Allemagne : Merz accuse l’AfD de vouloir mener « une épuration ethnique »

Le chancelier allemand a accusé l'AfD de vouloir une épuration ethnique. Une charge inédite au Bundestag, trois jours après la percée du parti d'extrême droite en Saxe-Anhalt.

Afficher le sommaire Masquer le sommaire

Trois sièges séparent l’extrême droite de la majorité absolue au parlement régional de Saxe-Anhalt, dans l’est de l’Allemagne. Alice Weidel, qui codirige la formation, réclame l’expulsion de plus d’un million de réfugiés. Le BSW, parti de la gauche nationaliste, a annoncé qu’il voterait pour son candidat à la tête de ce Land. Et chez les conservateurs, des responsables demandent le départ de leur propre chancelier.

« Le mot remigration que vous utilisez n’est rien d’autre qu’un synonyme d’épuration ethnique, à partir de l’origine et de la couleur de peau. » Friedrich Merz a prononcé cette phrase mercredi au Bundestag, la chambre basse du Parlement allemand, face aux députés du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD). Le chancelier conservateur accuse donc ces élus de vouloir chasser du pays des habitants choisis selon leur origine. Il a parlé trois jours après le scrutin régional de Saxe-Anhalt, au moment le plus faible de son mandat, entamé en 2025.

A LIRE AUSSI
L’Allemagne veut la première armée d’Europe, Paris s’inquiète

Un million d’expulsions chiffrées à la tribune

Le mot remigration revient dans le vocabulaire courant de l’AfD, qui l’emploie pour désigner l’expulsion de centaines de milliers d’étrangers et la restauration de « l’identité allemande ». Alice Weidel, coprésidente du parti, a chiffré cet objectif depuis la même tribune, dans la même séance. Plus d’un million de réfugiés résidant en Allemagne doivent selon elle quitter le territoire sans délai, au motif qu’ils ne s’intègrent pas. « L’immigration massive a permis la haine du christianisme et des Allemands », a-t-elle déclaré.

L’AfD vise deux populations dans ses programmes électoraux, les musulmans et les Ukrainiens. Près d’un million de ces derniers ont trouvé refuge en Allemagne depuis le début de l’invasion russe de leur pays, en 2022. Le parti présente ces deux groupes comme une menace pour les valeurs allemandes. Ce sont eux que recouvre le mot dénoncé par Merz.

Chrupalla veut le retour du gaz russe

Tino Chrupalla, qui codirige l’AfD avec Alice Weidel, est intervenu dans le même débat. Il a redit que la Russie devait redevenir un allié prioritaire de Berlin et que l’aide économique et militaire allemande à l’Ukraine devait cesser immédiatement. Il réclame aussi le retour du gaz russe et la levée de toutes les sanctions contre Moscou, que les Allemands paient selon lui de leur poche. Le programme attaqué par le chancelier dépasse donc la seule politique migratoire.

Les députés d’extrême droite ont vociféré et lancé des moqueries pendant toute l’intervention de Merz. Ce type de scène s’est installé au Bundestag depuis l’arrivée de l’AfD au premier plan, en 2013, dans une vie parlementaire où les coups bas restaient jusque-là rares. Le chancelier s’est servi de ce chahut comme d’un argument. « Ils sont une force destructrice, ils veulent déstabiliser notre pays et la preuve en est leur comportement aujourd’hui ici », a-t-il répondu. Katharine Dröge, députée écologiste, a déclaré de son côté : « Nous avons vu de nouveau ici aujourd’hui à quel point ce parti est dangereux, non seulement par son attitude mais par son discours. » Les groupes les plus critiques envers le gouvernement l’ont eux aussi soutenu.

Trois sièges, et le BSW en appoint

Ce soutien ne change rien à l’arithmétique. La CDU, le parti de Merz, a perdu plus de la moitié de ses voix en Saxe-Anhalt et considère la direction de ce Land comme définitivement perdue. L’AfD y est arrivée à trois députés de la majorité absolue, et le BSW, formation de la gauche nationaliste, a confirmé qu’il voterait pour son candidat, Ulrich Siegmund, au poste de chef du gouvernement régional. Merz s’était exprimé sur ce résultat dès le lendemain du vote, lundi. « Nous sommes tous profondément consternés. Ce résultat électoral aura des conséquences », a-t-il déclaré.

Les conservateurs reculent dans les sondages à Berlin, ville-État où les électeurs sont appelés aux urnes le 20 septembre, et devraient en perdre la direction. Des responsables de la CDU et des voix extérieures au parti réclament la démission du chancelier. Alice Weidel s’est saisie de cette double crise, celle des chrétiens-démocrates et celle de leur coalition fédérale avec les sociaux-démocrates du SPD.



L'Essentiel de l'Éco est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :

Publiez un commentaire

Publier un commentaire