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Depuis janvier, 58 700 personnes ont demandé à rejoindre la Bundeswehr, l’armée allemande, soit 29 % de plus qu’en 2025. La nouvelle loi sur le recrutement garantit aux volontaires une solde de 2 700 euros par mois, et les candidatures affluent alors que les sabotages contre les installations militaires se multiplient. Le ministre de la défense, Boris Pistorius, défend désormais ce dispositif face à la gauche berlinoise, qui a promis de fermer les écoles aux recruteurs.
Pour la première fois, l’armée allemande a dépassé ses objectifs de recrutement. Le ministère de la défense a constaté le franchissement en septembre : plus de 190 000 soldats servent aujourd’hui dans la Bundeswehr, un niveau que ses services n’attendaient pas avant la fin de l’année au plus tôt.
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Ce seuil, l’armée l’a atteint grâce à 18 700 hommes et femmes engagés depuis janvier, soit 15 % de plus que lors de l’exercice précédent. Parmi eux, 10 800 sont des volontaires recrutés dans le cadre de la nouvelle loi sur le recrutement. Le ministère n’a pas précisé sous quel statut se sont engagées les 7 900 autres recrues.
La proportion désigne le levier. Près de six nouveaux soldats sur dix sont entrés dans l’armée par le volontariat que la loi a créé, si bien que cette seule voie a fourni davantage de recrues que toutes les autres réunies. C’est elle qui a porté les effectifs au-delà de 190 000 avec plusieurs mois d’avance. Ce volontariat, l’Etat le rémunère.
Une solde de 2 700 euros et le permis de conduire
Cette rémunération tient en quelques lignes de la loi. Les volontaires perçoivent une solde (le salaire versé aux militaires) de 2 700 euros par mois ; l’armée prend en charge leur logement, leur transport et leur assurance maladie, et subventionne le permis de conduire de ceux qui restent au moins un an. Le ministère de la défense juge « élevé » l’intérêt que suscite désormais la Bundeswehr comme employeur.
Les recrues racontent aussi ce qui suit l’engagement. Nuria Riedel, Berlinoise entrée comme volontaire cette année, a décrit à la RBB, la radio-télévision publique de Berlin-Brandebourg, ses premières semaines en civil pendant les cours, puis en tenue de sport à l’entraînement. « Après arrive le premier jour où l’on enfile l’uniforme, et l’on comprend le véritable sens de tout ce que l’on est en train de faire. On ressent une fierté immense », raconte-t-elle.
Le permis de conduire n’est financé qu’aux volontaires qui servent un an, bien au-delà de ces semaines en civil. L’aide la plus durable de la loi récompense donc ceux qui ont passé le cap de l’uniforme que décrit la jeune Berlinoise.
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Trois candidatures pour une recrue
Les candidatures progressent plus vite encore que les engagements. Depuis le début de l’année, plus de 58 700 personnes ont demandé à intégrer l’armée, soit 29 % de plus qu’en 2025, et septembre a battu le record mensuel. Leur rythme est près de deux fois supérieur à celui des incorporations : pour chaque recrue entrée depuis janvier, la Bundeswehr a reçu plus de trois demandes.
À ces candidatures spontanées s’ajoute un recensement de grande ampleur. Les autorités ont adressé 492 800 questionnaires sur les aptitudes et la disponibilité à environ 253 000 hommes et 239 800 femmes, en vue d’un éventuel recrutement. Près de 96 % des destinataires y ont répondu. Depuis octobre, la loi punit d’une amende de 250 euros les majeurs qui ignorent ce questionnaire.
Le calendrier tranche une question. Le record de candidatures de septembre a été établi un mois avant l’entrée en vigueur de cette amende, qui ne peut donc l’expliquer.
À Börde, trois camions incendiés
Ce record intervient sous une menace croissante. La Bundeswehr a relevé son niveau d’alerte au deuxième échelon le plus élevé après plusieurs attaques contre des casernes et des installations militaires, selon un rapport interne dont a fait état la WDR, la radio-télévision publique de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. D’après ce document, l’armée se prépare désormais à des menaces concrètes contre ses sites.
Cette semaine, une lettre publiée sur la plateforme en ligne Indymedia revendique l’incendie volontaire de trois camions de la Bundeswehr dans un atelier de Börde. Le ministère de la défense observe une hausse mensuelle de ce type d’attaques et s’attend à ce qu’elle se poursuive. Les chiffres de septembre ne montrent pourtant aucun recul des candidatures, ni sous l’effet de ces sabotages ni sous celui de la menace russe sur le flanc oriental de l’OTAN (les pays de l’Alliance atlantique situés aux frontières de la Russie).
Die Linke contre l’armée à l’école
Le recrutement affronte aussi une contestation politique. À Berlin, le parti La Gauche (Die Linke), vainqueur des récentes élections régionales et engagé dans la formation d’une coalition, a promis dans son programme de mettre fin à l’accord qui ouvre les établissements du secondaire aux militaires venus présenter leur métier et susciter des vocations. Au titre de cet accord, les officiers jeunesse de la Bundeswehr (des militaires chargés de présenter l’armée aux jeunes) ont effectué cette année 4 000 visites scolaires devant 137 600 élèves.
L’ampleur de ce canal explique la vigueur de la riposte. « Totalement incompréhensible », a jugé le ministre de la défense, le social-démocrate Boris Pistorius, à propos de cette promesse. « C’est précisément en ce moment que la Bundeswehr a besoin d’un soutien politique sans équivoque », plaide-t-il. Avant d’avertir : « Ce serait un signal public contre la Bundeswehr et son importante mission. »


