent 72 heures supplémentaires par an. À l’hôpital, 56 % des personnels ont travaillé au moins un dimanche dans le mois, contre 17 % des salariés du privé. Les données de l’enquête Emploi 2025, exploitées par la Direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP), montrent aussi que les cadres publics travaillent cent heures de plus par an que le salarié moyen du privé, et que les enseignants déclarent près de 145 heures de travail pendant leurs vacances. Le soupçon d’une administration aux 35 heures se heurte à des semaines longues, à des jours de repos qui les compensent et à des écarts de plusieurs centaines d’heures d’un métier à l’autre.
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Le soupçon revient à chaque débat sur la dépense publique. En 2025, un agent public à temps complet a travaillé 1 623 heures dans l’année, contre 1 680 heures pour un salarié du secteur privé. Ces chiffres sont ceux de la DGAFP, le service statistique du ministère chargé de la fonction publique, qui exploite l’enquête Emploi, l’enquête de référence de l’Insee sur l’emploi et le chômage. Cinquante-sept heures séparent donc les deux populations, près d’une semaine et demie de travail. Ceux qui réclament la fin des 35 heures dans l’administration tiennent là leur argument.
La DGAFP mesure ici la durée annuelle effective : les heures réellement travaillées, heures supplémentaires comprises, une fois retranchés les congés, les jours fériés et les absences, y compris pour maladie. Ses calculs portent sur les agents à temps complet, hors enseignants. La référence légale, elle, date de plus de vingt ans. Les agents publics relèvent du régime des 35 heures depuis 2002, soit 1 607 heures par an depuis 2005 et la création de la journée de solidarité, une journée de travail non rémunérée destinée à financer l’aide aux personnes âgées et handicapées.
Avec 1 623 heures, les agents publics dépassent cette référence de 16 heures. Les salariés du privé la dépassent de 73 heures. Les « 35 heures » du débat public ne décrivent donc, en moyenne, la réalité d’aucun des deux secteurs.
Semaine après semaine, les agents publics travaillent autant que les salariés du privé. Ils déclarent une durée habituelle, celle d’une semaine ordinaire, de 39,1 heures, contre 39 heures dans les entreprises. Ils effectuent aussi davantage d’heures supplémentaires : 51 dans l’année, contre 40 pour les salariés du privé. Sur ces deux mesures du rythme de travail, le public devance légèrement le privé.
Les 57 heures d’écart se retrouvent dans le calendrier. En 2025, les agents publics ont pris en moyenne 34 jours de repos. Ce total compte les congés payés, les RTT (jours de réduction du temps de travail) et les jours puisés dans un compte épargne-temps, où s’accumulent les congés non pris. Les salariés du privé en ont pris 25,9. À raison de 7 h 50 par jour, soit une semaine de 39,1 heures répartie sur cinq jours, ces 8,1 jours de repos supplémentaires représentent environ 63 heures d’absence. Les 11 heures supplémentaires de plus en reprennent une partie. Le solde, autour de 52 heures, approche les 57 heures mesurées par la DGAFP.
Ces jours de repos naissent du rythme hebdomadaire lui-même. Un agent dont le cycle de travail dépasse 35 heures par semaine acquiert des RTT en proportion du temps travaillé au-delà : plus la semaine s’allonge, plus le compteur de jours grossit. Les agents publics paient ainsi leurs congés supplémentaires en heures accomplies chaque semaine. Le chiffre annuel de la DGAFP additionne les semaines longues et les jours rendus, et seuls les jours rendus apparaissent dans l’écart avec le privé.
Ces moyennes additionnent trois employeurs aux pratiques opposées. L’État, les collectivités territoriales et les hôpitaux publics sont les trois « versants » de la fonction publique. En 2025, leurs agents n’ont eu ni la même semaine, ni les mêmes congés, ni les mêmes nuits.
Ministères : 40,5 heures par semaine
Des trois versants, l’État est celui où l’on travaille le plus et où l’on se repose le plus. En 2025, les personnels civils de la fonction publique de l’État, hors enseignants, ont travaillé 1 660 heures, 37 de plus que la moyenne des agents publics. Leur semaine habituelle atteint 40,5 heures, une heure et demie de plus que celle d’un salarié du privé. Ils ont accompli 72 heures supplémentaires dans l’année, près de deux fois plus que dans les entreprises.
Ces semaines longues ouvrent droit à des RTT en nombre. Les agents de l’État ont pris 40,1 jours de congés et de RTT, quatorze de plus que les salariés du privé. Au bout de l’année, ils travaillent 20 heures de moins qu’eux, alors qu’ils les devancent chaque semaine. Dans les ministères, le repos et la charge augmentent ensemble : les quatorze jours supplémentaires paient une heure et demie de travail en plus, cinquante semaines durant.
Face à ces 40 jours, les collectivités locales accordent moins de repos et obtiennent pourtant moins d’heures. Leurs agents ont pris 32,7 jours de repos en 2025 et travaillé 1 590 heures, la durée la plus faible des trois versants. Leur semaine compte 38,4 heures, avec 33 heures supplémentaires. Ces agents travaillent pourtant sous l’obligation des 1 607 heures, que la loi de transformation de la fonction publique du 6 août 2019 a imposée aux communes, aux départements et aux régions qui accordaient des régimes plus favorables. Leurs 1 590 heures effectives tiennent compte des absences. Parmi eux figurent les équipes de la voirie, des espaces verts et de la collecte des déchets, des métiers d’extérieur et de force.
À l’hôpital, les congés du privé et les dimanches en plus
À l’hôpital, les jours de repos retombent au niveau du privé. En 2025, les agents des hôpitaux publics ont posé 26,8 jours de congés et de RTT, moins d’un jour de plus que les salariés du privé et treize de moins que les agents de l’État. Leur durée annuelle, 1 626 heures, se situe dans la moyenne publique, pour une semaine de 38,4 heures et 51 heures supplémentaires.
Leurs horaires, eux, s’écartent nettement de ceux du privé. Au cours d’un mois de 2025, 56 % des agents hospitaliers ont travaillé au moins un dimanche, contre 17 % des salariés du privé, soit plus de trois fois plus. Ils sont 58 % à avoir travaillé un samedi (34 % dans le privé) et 46 % en soirée, entre 20 heures et minuit (25 %). Plus d’un agent hospitalier sur quatre, 26 %, a travaillé la nuit, de minuit à 5 heures du matin, contre 10 % des salariés du privé. Enfin, 12 % enchaînent des horaires alternants en 2×8 ou en 3×8, ces rotations d’équipes qui se relaient sur vingt-quatre heures, contre 7 % dans le privé.
Les agents hospitaliers cumulent ainsi des congés au niveau du privé et des dimanches et des nuits bien au-delà. Pour eux, les huit jours de repos qui expliquent l’écart moyen entre public et privé se réduisent à moins d’un.
La nuit, terrain des forces de sécurité
Les dimanches travaillés débordent largement l’hôpital. En 2025, 33 % de l’ensemble des agents publics ont travaillé au moins un dimanche sur une période de quatre semaines, contre 17 % des salariés du privé : près du double. Le samedi a concerné 41 % d’entre eux (34 % dans le privé), la soirée 35 % (25 %). Dans la fonction publique de l’État, 42 % des agents ont travaillé le soir et 36 % le dimanche.
La nuit creuse un écart plus modeste : 14 % des agents publics y ont travaillé, contre 10 % des salariés du privé. Pour les horaires alternants, le rapport s’inverse. 4 % des agents publics les pratiquent, contre 7 % des salariés du privé. Les collectivités territoriales restent en deçà du privé pour le soir (18 %) comme pour la nuit (6 %). Les horaires décalés se concentrent donc à l’hôpital et dans les services de l’État.
Dans ces services de l’État, policiers, militaires et sapeurs-pompiers en portent la part la plus lourde. Au cours d’un mois, 71 % d’entre eux ont travaillé un samedi, 67 % un dimanche, 62 % le soir et 55 % la nuit. Ces agents travaillent aussi plus longtemps : 1 736 heures dans l’année, dont 77 heures supplémentaires, soit 56 heures de plus qu’un salarié du privé. Chez eux, les nuits s’ajoutent à une durée annuelle déjà supérieure à celle du privé.
1 780 heures pour les cadres
Les cadres de la fonction publique dépassent encore ces durées. En 2025, les cadres et professions intellectuelles supérieures, hors enseignants, ont travaillé 1 780 heures, cent de plus que le salarié moyen du privé. Leur semaine habituelle atteint 42,2 heures. Ils ont accompli 97 heures supplémentaires dans l’année, vingt de plus que les forces de sécurité.
Ces cadres prennent pourtant 36,6 jours de congés et de RTT, davantage que la moyenne des agents publics. Leurs semaines de 42 heures produisent des RTT, et leurs heures supplémentaires en dépassent largement l’équivalent : une fois leurs jours de repos déduits, ils restent cent heures au-dessus du privé. Les cadres administratifs et techniques suivent le même profil, avec 1 734 heures par an, 41,8 heures par semaine et 94 heures supplémentaires. Leurs soirées en portent la trace : 33 % des cadres publics ont travaillé le soir dans le mois, contre 25 % des salariés du privé. Ils sont 19 % à avoir travaillé le dimanche et 29 % le samedi.
Ces comparaisons rapprochent toutefois les cadres publics de l’ensemble des salariés du privé, ouvriers et employés compris. La DGAFP ne publie pas, dans cette exploitation, la durée de travail des cadres du privé, seule comparaison à métier égal.
Le temps invisible des enseignants
Les enseignants manquent dans tous les chiffres qui précèdent. La DGAFP les écarte de ses calculs de durée annuelle, car leur service est défini en heures de cours. Leur temps de travail est mesuré par des enquêtes de l’Insee et de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp), le service statistique de l’éducation nationale, dans lesquelles les enseignants déclarent eux-mêmes leurs heures.
Hors vacances scolaires, un enseignant à temps plein déclare 41,4 heures de travail par semaine. Les professeurs des écoles maternelles et élémentaires déclarent 41,8 heures, ceux des collèges et des lycées 41,1 heures. Ces semaines dépassent de plus de deux heures la semaine habituelle du salarié du privé.
Ces 41 heures débordent largement la classe. Les professeurs des écoles passent 58 % de leur temps devant les élèves, les professeurs de collège et de lycée 48 %. Le reste va à la préparation des cours et à la correction des copies (28 % en primaire, 37 % dans le secondaire), puis aux réunions et aux autres tâches (14 % et 15 %). Pour un professeur de lycée, plus d’une heure de travail sur trois se passe ainsi devant un paquet de copies ou un cours à préparer.
Les vacances en absorbent une autre part. Sur les seize semaines de congés scolaires, les enseignants déclarent avoir travaillé au moins une heure pendant 33,4 jours en moyenne, à raison de 4 h 20 par jour travaillé. Le total approche 145 heures, l’équivalent de près de quatre semaines d’un salarié du privé.
Temps partiel et sous-emploi dans les collectivités
À l’autre bout de l’échelle, les durées les plus courtes se trouvent chez les agents d’exécution. En 2025, les agents de service à temps complet ont travaillé 1 456 heures, les aides-soignants et les personnels de la petite enfance 1 460 heures, les employés administratifs 1 494 heures. Ces agents travaillent entre 130 et 170 heures de moins que la moyenne publique, et près de 200 heures de moins qu’un salarié du privé. Ces durées effectives étant calculées absences déduites, elles enregistrent aussi les arrêts maladie de ces métiers. La DGAFP ne chiffre pas la part qui revient à chaque cause.
Ces métiers sont très féminisés, et leurs durées tirent vers le bas celle des femmes. Les agentes publiques ont travaillé en moyenne 1 583 heures en 2025, contre 1 677 heures pour leurs collègues masculins, plus présents dans les forces de sécurité et l’encadrement supérieur. L’écart atteint 162 heures à l’hôpital.
Au-delà de ces agents à temps complet, une agente publique sur quatre (25 %) travaille à temps partiel, contre 9 % des agents masculins. Ces proportions restent proches de celles du privé, où 27 % des femmes et 8 % des hommes sont à temps partiel. Dans la fonction publique, le temps partiel touche aussi davantage les contractuels, agents recrutés par contrat sans le statut de fonctionnaire : 28 % d’entre eux travaillent à temps partiel, contre 15 % des fonctionnaires titulaires, et la proportion monte à 34 % chez les femmes contractuelles. Au total, 19 % des agents publics travaillent à temps partiel, contre 17 % des salariés du privé.
Une partie de ces agents voudrait travailler davantage. 21 % des agents publics à temps partiel sont en sous-emploi au sens de l’Insee : ils souhaitent travailler plus d’heures et sont disponibles pour le faire. Ils sont 24 % dans ce cas dans le privé. Une partie du « moins travailler » reproché aux agents publics est donc subie par ceux qui le vivent. Dans la fonction publique territoriale, les communes multiplient les postes à temps non complet, créés d’emblée pour moins de 35 heures, dans la restauration scolaire et l’entretien, et la part des agents en sous-emploi y atteint 27 %.


