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- Un Institut de défense financé par le ministère des Armées
- Robotique : 51 enseignants-chercheurs et une arène à drones
- À Palaiseau, l’arrivée de l’École des ponts
- Mathématiques et physique, deux bâtiments d’ici à 2030
- Pour la recherche à risque, 150 000 euros par projet
- EuroTech, Tokyo, Séoul : des alliances sommées de produire
- 43 % d’internationaux, étudiants et chercheurs
Le ministère des Armées finance à hauteur de 15 millions d’euros la construction d’un Institut de défense sur le campus de l’École polytechnique, à Palaiseau. L’Institut Polytechnique de Paris en fait le chantier le plus avancé de sa nouvelle feuille de route. Celle-ci porte aussi sur la robotique, le climat et un programme de recherche à risque doté de 2,25 millions d’euros. De Bruxelles à Tokyo, ses alliances internationales sont appelées à servir les mêmes priorités.
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Le calendrier s’est resserré à la rentrée. Le 7 septembre 2026, le comité d’évaluation du Hcéres, l’instance chargée d’évaluer les établissements d’enseignement supérieur, a rendu un avis favorable à la transformation de l’Institut Polytechnique de Paris (IP Paris) en grand établissement, un statut d’établissement public doté de règles d’organisation propres. Ce changement doit intervenir début 2027 et clore la période d’expérimentation ouverte à la création de l’Institut, il y a six ans. Trois semaines après cet avis, le 29 septembre, IP Paris a présenté la feuille de route qui accompagne ce passage.
Deux autres échéances encadrent la séquence. À l’automne, l’Institut doit se doter d’un président du conseil d’administration, commun avec l’École polytechnique. Cette nomination refermera le chantier de la gouvernance ouvert en septembre 2023. En décembre, IP Paris devrait signer avec ses deux ministères de tutelle un contrat d’objectifs et de performance pour la période 2027-2031, le document qui fixera ses engagements envers l’État. Ce contrat encadrera les cinq premières années de l’établissement sous son nouveau statut. La feuille de route, rendue publique moins de trois mois avant la signature, en fournit la matière.
L’Institut fédère six écoles d’ingénieurs : l’École polytechnique, surnommée l’X, l’ENSTA, l’École nationale des ponts et chaussées (ENPC), l’ENSAE Paris, Télécom Paris et Télécom SudParis. Son centre de gravité est le campus de Palaiseau, auquel s’ajoutent des implantations à Évry, Champs-sur-Marne et Brest. Pour cette nouvelle étape, ses dirigeants ont retenu quatre domaines : la défense et la souveraineté, les transitions écologique et énergétique, l’intelligence artificielle et les technologies dites de rupture. Ils les servent par trois leviers :
- la transformation du campus autour de ces priorités ;
- l’investissement dans la recherche à risque, c’est-à-dire des travaux dont la réussite n’est pas garantie ;
- une politique d’attraction des talents, adossée à l’Europe et étendue à l’Asie.
« En quelques années, nous avons fait d’IP Paris un institut de sciences et de technologies qui compte parmi les références mondiales. Face aux grands défis de notre époque, nous avons une responsabilité : mobiliser toute notre puissance scientifique pour produire des connaissances et des solutions qui répondent aux besoins de la société », revendique Thierry Coulhon, président du directoire d’IP Paris.
Plusieurs des chantiers les plus avancés ont un financeur extérieur :
- le ministère des Armées pour l’Institut de défense ;
- l’homme d’affaires Bernard Arnault pour un futur institut de mathématiques ;
- la Région Île-de-France pour une arène à drones ;
- un couple de donateurs pour des démonstrateurs consacrés au climat.
Parmi eux, seul le ministère des Armées a rendu public son montant. Ces 15 millions d’euros désignent aussi le domaine où la stratégie est la plus engagée.
Un Institut de défense financé par le ministère des Armées
Sur la défense, IP Paris part d’un socle ancien. Deux de ses écoles, l’X et l’ENSTA, relèvent de la tutelle du ministère des Armées. Ce ministère a engagé en mars 2025 une montée en puissance de ses activités sur le campus. Le 4 mars 2025, l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD) y a inauguré son pôle recherche, installé au X-Novation Center.
Le ministère va plus loin en finançant la construction d’un Institut de défense sur le campus de l’X. Le bâtiment réunira :
- le pôle recherche de l’AMIAD ;
- le Centre interdisciplinaire d’études pour la défense et la sécurité (CIEDS) d’IP Paris ;
- le Lab Quantique de Défense de l’Agence de l’innovation de défense (AID) ;
- des équipes de cybersécurité.
IP Paris annonce une montée progressive des effectifs jusqu’en 2030, sans en donner le nombre. Le futur institut doit relier l’établissement au ministère, à la Direction générale de l’armement (DGA), à l’AID et aux industriels de la défense avec lesquels les écoles travaillent déjà.
Les formations ont suivi le même mouvement :
- École polytechnique. Depuis cette année, tous les élèves du cycle ingénieur suivent un cours obligatoire sur la défense et la souveraineté.
- Bachelor cyber. Créé en 2024 par l’X, l’école EPITA et le ministère des Armées, ce bachelor en cybersécurité et cyberdéfense compte plus de 100 élèves, dont 30 sous statut militaire.
- ENSTA. Avec l’école ISAE-SUPAERO, elle a ouvert à la rentrée 2026 une formation d’ingénieur Défense & Sécurité qui réunit près de 100 élèves civils et militaires.
- Télécom SudParis. L’école a créé un parcours Défense et souveraineté numérique, adossé à son partenariat avec la DGA.
Ces deux nouvelles filières rassemblent à elles seules quelque 200 élèves. Le ministère paie l’outil de recherche, et les écoles forment les ingénieurs dont IP Paris juge que la Nation a un besoin croissant. Sur ce terrain, l’Institut maîtrise ainsi les laboratoires comme le recrutement.
Robotique : 51 enseignants-chercheurs et une arène à drones
La robotique prolonge cet axe. IP Paris veut en faire un domaine d’excellence et y compte déjà 51 enseignants-chercheurs. Leurs spécialités vont des systèmes embarqués (l’électronique intégrée aux machines) à la vision par ordinateur et aux systèmes multi-robots, où plusieurs machines opèrent de concert. L’Institut cite quatre applications : la défense, le maritime, l’industrie et la construction.
La défense tient la première place, et la même agence réapparaît. Le Laboratoire de robotique et d’intelligence artificielle de défense (LARIAD) est commun à l’ENSTA et à l’AMIAD. L’ENSTA exploite un bassin d’expérimentation air-mer sur son campus de Brest. À Palaiseau, une arène à drones, soutenue par la Région Île-de-France, doit devenir selon IP Paris l’une des plus grandes volières à drones d’Europe.
Un partenaire public renforce l’ensemble. L’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA) a signé une convention avec l’Institut en décembre 2025. Elle prévoit un bâtiment consacré à l’aérodynamique, à l’aéroélasticité (la déformation des structures sous l’effet de l’air) et à l’acoustique, à proximité du pôle mécanique inauguré en 2024. La structure qui fédérerait ces moyens reste au stade de l’intention : IP Paris « envisage », à terme, un Institut ou Centre de robotique à vocation européenne et internationale.
À Palaiseau, l’arrivée de l’École des ponts
Après la défense et la robotique, le climat forme le troisième chantier du campus. IP Paris veut faire de Palaiseau un terrain d’essai de la décarbonation, c’est-à-dire de la réduction des émissions de carbone, avant tout déploiement à plus grande échelle. Les domaines visés sont la production et le stockage d’énergie, les réseaux électriques intelligents, les bâtiments bas carbone, l’agrivoltaïsme (des panneaux solaires installés sur des terres cultivées) ainsi que la capture et la valorisation du CO₂.
Trois démonstrateurs fonctionnent déjà :
- AXEN, installé sur le campus de l’X, vise une baisse de 60 % de la consommation d’énergie et de 80 % des émissions de CO₂.
- XSeaO2, également à l’X, cherche à produire des carburants synthétiques à partir du CO₂ dissous dans l’eau de mer.
- Smart Garden, développé à Télécom Paris, s’attaque aux îlots de chaleur urbains, ces quartiers où la chaleur s’accumule. Il recourt à des objets connectés qui produisent ou récoltent leur propre énergie.
Les deux premiers doivent leur existence, en partie, à un don d’Agnès et Stéphane Ifker, issus de la promotion 1993 de l’X, à la Fondation de l’École polytechnique.
Le volet immobilier compte deux opérations. Rénov’X porte sur la rénovation du bâtiment central et des laboratoires de l’X. L’ENPC, elle, emménagera d’ici à 2029 dans un futur bâtiment baptisé « Le Central », avec 170 postes de travail et une capacité de près de 350 étudiants simultanément. Son implantation à Palaiseau doit rapprocher les équipes travaillant sur la ville résiliente, les mobilités durables, l’eau, le stockage du CO₂ et de l’hydrogène, les matériaux et les infrastructures.
Ce déménagement prend tout son poids avec le projet d’Institut des technologies de l’électrification, préparé avec le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et IFP Énergies nouvelles (IFPEN). Dans le schéma de gouvernance envisagé, l’ENPC y occuperait une place centrale et piloterait les projets partenariaux. Elle s’appuierait pour cela sur son Co-Innovation Lab, qui associe chercheurs et industriels. Télécom Paris y apporterait sa compétence en sécurité des systèmes énergétiques, et de nouvelles formations en découleraient. Le volet climat de la stratégie se construit donc autour d’une école qui ne rejoindra le campus qu’en 2029.
Mathématiques et physique, deux bâtiments d’ici à 2030
Ces chantiers appliqués ont un socle. IP Paris affirme qu’il n’y a ni recherche appliquée ni innovation de rupture sans recherche fondamentale, et il y engage deux bâtiments.
Le premier est l’Institut de mathématiques et de sciences fondamentales de l’École polytechnique, présenté à l’été 2026 et rendu possible par l’engagement de Bernard Arnault. Il doit ouvrir au cœur du campus de Palaiseau d’ici à 2030 et réunir mathématiciens, physiciens, informaticiens et étudiants de tout l’Institut.
Le second, un bâtiment de physique livrable début 2028, accueillera deux laboratoires gérés conjointement par l’X et le CNRS : le Laboratoire de physique des interfaces et des couches minces (LPICM) et le Laboratoire Leprince-Ringuet (LLR). IP Paris resserre en parallèle ses liens avec le CNRS et Inria, l’institut public de recherche en sciences du numérique.
Pour la recherche à risque, 150 000 euros par projet
De ce socle doivent sortir des idées que les financements classiques laissent de côté. IP Paris a lancé en 2026 FRONTIERS, un programme qui finance des travaux dont le résultat, voire la faisabilité, reste incertain. La première édition a engagé 2,25 millions d’euros : 15 projets retenus sur 72 candidatures, soit environ un dossier sur cinq. Chacun reçoit 150 000 euros sur une durée pouvant atteindre quarante-huit mois.
Les lauréats couvrent la biologie, la physique, les mathématiques, l’IA, l’économie, les matériaux et les sciences sociales. On y trouve par exemple le refroidissement laser de matériaux 2D, épais de quelques couches d’atomes, ou de nouveaux systèmes quantiques. IP Paris compte accompagner les meilleurs projets vers des guichets plus importants : le plan d’investissement France 2030 et les bourses du Conseil européen de la recherche (ERC).
La même logique gouverne la valorisation. L’Institut compte 45 laboratoires et veut repérer plus tôt les découvertes susceptibles de devenir des produits ou des entreprises. Son Innovation Lab, créé en 2025, aurait selon IP Paris augmenté de 40 % la détection de projets.
L’étape suivante est la prématuration, qui consiste à transformer un résultat de laboratoire en première preuve de concept. IP Paris y consacre près d’1 million d’euros par an, pour 10 à 15 projets deeptech, c’est-à-dire fondés sur des technologies issues de la recherche de pointe. Cette enveloppe doit croître grâce au projet A2-Line, mené avec la SATT (la société chargée du transfert de technologies) et l’Université Paris-Saclay, et soutenu par la Région. Un nouvel appel à projets vise les doctorants.
En aval, cinq incubateurs et des fonds d’amorçage comme Polytechnique Ventures accompagnent plus de 120 startups chaque année. Plasana Medical, Allivia, Shiftelec et Morpho ont suivi ce parcours, du laboratoire à l’entreprise. Entre l’enveloppe unique de FRONTIERS et le million annuel de la prématuration, l’Institut finance les premiers pas et compte sur d’autres financeurs pour la suite.
EuroTech, Tokyo, Séoul : des alliances sommées de produire
Ces financeurs extérieurs, l’Europe d’abord, sont aussi la cible de la stratégie internationale. IP Paris préside en 2026 l’alliance EuroTech, qui réunit des universités technologiques européennes. L’Institut y a fait adopter une stratégie EuroTech 2030, présentée en mars puis portée auprès des institutions européennes à Bruxelles. Il veut transformer l’alliance en machine à projets. Ses chercheurs peuvent déjà effectuer des séjours d’une à deux semaines dans une université membre et sont épaulés pour monter des dossiers Horizon Europe, le programme de recherche de l’Union.
L’alliance compte six membres fondateurs et accueille cette année l’université technique tchèque CTU, à Prague, et TalTech, à Tallinn. Elle se concentre sur quatre domaines :
- l’IA pour la robotique ;
- les systèmes énergétiques ;
- les semi-conducteurs, la photonique (les technologies de la lumière) et le quantique ;
- les biotechnologies.
Les deux premiers recoupent les chantiers ouverts à Palaiseau.
IP Paris noue aussi des partenariats ciblés en Europe :
- avec le KTH Royal Institute of Technology suédois depuis 2025, sur l’IA, les transitions et les technologies stratégiques ;
- avec Oxford et Cambridge à travers l’AI Corridor, conçu avec HEC Paris autour d’une IA performante, frugale et de confiance ;
- avec EELISA, une alliance d’écoles d’ingénieurs soutenue par la Commission européenne, à laquelle il participe par l’intermédiaire de l’ENPC.
« Nous voulons transformer nos alliances en collaborations scientifiques concrètes, afin de conserver les talents en Europe, de transformer davantage nos découvertes en innovations et en création d’entreprises, et surtout de préserver la capacité de l’Europe à maîtriser ses choix technologiques », plaide Thierry Coulhon. La souveraineté, déjà invoquée pour la défense, sert ici d’argument européen.
En Asie, l’Inde occupe la première place. IP Paris a pris part aux Rencontres universitaires et scientifiques de l’India AI Impact Summit 2026, et l’X comme Télécom Paris coopèrent avec l’Indian Institute of Technology Delhi sur l’IA et la mobilité des talents. Au Japon, des accords avec l’Université de Tokyo, Institute of Science Tokyo et RIKEN-AIP, centre de recherche en intelligence artificielle, doivent être signés en octobre. En Corée du Sud, des collaborations avec Seoul National University et Yonsei University seront formalisées à l’automne. Pour passer des accords aux travaux, IP Paris a financé cette année l’amorçage de 15 projets communs.
43 % d’internationaux, étudiants et chercheurs
Ces alliances servent le dernier levier, les talents. 43 % des étudiants d’IP Paris viennent de l’étranger. Les masters et PhD Tracks, ces cursus de recherche ouverts dès le master, comptent 1 280 inscrits à cette rentrée, soit 15,5 % de plus en un an et 68 % de plus depuis 2021.
L’intelligence artificielle tire cette croissance. Grâce aux fonds obtenus dans le cadre d’IA Cluster, un appel de France 2030, plus de 1 300 étudiants seront diplômés d’un programme en IA en 2026, 40 % de plus qu’en 2023. L’Institut propose 24 programmes dans ce domaine, dont 10 créés depuis 2023 avec Hi! PARIS, un centre consacré à l’IA cofondé avec HEC Paris. Tous les élèves des écoles suivent désormais au moins un enseignement d’IA appliquée.
IP Paris travaille aussi l’accès à ces filières. La première promotion du cycle pluridisciplinaire d’études supérieures (CPES) Paris-Saclay, une formation post-bac à laquelle l’Institut contribue, a obtenu cet été 33 intégrations dans des formations de très haut niveau, dont l’X, Télécom Paris, HEC Paris, CentraleSupélec et KTH. Un Observatoire de l’égalité des chances, lancé avec les Écoles normales supérieures en décembre dernier, doit documenter sur la durée ce qui éloigne les jeunes, et en particulier les jeunes femmes, des sciences.
Chez les chercheurs, la proportion d’internationaux atteint également 43 % des effectifs académiques. Depuis 2024, Hi! PARIS a recruté 11 titulaires de chaires externes, des postes de recherche financés sur programme, et 11 enseignants-chercheurs. Il a aussi financé 50 doctorants et 75 postdoctorants, de jeunes docteurs en contrat temporaire. Pour retenir ceux qui sont en poste, l’Institut a créé 21 chaires internes. Il a enfin confié à Jérôme Lesueur, directeur adjoint de l’ENPC, une mission pour bâtir une politique d’attractivité commune aux six écoles.
L’Europe sert d’étalon. En 2025, les chercheurs d’IP Paris ont obtenu 10 % des bourses ERC Starting Grants, destinées aux jeunes chercheurs, attribuées en France. Ce sont les mêmes bourses vers lesquelles FRONTIERS doit orienter ses lauréats. IP Paris entend renforcer l’accompagnement de ces candidatures : un axe spécifique leur sera consacré dans le contrat d’objectifs et de performance attendu en décembre.


