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Mardi 20 octobre, vers 22h40, un Mirage 2000D, avion de chasse de la base aérienne de Nancy-Ochey, s’est écrasé en Meurthe-et-Moselle au retour d’un vol d’entraînement de nuit. À son bord se trouvaient le lieutenant-colonel Antranig Sarkissian, navigateur déployé en Afghanistan, au Mali, au Niger, au Soudan et au Tchad, et le lieutenant Quentin Klysz, un pilote encore en formation sur cet appareil. Le ministère des Armées les a déclarés morts en service aérien commandé, c’est-à-dire au cours d’un vol ordonné par leur hiérarchie.
Catherine Vautrin, ministre des Armées et des Anciens combattants, a rendu publique jeudi 22 octobre au soir l’identité des deux militaires tués dans le crash de leur avion, deux jours plus tôt, près de Toul. Quelques heures auparavant, le parquet de Metz, compétent pour les affaires militaires dans le Grand Est, avait confirmé le second décès.
Dix-sept ans séparaient les deux hommes. Le lieutenant-colonel Antranig Sarkissian, 44 ans, occupait la place de navigateur officier systèmes d’armes (NOSA), l’officier chargé à bord de la navigation et de la mise en œuvre de l’armement. Le lieutenant Quentin Klysz, 27 ans, pilotait l’appareil, un Mirage 2000D de l’escadron de chasse 2/3 « Champagne », rattaché à la base aérienne 133 (BA 133) de Nancy-Ochey.
Le ministère des Armées chiffre l’expérience de chacun : 2 200 heures de vol pour le navigateur, 450 pour le pilote. Antranig Sarkissian avait donc passé près de cinq fois plus de temps en l’air que l’homme assis aux commandes. Ce soir-là, l’équipage associait un officier rompu aux missions de guerre et un pilote qui n’avait pas encore achevé sa formation sur le Mirage 2000D.
Aucun des deux n’appartenait à l’escadron « Champagne », dont ils utilisaient pourtant l’appareil. Le navigateur était affecté à la base aérienne 113 de Saint-Dizier, en Haute-Marne, le pilote à l’escadron de chasse 3/3 « Ardennes », une autre unité de Nancy-Ochey. Le ministère n’a pas précisé ce qui avait conduit ces deux officiers à voler ensemble mardi soir.
Cinquante-cinq missions de guerre
Antranig Sarkissian avait bâti sa carrière dans la navigation de combat. Breveté NOSA, il détenait la qualification de chef navigateur, un échelon au-delà du simple brevet, et totalisait 55 missions de guerre. Ses déploiements en opérations extérieures, les missions conduites par l’armée hors du territoire national, l’avaient mené en Afghanistan, au Mali, au Niger, au Soudan et au Tchad.
À Saint-Dizier, où il était affecté depuis 2022, l’officier commandait le champ de tir air-sol 09.332 de Suippes, dans la Marne, un terrain sur lequel les équipages s’exercent au tir contre des cibles au sol. Le lieutenant-colonel continuait de voler en parallèle de ce commandement à terre.
Quentin Klysz, pilote en formation sur Mirage 2000D
Arrivé à Nancy-Ochey en août 2025, le lieutenant Quentin Klysz avait obtenu son brevet de pilote de chasse. Au sein de l’escadron « Champagne », il se formait sur le Mirage 2000D en vue de la qualification de pilote de combat opérationnel, celle qui reconnaît un pilote apte à être engagé en mission.
Quatorze mois après son affectation, le jeune officier n’avait pas encore franchi ce seuil. Le ministère des Armées ne dit pas si le vol de nuit de mardi entrait dans son cursus de qualification ; il s’est en tout cas déroulé pendant cette période de formation.
Un vol de nuit entre Toul et Pont-à-Mousson
Mardi 20 octobre, l’équipage effectuait une mission d’entraînement au vol de nuit. Sur le trajet du retour vers Nancy-Ochey, le ministère fait état d’une perte du contact radio et radar avec l’avion. « Tout ce qu’on peut dire à ce stade, c’est que le contact radio a été perdu entre la tour de contrôle de la base aérienne et l’équipage », s’en tenait mercredi le commandant Ludovic Humbert.
Vers 22h40, le Mirage s’est écrasé dans une zone boisée comprise entre trois villages de Meurthe-et-Moselle, Rogéville, Domèvre-en-Haye et Tremblecourt, entre Toul et Pont-à-Mousson.
Sous la pluie et le brouillard, deux jours de recherches
Les équipes de recherche et de secours de l’armée de l’Air et de l’Espace sont intervenues aussitôt, avec les secours départementaux. L’armée a dû renoncer à l’hélicoptère un temps envisagé, en raison de la pluie, du brouillard et du vent. Les militaires ont donc fouillé le secteur à pied, appuyés par des drones. Vers 2 heures du matin, mercredi, ils ont localisé le point d’impact, puis retrouvé un premier corps au cours de la nuit, tandis que la zone boisée était fermée et placée sous contrôle militaire.
Jeudi, sous un ciel moins hostile, les enquêteurs de la gendarmerie de l’air et de l’espace de Vélizy-Villacoublay (Yvelines), la gendarmerie spécialisée rattachée à l’armée de l’Air, ont arpenté le site et relevé de nouveaux éléments. « Les éléments découverts sur la zone de l’accident permettent de confirmer deux décès », a annoncé en fin de journée Thomas Bernard, procureur adjoint du parquet de Metz.
Faute d’hélicoptère et de visibilité, les enquêteurs ont mis près de deux jours à établir la mort du second aviateur. La ministre n’a révélé les noms qu’à ce moment-là, jeudi soir.
Deux enquêtes ouvertes
Ces noms rendus publics, Catherine Vautrin et le général d’armée aérienne Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, ont adressé leurs condoléances aux familles et aux frères d’armes des deux aviateurs. La ministre s’est dite « profondément émue ».
Deux enquêtes doivent établir les causes de l’accident : l’une de sécurité, chargée d’en tirer des enseignements pour éviter qu’il se reproduise, l’autre judiciaire, confiée aux gendarmes de l’air. Le parquet de Metz se garde de toute piste : « Aucune hypothèse n’est écartée ni privilégiée à ce stade. » Les familles des deux officiers attendront ces conclusions pour savoir ce qui a fait tomber l’avion.
Albacete en 2015, le Jura en 2019
À Nancy-Ochey, ce deuil en rappelle d’autres. « Un choc terrible pour la base aérienne 133, déjà impliquée dans d’autres accidents du type », a réagi le commandant Humbert. En 2015, sept militaires de la base ont été tués à Albacete, en Espagne, lorsqu’un F-16 grec s’est écrasé sur le site d’un exercice de l’OTAN.
Quatre ans plus tard, en 2019, la BA 133 perdait un équipage complet dans le Jura : un pilote et un navigateur, tués dans le crash de leur appareil. Mardi soir, sept ans après, un pilote et un navigateur sont morts à bord d’un avion de Nancy-Ochey.


