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Ils sont préfets, ambassadeurs ou dirigent les grandes directions des ministères, et 94 % d’entre eux appartiennent au 1 % des agents publics les mieux rémunérés, avec 11 647 euros nets par mois en moyenne. Dans les ministères, les dix plus hautes fiches de paie atteignent en moyenne 16 877 euros bruts mensuels. Le rapport remis par le gouvernement au Parlement décrit pourtant un sommet de l’État où ces hauts fonctionnaires restent une poignée, et où les femmes n’occupent que 39 % des places.
Le gouvernement a transmis au Parlement son rapport sur les plus hautes rémunérations de la fonction publique. L’exercice lui est imposé par l’article 37 de la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique, repris à l’article L. 716-1 du code général de la fonction publique, qui oblige l’exécutif à chiffrer le haut de l’échelle. Ses données proviennent du système d’information sur les agents des services publics (Siasp) et portent sur 2024. Elles sont exprimées en équivalent temps plein (EQTP), c’est-à-dire ramenées à un poste occupé toute l’année à plein temps.
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Ce 1 % le mieux payé, que les statisticiens appellent le dernier centile, commence à 7 708 euros nets par mois. Au-delà de ce seuil, la moyenne atteint 9 626 euros, et la médiane, que la moitié des membres du groupe dépassent, 8 983 euros. Reste à savoir qui franchit la barre. La réponse tient d’abord en une profession : 57 % des agents du dernier centile sont des praticiens hospitaliers, médecins, chirurgiens, pharmaciens ou odontologistes (dentistes) salariés de l’hôpital public.
Ces médecins, pour la plupart, n’ont pas le statut de fonctionnaire. Le rapport classe 59 % des membres du dernier centile dans la catégorie des « autres statuts », qui regroupe au premier chef le personnel médical des hôpitaux. Les fonctionnaires titulaires, recrutés par concours et payés selon une grille indiciaire (le barème qui fixe leur traitement selon le grade et l’ancienneté), n’en représentent que 35 %, alors qu’ils occupent 72 % des emplois publics. Les contractuels de droit public, recrutés sur contrat par une administration, ferment la marche avec 6 %. Sur trois membres du club, deux échappent ainsi au statut qui définit, dans l’imaginaire collectif, l’agent public.
Le contraste entre les trois employeurs publics confirme ce basculement. La fonction publique se divise en trois versants : l’État, les collectivités territoriales et les hôpitaux. À l’hôpital, le seuil d’entrée dans le dernier centile monte à 9 705 euros nets mensuels, la moyenne à 11 735 euros et la médiane à 11 058 euros. Dans la fonction publique d’État, ces trois indicateurs s’établissent à 7 354 euros, 9 088 euros et 8 498 euros. Les collectivités arrivent loin derrière, à 5 327 euros, 6 644 euros et 6 109 euros. Le dernier entrant du 1 % hospitalier gagne donc davantage que la moyenne du 1 % de l’État.
La hiérarchie des versants s’inverse pourtant en haut de l’échelle. Jusqu’au neuvième décile, la frontière qui sépare les 10 % d’agents les mieux payés du reste, l’État rémunère mieux ses agents que l’hôpital. Au-delà, les salaires hospitaliers s’étirent : le seuil du dernier centile y vaut 3,9 fois le salaire médian du versant, contre 2,6 fois à l’État et 2,5 fois dans la territoriale. Aucun des trois employeurs publics n’écarte autant ses mieux payés du reste de ses agents.
Cet écart traverse aussi le corps médical. Les praticiens hospitaliers touchent en moyenne 6 933 euros nets par mois, une somme inférieure au seuil d’entrée dans le dernier centile. Plus d’un tiers d’entre eux (35 %) dépassent pourtant les 7 708 euros. Un médecin hospitalier sur trois appartient donc au 1 %, et ces médecins fournissent à eux seuls plus de la moitié de ses effectifs.
Préfets et ambassadeurs, à 94 % dans le dernier centile
Derrière les médecins vient l’encadrement supérieur, que l’administration désigne comme la « catégorie A+ », un échelon au-dessus de la catégorie A des cadres, sans que la loi lui donne de définition statutaire. Ses 108 800 agents, recensés au 31 décembre 2024, occupent 1,9 % des emplois publics. 84 % travaillent pour l’État, où ils représentent 3,6 % des effectifs civils et militaires, 11 % dans les collectivités et 5 % à l’hôpital. Ces cadres fournissent 24 % du dernier centile. Seuls 11 % d’entre eux y figurent : près de neuf cadres supérieurs sur dix restent sous la barre.
Les écarts tiennent aux fonctions exercées. Les directeurs et cadres supérieurs des ministères pèsent 8 % du dernier centile. Le rapport leur attribue un salaire net moyen proche de 7 000 euros, et environ un tiers d’entre eux franchissent le seuil. Les corps d’inspection, de contrôle et d’expertise de l’État en représentent autant. Un corps désigne un ensemble de fonctionnaires régis par un même statut ; ceux-là comprennent par exemple l’Inspection générale des finances (IGF) ou l’Inspection générale des affaires sociales (Igas). Leurs membres touchent 6 772 euros nets en moyenne, et 31 % d’entre eux passent la barre.
Les dirigeants des hôpitaux et des collectivités ajoutent 6 % au total. Dans les collectivités, les directeurs généraux des services (DGS), qui pilotent l’administration des régions ou des grandes métropoles, gagnent 7 414 euros nets en moyenne, et 43 % d’entre eux entrent dans le dernier centile. Les directeurs d’hôpital, payés 6 829 euros en moyenne, y sont 31 %.
Plus haut encore, l’effectif se réduit à quelques centaines de postes. Les emplois pourvus à la décision du gouvernement, fixés par un décret du 24 juillet 1985, rassemblent les secrétaires généraux de ministère, les directeurs d’administration centrale (les chefs des grandes directions d’un ministère), les préfets et les ambassadeurs. Leurs titulaires touchent 11 647 euros nets par mois en moyenne, un niveau qu’aucun autre corps détaillé par le rapport n’atteint, et 94 % d’entre eux appartiennent au dernier centile. Ils n’en fournissent que 1 % des effectifs. Le corps le mieux payé de l’État est aussi l’un des plus restreints.
À l’autre extrémité de la catégorie A+, les professeurs d’université, maîtres de conférences, chercheurs et inspecteurs de l’éducation touchent 4 470 euros nets par mois en moyenne. À peine 1 % d’entre eux dépassent les 7 708 euros. Préfets et professeurs d’université relèvent tous deux de l’encadrement supérieur ; 94 % des premiers atteignent le dernier centile, contre 1 % des seconds. Dans la haute fonction publique, l’État paie d’abord ceux qui exercent l’autorité en son nom.
À la DGAC, un cadre sur deux au-dessus du seuil
Hors de la médecine et de l’encadrement, un seul corps entre en nombre dans le dernier centile. Il s’agit des ingénieurs et cadres de la direction générale de l’aviation civile (DGAC), l’administration qui régule le transport aérien et gère la navigation aérienne. Leur salaire net moyen atteint 7 229 euros, et 47 % d’entre eux dépassent le seuil des 7 708 euros. Ces ingénieurs fournissent à eux seuls 6 % des effectifs du 1 %.
Leur proportion dépasse celle de presque tous les corps d’encadrement. Un cadre de l’aviation civile entre plus souvent dans le 1 % qu’un inspecteur général (31 %), qu’un directeur de ministère (environ un tiers) ou qu’un DGS de grande collectivité (43 %). Seuls les emplois à la décision du gouvernement font mieux. Le gouvernement range les 13 % restants du dernier centile parmi des « emplois non ventilés et très spécifiques », dont il ne précise pas la composition.
61 % d’hommes, 31 % de plus de 60 ans
Les femmes occupent 65 % des emplois publics en équivalent temps plein. Leur part recule à chaque marche de l’échelle des salaires. Elles sont 69 % parmi les 10 % d’agents les moins payés, 68 % dans la catégorie A et 50 % parmi les 10 % les mieux payés. Leur part tombe ensuite à 45 % dans l’encadrement supérieur et à 39 % dans le dernier centile. Entre la catégorie A et le sommet, les femmes perdent ainsi 29 points.
Ce recul laisse aux hommes 61 % des postes les mieux rémunérés de la fonction publique. Les femmes ont gagné six points depuis 2016, quand elles n’occupaient que 33 % du dernier centile.
L’âge creuse un autre écart. Les agents de 60 ans ou plus représentent 10 % des effectifs de la fonction publique, mais 31 % de son dernier centile : 21 % ont entre 60 et 64 ans, 10 % ont 65 ans ou davantage. Les moins de 40 ans, qui occupent 31 % des emplois publics, ne sont que 15 % au sommet. Les plus de 60 ans pèsent ainsi trois fois plus dans le 1 % que dans l’ensemble des agents, et les moins de 40 ans deux fois moins.
16 877 euros bruts par mois dans les ministères
Le législateur a ajouté au dernier centile un second indicateur, plus étroit : chaque grand employeur public déclare la somme des dix rémunérations les plus élevées qu’il verse. Ces montants sont bruts, portent sur 2025 et proviennent des employeurs eux-mêmes. Les comparer directement aux salaires nets de 2024 serait trompeur.
Dans les onze ministères, ces dix rémunérations totalisent en moyenne 2,03 millions d’euros par an. Chaque bénéficiaire touche ainsi environ 203 000 euros bruts annuels, soit 16 877 euros par mois. Les 112 établissements hospitaliers dont le budget dépasse 200 millions d’euros déclarent en moyenne 1,75 million d’euros, soit 14 545 euros bruts mensuels par personne. Le rapport ne distingue pas, parmi ces dix bénéficiaires, les médecins des directeurs.
Les 603 collectivités et intercommunalités (groupements de communes) de plus de 40 000 habitants qui ont transmis leurs chiffres affichent en moyenne 830 000 euros. Leurs dix dirigeants les mieux payés touchent 6 916 euros bruts par mois en moyenne.
Le classement s’inverse par rapport au dernier centile. L’hôpital fournit le gros des effectifs du 1 %, mais au sommet de chaque employeur, les ministères paient davantage : 2 332 euros bruts mensuels de plus en moyenne pour chacun de leurs dix mieux payés.
Ces dix places restent, elles aussi, majoritairement masculines. Les femmes en occupent 33 % dans les ministères et 28 % dans les grands hôpitaux. Les grandes collectivités, qui paient le moins, s’approchent de la parité avec 44 % de femmes.
Secteur public, secteur privé : 26 % d’écart
Les entreprises paient mieux leur propre dernier centile. Selon le rapport, le niveau de rémunération qui caractérise le 1 % le mieux payé de la fonction publique est inférieur de 26 % à celui du secteur privé. Cet écart concerne d’abord des médecins, puisque plus de la moitié du 1 % public exerce à l’hôpital. Du côté de l’administration, le plafond reste la moyenne de 11 647 euros nets des préfets et ambassadeurs.


