Crash d’un Mirage 2000 D : l’armée venait d’achever la rénovation de sa flotte

Crash d’un Mirage 2000 D en Meurthe-et-Moselle : ce que l’on sait de l’accident qui a tué le pilote, de la recherche du navigateur et de l’enquête.

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Emmanuel Macron a confirmé ce matin la mort du pilote. Son coéquipier, un officier chevronné, restait introuvable. Les deux militaires volaient à bord d’un avion que le colonel Ludovic Humbert, commandant de la base aérienne 133 de Nancy-Ochey, présente comme récemment rénové et fiable. Le parquet de Metz a ouvert une enquête pour établir ce qui a fait tomber cet appareil, issu d’une flotte dont l’armée a reçu le dernier exemplaire modernisé en juin.

Le contact a cessé d’un coup. Mardi 20 octobre, en fin de soirée, un Mirage 2000 D de la base aérienne 133 de Nancy-Ochey échangeait en permanence avec sa base, par radio et par radar. Puis les deux liaisons se sont interrompues, selon le ministère des armées cité mercredi par BFMTV. L’avion de chasse n’était pas armé. Il rentrait d’un vol d’entraînement et entamait son approche finale. Il s’est écrasé dans un bois, près du village de Rogéville (Meurthe-et-Moselle).

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La base programme l’essentiel de ces vols de nuit, le mardi et le jeudi, rapporte Le Monde mercredi. Celui de mardi relevait donc de la routine. Le colonel Ludovic Humbert, commandant de la BA 133, a pourtant décrit mercredi matin des conditions de vol « pas vraiment optimales » et une perte de la liaison radio avec la tour de contrôle. Il s’est arrêté là. Il a en revanche défendu l’appareil, rénové récemment selon lui. Les enquêteurs devront expliquer pourquoi un avion modernisé, au retour d’une mission ordinaire, a disparu des écrans à l’approche de sa piste.

Deux militaires, deux profils

Le biplace emportait deux militaires. Le pilote était jeune, encore en instruction selon le ministère des armées. Il était arrivé sur la base « avec tous les prérequis et les qualifications nécessaires », a précisé le colonel Humbert. Le navigateur occupait le siège arrière. Les armées l’appellent officier système d’armes, car il conduit la navigation et l’emploi de l’armement. Son commandant le décrit comme très expérimenté, avec un grand nombre d’heures de vol.

Depuis Doha, où il est en visite, Emmanuel Macron a annoncé mercredi la mort du pilote. Le chef de l’Etat a adressé « les condoléances de la nation » à sa famille et à ses frères d’armes. Il a précisé que le navigateur était toujours recherché.

À Nancy-Ochey, ce deuil en rappelle d’autres. Le colonel Humbert a parlé d’un « choc terrible » pour une base déjà frappée par des accidents comparables ces dernières années.

Brouillard sur Rogéville

Les secours se sont engagés dans la nuit. Le préfet de Meurthe-et-Moselle, Yves Séguy, a énuméré mercredi matin ce qui les attendait : « nuit, brouillard, temps extrêmement mauvais ». Ces conditions interdisaient tout hélicoptère, si bien que la préfecture n’a pas pu obtenir de survol de la zone. Les sauveteurs ont fouillé le secteur à pied, appuyés par des drones, a détaillé le préfet.

Ce choix tenait à la météo. Il a pesé sur le rythme des recherches, car des équipes à pied ne couvrent un bois que lentement, de nuit, dans le brouillard. La gendarmerie n’a fait survoler le site par un hélicoptère que mercredi matin, une fois le brouillard dissipé, ont constaté des journalistes de l’Agence France-Presse.

Le corps du pilote a été retrouvé au cours de ces recherches. L’armée et la gendarmerie ont dès lors concentré leurs moyens sur le navigateur. Ni l’armée ni la préfecture n’ont indiqué mercredi si l’un des deux militaires avait actionné son siège éjectable avant l’impact. Cette réponse fixe pourtant l’étendue de la zone à fouiller, car une descente sous parachute peut déposer un navigant loin de l’épave.

Le préfet a ouvert sa conférence de presse par une pensée pour les proches des deux militaires. À la mi-journée, les équipes poursuivaient leurs recherches autour du point d’impact.

Une enquête confiée à la gendarmerie de l’air

Le parquet de Metz, compétent pour les affaires pénales militaires dans le nord-est de la France, a ouvert une enquête judiciaire. Il l’a confiée à la section de recherches de la gendarmerie de l’air et de l’espace, la police judiciaire de l’aviation militaire.

Les enquêteurs partent de quatre éléments établis : un vol de nuit, une météo dégradée, une phase d’approche finale et une coupure soudaine des liaisons radio et radar. Aucun ne désigne une cause. « L’enquête viendra confirmer les hypothèses des raisons de l’accident », a prévenu le colonel Humbert, sans préciser lesquelles l’armée examine.

Le Mirage 2000 D, avion de 1993

L’état de l’appareil comptera parmi les premières questions. Conçu par Dassault Aviation, le Mirage 2000 D est un biplace d’attaque au sol entré en service en 1993. La France l’a engagé dans la plupart de ses opérations extérieures depuis : au Kosovo en 1999, en Libye en 2011, puis en Afghanistan, en Irak, en Syrie et au Sahel.

Le Rafale l’a supplanté comme avion de premier rang. Le ministère des armées a pourtant décidé de prolonger le Mirage 2000 D jusqu’aux années 2030. Cinquante appareils ont donc reçu une rénovation dite « à mi-vie », et l’armée de l’air et de l’espace a réceptionné le dernier en juin. Le colonel Humbert range l’avion tombé mardi parmi ces machines remises à niveau, qu’il juge « très modernes ». Il assure qu’elles ne présentent aucun problème de fiabilité.

Cette modernisation récente impose aux enquêteurs d’examiner l’avion comme les conditions du vol.

Quatre accidents en six ans

Le Mirage 2000 D a déjà connu des accidents mortels. En janvier 2019, un appareil s’est écrasé dans le Jura lors d’un vol de nuit à basse altitude, tuant son pilote et son navigateur. Deux ans et demi plus tard, en juillet 2021, un autre Mirage 2000 D est tombé dans la région de Nancy. Son équipage avait réussi à s’éjecter.

L’armée de l’air a aussi perdu d’autres appareils dans le Nord-Est. Le 15 août 2024, deux Rafale se sont percutés au-dessus de la Lorraine pendant un vol d’entraînement, et les deux membres de l’un des équipages ont été tués. En mars 2025, deux Alpha Jet de la Patrouille de France sont entrés en collision près de la base aérienne de Saint-Dizier (Haute-Marne), et leurs équipages se sont éjectés.

Gendarmes et militaires de la BA 133 fouillaient toujours les bois de Rogéville à la recherche du navigateur.



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