Rafale : cessons d’accuser Washington de tous nos échecs

Chaque contrat perdu par Dassault Aviation relance le même procès : lobbying américain, chantage à l'OTAN, droit extraterritorial. La pression des États-Unis existe. Mais de la Colombie au Canada, les revers du Rafale racontent surtout les limites de l'offre française.

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Le réflexe est devenu pavlovien. Un pays écarte le Rafale, et la France désigne aussitôt le coupable : Washington, ses ambassadeurs, ses subventions, ses règles ITAR. Ce récit a sa part de vérité. Il a surtout l’immense avantage de dispenser Paris de tout examen de conscience. Or les faits de ces derniers mois dessinent un tableau bien moins confortable.

Le Rafale n’est pas victime, il est débordé

Commençons par ce que le récit victimaire oublie : le Rafale se vend. Fin 2025, les commandes fermes atteignaient 533 appareils, dont 323 pour l’export. Le Caire vient même de relancer le mouvement : le 1er septembre, l’Égypte a demandé à Dassault une proposition pour 24 Rafale supplémentaires, ce qui porterait sa flotte à 78 appareils. Un avion sous tutelle américaine n’afficherait pas un tel palmarès.

Le vrai problème est ailleurs, et il est industriel. Au 30 juin 2026, Dassault Aviation comptait 208 Rafale à livrer, dont 165 pour l’export, et vise 28 livraisons sur l’année. À ce rythme, le carnet représente plus de sept années de production. L’alerte ne date pas d’hier : dès janvier 2024, l’Institut international d’études stratégiques (IISS) estimait que l’afflux de commandes rendrait plus difficile la promesse de livrer 36 mois après la signature, au risque de compromettre de futurs contrats. Pour un pays dont la flotte arrive en fin de vie, un excellent avion livré trop tard ne vaut pas grand-chose. Signe que la dynamique mérite d’être surveillée : au premier semestre 2026, Dassault n’a enregistré aucune nouvelle commande de Rafale.

Colombie : battu par un avion à moteur américain

Le dossier colombien devrait servir d’électrochoc. En décembre 2022, Bogotá avait annoncé son intention d’acheter 16 Rafale, préférés au F-16 et au Gripen. L’affaire a échoué pour une raison très française : le budget de 678 millions de dollars ne permettait d’acheter que trois Rafale ou six Gripen, et aucun des deux constructeurs n’a accepté de signer pour si peu.

Saab a su revenir dans le jeu. Le contrat signé avec Bogotá en novembre 2025 porte sur 17 Gripen E/F pour 3,1 milliards d’euros, accompagné de deux accords de compensation couvrant l’aéronautique, la cybersécurité, la santé, l’énergie et le traitement de l’eau. Le F-16 américain a perdu lui aussi.

Le détail qui ruine la thèse de la main invisible est le moteur. Le Gripen E tourne avec un réacteur américain, et Washington avait signalé en 2025 qu’il pourrait bloquer ce moteur pour la Colombie. Le Rafale, lui, offrait une solution affranchie de l’ITAR, sans composant américain. Bogotá a pourtant choisi l’avion exposé au veto de Washington. L’argument de la souveraineté, que Paris croit décisif, a pesé moins lourd que le prix, les compensations et la souplesse de l’offre suédoise.

Au Canada, Dassault avait quitté la course dès 2018

On présente souvent Ottawa comme la victime type des pressions américaines. C’est oublier qu’en 2018, Dassault s’est retiré de la compétition canadienne, jugeant trop lourdes les exigences d’interopérabilité et de partage du renseignement. Ces exigences étaient liées à l’intégration avec les forces américaines au sein du NORAD. La contrainte était réelle, mais c’est bien Paris qui a quitté la table.

Aujourd’hui, la tutelle américaine se desserre, et c’est Saab qui en profite. Fin mai, le gouvernement Carney a écarté deux concurrents américains au profit du GlobalEye suédois pour ses avions de surveillance. Une flotte mixte d’environ 30 F-35 et 60 Gripen aurait émergé comme l’option privilégiée de la révision en cours. Les 16 premiers F-35 restent engagés, pendant qu’Ottawa hésite sur les 72 autres. Le 24 septembre, Mark Carney a résumé l’enjeu : « C’est une vraie décision, en raison de capacités différentes, de dépendances stratégiques et de retombées économiques. »

Les Suédois ont compris ce que voulait Ottawa. Saab propose d’installer à Montréal un centre de données souverain pour les informations de mission, et d’assembler les avions au Canada. Voilà ce qui manque trop souvent à l’offre française : la capacité à parler le langage politique et industriel du client.

Arabie saoudite : la fenêtre se referme

À Riyad, la France avait une ouverture rare. Le royaume avait demandé une proposition chiffrée pour 54 Rafale, sur fond de mécontentement face au veto allemand sur l’Eurofighter. Ces démarches n’ont débouché sur aucune commande annoncée.

Les concurrents ont avancé plus vite. Riyad et Islamabad discutent de la conversion d’environ 2 milliards de dollars de prêts saoudiens en achat d’avions JF-17. Surtout, le département d’État américain a approuvé le 17 septembre une vente possible de 48 F-35 pour 24,3 milliards de dollars, qui doit encore obtenir l’aval du Congrès. Si le Rafale perd à Riyad, ce ne sera pas faute d’avoir eu sa chance.

Le SCAF, un échec qui ne doit rien aux Américains

Reste l’Allemagne, souvent citée comme preuve de l’emprise américaine en Europe. L’argument a pris du plomb dans l’aile. Le 8 juin, Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont acté l’arrêt du chasseur commun du SCAF. L’Élysée n’a pas cherché de bouc émissaire : les deux dirigeants ont « chacun regretté l’impossibilité pour les industriels de s’entendre sur la continuation de ce projet ». Aucun ambassadeur américain n’a signé cet échec. Washington n’a eu qu’à attendre : parmi les options évoquées par Boris Pistorius figure l’achat de F-35 en plus des 35 déjà commandés.

L’Inde, test de cohérence pour la France

Le méga-contrat indien sera le juge de paix. La France a remis début août son offre pour 114 Rafale, estimée à 3 250 milliards de roupies, soit environ 34 milliards de dollars, dont 94 appareils seraient construits en Inde avec un partenaire local.

Le point de blocage mérite qu’on s’y arrête. New Delhi veut accéder aux documents d’interface afin d’intégrer ses propres armes, comme le missile Astra ou le BrahMos NG. Paris propose que Dassault reste maître d’œuvre de toute intégration, via des interfaces qui remplaceraient le transfert complet du code. La position française se défend. Elle révèle pourtant une contradiction : la France vante partout le Rafale comme l’avion de la souveraineté, puis rechigne à accorder cette même souveraineté à son premier partenaire. Les clients le remarquent.

Regarder nos propres faiblesses

Personne ne prétend que la compétition est loyale. La Suisse rappelle d’ailleurs que les victoires américaines coûtent cher aux acheteurs : à cause des surcoûts réclamés par les États-Unis, l’enveloppe votée par le peuple ne suffit plus pour 36 appareils, et Berne n’en achètera que 30.

Mais le cas ukrainien montre que la bataille se joue aussi entre Européens. Paris et Kiev ont conclu le 13 juillet une feuille de route pour 16 Rafale, sans qu’aucun contrat soit signé. Kiev avait pourtant signé dès le 1er juillet avec la Suède l’achat ferme de 16 Gripen E/F pour 2,2 milliards d’euros.

Les défaites du Rafale ont des causes que Paris maîtrise : une chaîne de production saturée, des montages financiers moins inventifs que ceux de Stockholm ou d’Islamabad, une rigidité face aux petites commandes, une coopération européenne sabordée par des querelles de maîtrise d’œuvre. Accuser Washington coûte moins cher que de corriger ces faiblesses. Cela rapporte aussi moins de contrats.



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1 commentaires sur « Rafale : cessons d’accuser Washington de tous nos échecs »

  1. ci ce n etait que dans l aviation que la propagande ameriquaine et son maquiavelise fause les contrats malhonaitement zvec les.sous marin pour l australie quel fiasco l amerique ne les a pas encore livrer les missils commender par l europe et payer mais utiliser par l amerique et jamais livrer a l ukraine les f35 suisse ou le prix a doubler et pas livrer non plus comme ses patriotes, la malhonetete de l industrie americaine n est plus a demontrer et trump n ameliore surement pas les chose il les empires

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1 commentaires