Emploi industriel : l’hémorragie continue

Emploi industriel : selon l’Urssaf, l’industrie perd ses salariés plus vite que le reste du privé, et le deuxième trimestre 2026 prolonge ce recul.

Afficher le sommaire Masquer le sommaire

Au troisième trimestre 2026, l’Urssaf, l’organisme qui collecte les cotisations sociales des employeurs, comptait 36 818 salariés dans des entreprises dont le tribunal avait prononcé la fermeture, 11,1 % de plus qu’un an plus tôt. Les salariés touchés par une faillite sont désormais 46 % plus nombreux qu’en 2019. Les industriels, eux, ont de nouveau réduit leurs effectifs au printemps, sans que les salaires, distancés par les prix, viennent compenser ces pertes.

A LIRE AUSSI
Souveraineté industrielle : les failles du plan France 2030

Les usines françaises perdent encore des salariés. Au deuxième trimestre 2026, les effectifs de l’industrie ont reculé de 0,1 %, selon l’Urssaf. Sur un an, la baisse atteint 0,5 %.

Ce dixième de point ressemble d’abord à la tendance générale. Tous secteurs confondus, les employeurs privés ont eux aussi réduit leurs effectifs de 0,1 % entre avril et juin, après un début d’année mieux orienté. À ce stade, rien ne distingue les ateliers des bureaux ou des commerces.

Sur douze mois, en revanche, les deux courbes se séparent. Les employeurs du privé ont supprimé 0,3 % de leurs postes, les industriels 0,5 %, un rythme près de 1,7 fois plus rapide. Une baisse annuelle de 0,5 %, dont 0,1 % au seul printemps, suppose que les industriels avaient déjà supprimé environ 0,4 % de leurs postes au cours des neuf mois précédents. Sur la même période, les employeurs du privé n’en avaient retiré qu’environ 0,2 %. L’écart tient donc à l’accumulation des replis industriels.

Mis bout à bout, ces dixièmes de point finissent par peser. Entre juin 2025 et juin 2026, les suppressions de postes ont dépassé les créations au point de retirer à l’industrie un salarié sur deux cents.

Ce rythme contrarie l’objectif de réindustrialisation. Depuis le lancement du plan d’investissement France 2030, en 2021, l’exécutif fait du retour des usines une priorité, qui passe par des embauches que les chiffres du printemps ne montrent pas.

L’été n’a pas desserré l’étau. Au troisième trimestre, les faillites recensées par l’Urssaf concernaient davantage de salariés qu’un an plus tôt, et dans des entreprises de plus grande taille.

Le chômage partiel, un amortisseur délaissé

Avant d’en arriver à la faillite, une entreprise qui voit ses commandes baisser peut réduire les heures de ses salariés sans se séparer d’eux. C’est le principe de l’activité partielle, le nom officiel du chômage partiel, dont l’État rembourse une partie de l’indemnité. Au deuxième trimestre, les employeurs du privé n’y ont presque pas eu recours : les indemnités d’activité partielle déclarées à l’Urssaf représentent 0,1 % de leur masse salariale, la somme des rémunérations soumises à cotisations.

Rapprochés du recul des effectifs, ces 0,1 % suggèrent que les entreprises ajustent directement le nombre de postes. L’Urssaf ne précise pas par quelle voie : départs non remplacés, missions d’intérim arrêtées ou licenciements.

Cette mécanique compte pour la suite. Une entreprise qui chôme des heures retrouve ses salariés dès que les commandes reviennent ; celle qui supprime des postes doit recruter de nouveau pour les rouvrir.

Smic revalorisé, salaire moyen distancé

Les postes supprimés ne sont pas compensés par la hausse des salaires. Au deuxième trimestre, les employeurs du privé ont augmenté leur masse salariale de 0,3 % (0,4 % en comptant la prime de partage de la valeur, un bonus exonéré de cotisations sous conditions), après 0,5 % au trimestre précédent. Sur un an, l’Urssaf mesure une hausse de 1,4 %, quand les prix hors tabac ont progressé de 2,1 %.

Ces 0,7 point d’écart traduisent une contraction de la feuille de paie du privé une fois l’inflation déduite. Deux mouvements s’y conjuguent : des salariés moins nombreux, et des rémunérations qui progressent moins vite que les prix.

Le salaire moyen par tête, qui rapporte la masse salariale au nombre de salariés, a augmenté de 1,7 % en un an. Les salariés y perdent 0,4 point de pouvoir d’achat. En juin, le gouvernement a pourtant relevé le Smic de 2,41 %, une hausse automatique que le code du travail impose dès que les prix progressent d’au moins 2 % depuis la précédente revalorisation. Les salariés payés au minimum légal ont donc gagné plus que l’inflation, quand le salaire moyen restait en deçà. Cette revalorisation n’a toutefois joué que sur le dernier mois du trimestre.

Derrière les faillites, 73 000 salariés

Les faillites ont légèrement reflué cet été. Au troisième trimestre, l’Urssaf a recensé 4 334 redressements judiciaires, où le tribunal laisse l’entreprise poursuivre son activité pour tenter de la sauver, et 12 124 liquidations, qui y mettent fin. Les premiers reculent de 2,5 % sur trois mois, les secondes de 0,7 %. Sur un an, les uns comme les autres restent en hausse, de 2,2 % et 2,7 %.

Le nombre de salariés concernés grimpe plus vite. Les entreprises en redressement employaient 36 269 personnes, 6,8 % de plus qu’un an auparavant ; celles en liquidation en comptaient 36 818, soit 11,1 % de plus. Quand les procédures progressent de 2 à 3 % et les effectifs touchés de 7 à 11 %, ce sont des entreprises plus grandes qui tombent. D’après ces chiffres, une entreprise liquidée comptait en moyenne trois salariés cet été, contre 2,8 un an plus tôt ; une entreprise en redressement, 8,4 contre 8.

Tous ces salariés ne perdront pas leur poste, puisque le redressement vise précisément à maintenir l’entreprise en vie. Les chiffres de l’Urssaf couvrent en outre l’ensemble des secteurs, industrie comprise.

Au total, plus de 73 000 salariés travaillaient à la fin de l’été dans une entreprise en redressement ou en liquidation, environ 46 % de plus qu’en 2019, avant la crise sanitaire.



L'Essentiel de l'Éco est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :

Publiez un commentaire

Publier un commentaire