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Neuf Etats européens non dotés de l’arme nucléaire, de l’Allemagne à la Finlande, ralliée le 14 septembre, ont répondu à l’offre de dissuasion avancée d’Emmanuel Macron. En juillet, un Rafale de l’aviation nucléaire française a été déployé sur la base allemande de Nörvenich, sans arme nucléaire à bord. Le stationnement chez un allié d’avions armés de missiles nucléaires figure dans un rapport du Sénat, qui le renvoie au moyen ou long terme. Paris rapproche ses partenaires de son arsenal et garde, seul, la décision de s’en servir.
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Le 14 octobre, des responsables français et néerlandais se sont retrouvés à Paris pour la première réunion de leur groupe de pilotage nucléaire, une instance bilatérale de consultation sur la dissuasion. Dans son communiqué publié le lendemain, l’Elysée ne mentionne ni stationnement d’armes ni calendrier de déploiement. La France franchit pourtant une étape. Depuis mars, elle installe, capitale par capitale, les instances de sa « dissuasion avancée », le nom donné par l’Elysée à l’association des Européens à sa dissuasion, cette doctrine qui vise à décourager toute agression majeure par la menace d’une riposte nucléaire.
« Peut-on envisager que la survie de nos partenaires les plus proches soit mise en jeu sans que cela affecte nos intérêts vitaux ? », s’interrogeait le président de la République, Emmanuel Macron, le 2 mars, sur la base des sous-marins nucléaires de l’Ile Longue (Finistère). Les intérêts vitaux désignent, dans la doctrine française, ce dont l’atteinte peut justifier l’emploi de l’arme nucléaire. Aucun président n’en a jamais livré la liste. En posant la question, Emmanuel Macron laissait entendre que ces intérêts pouvaient s’étendre au-delà des frontières. Dans le même discours, il refusait pourtant d’en partager la définition et posait une limite : « Il n’y aura pas de garantie au sens strict du terme. »
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Ces deux phrases forment un tout. Paris ne s’engage pas à riposter par l’arme nucléaire à toute agression visant un allié. Le chef de l’Etat cherche à empêcher un adversaire de tenir pour acquise la retenue française dans une crise qui menacerait la survie d’un voisin proche. L’appréciation de la situation lui revient. Il garde aussi la décision d’emploi, sa planification et sa mise en œuvre, auxquelles aucun partenaire n’est associé.
L’ambiguïté est assumée. Paris y gagne une liberté d’action, et un agresseur y perd une certitude, puisqu’il ne peut exclure une réponse française. Les alliés héritent, eux, d’une question sans réponse : jusqu’où compter sur une solidarité dont aucun texte ne fixe les conditions d’activation ? Pour Varsovie ou Copenhague, la protection française tient dans l’appréciation d’un seul homme, et de celui qui lui succédera à l’Elysée en 2027.
Le président a toutefois porté l’offre plus loin que ses prédécesseurs. Au-delà des consultations et des exercices, il a évoqué des « déploiements de circonstances », c’est-à-dire la présence temporaire, chez des alliés, d’éléments des forces stratégiques françaises. Des moyens de la dissuasion pourraient ainsi quitter le territoire national pour se poster chez un partenaire, le temps d’une crise.
Sept mois après l’Ile Longue, ce volet reste à l’état de projet. Paris n’a annoncé aucun déploiement de moyens porteurs d’armes nucléaires chez un partenaire au titre de la dissuasion avancée. La France rapproche donc ses voisins de son arsenal, jusqu’à envisager de l’installer chez eux, sans leur en confier l’usage.
Une échelle jusqu’aux missiles ASMPA-R
Ces déploiements forment le dernier degré d’une offre graduée. Au premier, Paris échange avec ses partenaires sur les menaces, le renseignement, les mécanismes de l’escalade et la communication stratégique. Viennent ensuite la participation aux exercices français, l’appui de moyens conventionnels aux activités nucléaires, puis des opérations de signalement stratégique hors du territoire national, ces démonstrations destinées à être vues de l’adversaire.
Ces barreaux ne se valent pas. Un pays peut accepter le dialogue et refuser tout stationnement, un autre s’engager dans les exercices et réserver sa réponse pour la suite. Chaque capitale choisit ainsi sa hauteur, selon ses choix politiques et ses capacités militaires.
Le barreau supérieur a pris forme en septembre, dans un rapport du Sénat. Ses auteurs, les sénateurs Pascal Allizard et Patrice Joly, y envisagent, en temps de crise, le déploiement chez un allié d’avions armés de missiles ASMPA-R (air-sol moyenne portée amélioré rénové, le missile nucléaire tiré par les Rafale) équipés de leur tête nucléaire. Une arme française prête à l’emploi se trouverait alors sur le sol d’un autre Etat.
Les deux rapporteurs tempèrent aussitôt leur propre scénario. Le processus en est à ses débuts, écrivent-ils, et le cadre opérationnel reste à définir. Ils estiment que ces déploiements n’interviendraient qu’à moyen ou long terme, une appréciation qui leur est propre, l’Elysée n’ayant fixé aucun calendrier. Le scénario le plus avancé et l’horizon le plus lointain figurent ainsi dans le même document.
Emmanuel Macron a lui-même rattaché son initiative à celles de ses prédécesseurs et à son discours de février 2020, qui offrait déjà aux Européens un dialogue stratégique et une association à des exercices. Six ans plus tard, la nouveauté tient aux prolongements militaires, dont l’Allemagne a reçu le premier.
À Nörvenich, un Rafale sans arme nucléaire
Berlin fait figure de premier test. Le 2 mars, Paris et Berlin ont annoncé, dans une déclaration commune, un groupe de pilotage nucléaire de haut niveau, une participation allemande aux exercices français dès 2026 et un renforcement de leurs capacités conventionnelles. Prendre part à un exercice nucléaire français « dès cette année » : le chancelier allemand, Friedrich Merz, a réaffirmé cet engagement en juillet. L’« intimité stratégique » que revendique Emmanuel Macron avec l’Allemagne doit, selon lui, introduire davantage d’incertitude dans le calcul des adversaires des deux pays.
« Première étape opérationnelle » : les conclusions du Conseil franco-allemand du 17 juillet qualifient ainsi le déploiement à Nörvenich, dans l’ouest de l’Allemagne, d’un Rafale des Forces aériennes stratégiques. Cette unité de l’armée de l’air met en œuvre la composante aéroportée de la dissuasion, son second volet avec les sous-marins. La veille, selon Le Monde, deux Rafale et deux chasseurs Eurofighter de l’armée de l’air allemande avaient volé ensemble, avec ravitaillement en vol et manœuvres, sans mise en œuvre d’arme nucléaire.
Quatre avions, un ravitaillement, aucune bombe : la première étape opérationnelle de la dissuasion avancée tient dans ce vol d’entraînement. L’appareil engagé appartient bien à la composante nucléaire, ce qui donne au geste sa portée symbolique. Il ne prouve pas pour autant qu’une arme française ait été déployée en Allemagne.
Les mêmes conclusions rangeaient encore, parmi les étapes à venir, une participation conventionnelle allemande à un exercice nucléaire français au cours de l’année. Paris et Berlin n’en ont pas, à ce jour, rendu publique la date. Avec son partenaire le plus engagé, la France en est donc au vol commun.
Neuf partenaires, autant de plafonds
Après Berlin, le cercle des partenaires s’est élargi. Neuf Etats européens non dotés de l’arme nucléaire ont répondu favorablement à l’offre française : l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, la Finlande, la Grèce, la Norvège, les Pays-Bas, la Pologne et la Suède. Oslo a rejoint l’initiative le 27 mai. Helsinki l’a fait le 14 septembre, par une déclaration conjointe avec Paris qui annonce la création d’un groupe de pilotage dans les prochains mois. Les Néerlandais, eux, ont déjà tenu leur première réunion.
Le Royaume-Uni occupe une place à part. Doté de l’arme nucléaire, il approfondit avec la France une coordination entre deux dissuasions nationales, et le Sénat traite ce dialogue séparément. Compter dix partenaires, Londres compris, revient donc à additionner des engagements de nature différente.
Au sein même des neuf, chaque gouvernement fixe ses limites. Le 2 mars, la première ministre danoise, Mette Frederiksen, a annoncé un accord de coopération avec Paris, présenté comme un renfort de la dissuasion européenne face à la menace russe et un complément à l’OTAN. Son ministre de la défense, Troels Lund Poulsen, a précisé que cet accord excluait toute présence d’armes nucléaires au Danemark. Copenhague, parmi les premières capitales à signer, a ainsi fermé le barreau le plus haut de l’échelle.
La limite de l’extension se fixe donc aussi chez les partenaires. Le premier ministre polonais, Donald Tusk, a fait état de discussions avec la France et un groupe d’alliés sur un programme avancé de dissuasion nucléaire. Varsovie affiche une ouverture politique, sans accord de stationnement ni garantie française propre à la Pologne. Plus au nord, Emmanuel Macron aurait accepté d’ouvrir des négociations sur une participation de la Lettonie, selon des propos du premier ministre letton rapportés par Reuters le 22 septembre. Riga en est à la négociation, quand Helsinki a signé une déclaration.
L’épaulement conventionnel, contrepartie attendue
L’offre française a un revers moins commenté. L’« épaulement » conventionnel, selon le mot d’Emmanuel Macron, porte sur trois domaines : l’alerte avancée (la détection précoce d’un tir de missile), la défense aérienne et antimissile, les frappes de précision à longue portée.
Paris en expose la logique. L’arme nucléaire ne dispense ni de repérer une attaque, ni de protéger ses infrastructures et ses forces, ni de répondre à une agression conventionnelle. Ces capacités doivent donner aux Européens des options pour contenir une crise avant qu’elle n’atteigne le seuil nucléaire, ce point où l’emploi de l’arme entre dans le champ du possible.
Le discours de l’Ile Longue cite plusieurs chantiers, du programme d’alerte spatiale JEWEL, chargé de détecter des tirs de missiles depuis l’espace, à l’initiative ELSA (European Long-Range Strike Approach), consacrée aux frappes de longue portée. Ni l’un ni l’autre ne forme encore une architecture européenne opérationnelle. La crédibilité de la dissuasion avancée tient donc en partie à des capacités que l’Europe n’a pas fini de bâtir.
Les partenaires apportent ces moyens, leur soutien et la profondeur stratégique de leur territoire, l’espace qui tient une menace à distance de ses cibles. En retour, la France rend plus visible le lien entre leur sécurité et sa dissuasion. Aucune de ces contributions ne leur ouvre un droit sur l’emploi de l’arme.
Davantage de têtes, aucune bombe européenne
Le 2 mars, Emmanuel Macron a aussi ordonné d’augmenter le nombre de têtes nucléaires françaises. Il a décidé, dans le même mouvement, de ne plus communiquer le volume de l’arsenal, si bien qu’aucun objectif chiffré ni calendrier ne permet de mesurer l’accroissement réalisé. Le président justifie ce renforcement par l’amélioration des défenses adverses, la multiplication des menaces et la possibilité d’une coordination entre plusieurs adversaires. L’Elysée ne présente pas ces armes supplémentaires comme destinées aux nouveaux partenaires.
La doctrine, elle, reste en place. La France la veut strictement défensive. Elle refuse tout emploi tactique, l’usage de l’arme comme une munition sur le champ de bataille, et toute bataille nucléaire, et maintient une rupture de nature entre le conventionnel et le nucléaire, qui interdit de traiter l’arme comme un échelon supplémentaire des combats. Ce caractère défensif n’exclut pas un emploi en premier, avant tout tir nucléaire adverse : Paris se réserve le recours à l’arme face à une menace, même non nucléaire, contre ses intérêts vitaux. Le président conserve aussi l’avertissement nucléaire « unique et non renouvelable », un tir unique destiné, selon la doctrine qu’il a exposée, à signifier qu’un conflit a changé de nature et à rétablir la dissuasion.
Emmanuel Macron présente son initiative comme un complément à la mission nucléaire de l’OTAN, la planification nucléaire commune de l’Alliance atlantique, à laquelle la France ne participe pas. Dans le partage nucléaire de l’Alliance, des bombes américaines stationnées en Europe peuvent être emportées par des avions alliés. Le schéma français laisse les armes sous contrôle national et associe les partenaires à leur environnement politique, conventionnel et, peut-être un jour, territorial. Le chef de l’Etat assure avoir conduit les travaux préparatoires en transparence avec Washington et en coordination étroite avec Londres. Les Européens gagnent en proximité avec l’arsenal français sans obtenir d’arme commune, et le cadre atlantique demeure.
7,38 milliards d’euros et un seuil de quatre mois
L’ambition se mesurera aux moyens. Davantage d’exercices, de coopérations et d’éventuels déploiements réclament des avions, des équipages, des soutiens et une disponibilité suffisante pour assurer les missions permanentes de la dissuasion, comme la présence continue d’un sous-marin en mer. Les sénateurs Allizard et Joly posent précisément la question du volume nécessaire.
Selon leur rapport, les crédits consacrés à la dissuasion atteignent 7,38 milliards d’euros en 2026, contre 6,89 milliards en 2025, soit une hausse d’environ 7 %. Les rapporteurs les évaluent à quelque 57 milliards d’euros sur la programmation 2024-2030. La loi actualisant la programmation militaire, le texte qui fixe les crédits des armées sur plusieurs années, promulguée le 16 août, ajoute 36 milliards d’euros entre 2026 et 2030, que la dissuasion partage avec de nombreux besoins conventionnels. Ni le gouvernement ni les rapporteurs n’isolent, dans ces montants, le coût des nouvelles coopérations européennes.
Reste à savoir qui autorisera un déploiement. L’article 35 de la Constitution impose déjà d’informer le Parlement de toute intervention des forces armées à l’étranger et soumet sa prolongation au-delà de quatre mois à son autorisation. Les sénateurs plaident pour ouvrir le débat sur son application aux déploiements de circonstances. Leur recommandation, que l’exécutif n’a pas reprise à ce stade, prévoit l’information des assemblées, puis, au-delà de quatre mois, leur approbation pour les unités déployées chez un allié avec des missiles nucléaires prêts à être engagés.



il faut surtout que Macron se casse avec son Jean-Brigitte. As t-il consulter les Français ? Non car il n’a toujours pas compris qu’il n’est que le représentant du peuple et pas le chef suprême.