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En janvier 2026, la Banque de France a achevé la vente des 129 tonnes d’or que la France gardait encore à la Réserve fédérale de New York. La banque centrale en a tiré une plus-value de 12,8 milliards d’euros, qui a pesé dans le bénéfice de 8,1 milliards publié pour 2025, un an après une perte de 7,7 milliards. L’institution dirigée par François Villeroy de Galhau garde et gère l’or de l’État, qui lui sert d’abord à consolider ses comptes. Propriétaire de ces réserves, l’État ne peut donner aucune instruction à ceux qui les gèrent.
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La direction générale du Trésor, rattachée au ministère de l’économie, a publié le 14 août son relevé mensuel des réserves nettes de change, l’or et les devises étrangères que détient l’État. Elle y évaluait l’or à 276,793 milliards d’euros au 31 juillet 2026. Des chiffres de marché parus début septembre portent cette valeur à environ 301 milliards d’euros fin août, un montant que le Trésor n’avait pas encore repris dans un relevé détaillé au 8 septembre.
Ce que le Trésor mesure là, c’est la valeur de marché d’une réserve. Aucune somme correspondante n’est versée au budget de l’État. La Banque de France, qui détient ces lingots pour le compte de l’État, les valorise aux cours observés à la fin de chaque mois. La banque centrale inscrit ainsi, d’un relevé à l’autre, des montants différents pour un stock identique, sans avoir acheté ni vendu un seul lingot.
Sur quatre ans, ces écarts mensuels se sont additionnés. La Banque de France estime, dans son rapport de gestion, que la hausse du cours entre 2021 et 2025 a ajouté 161 milliards d’euros à la valeur de ses avoirs en or et de ses créances sur or, c’est-à-dire l’or que des contreparties lui doivent. Ses volumes n’ont pas changé sur la période. Fin 2025, l’institution inscrivait 287,5 milliards d’euros d’avoirs en or à son bilan, le document qui recense ce qu’elle possède et ce qu’elle doit. Plus de la moitié de cette somme provient donc de la seule envolée des prix depuis 2021.
Cette richesse comptable obéit à une règle écrite en 2024. L’État et la Banque de France ont signé une convention, publiée au Journal officiel le 3 juillet 2024, qui organise la comptabilisation des gains et des pertes liés aux réserves de change. François Villeroy de Galhau, gouverneur de la banque centrale, l’a signée au nom de l’institution. Le texte rattache les variations du prix de l’or à une réserve de réévaluation, un compte où s’accumulent les gains non encaissés : les hausses la gonflent, les baisses y puisent. Si cette réserve devient insuffisante, le Trésor public peut intervenir dans les cas que prévoit la convention.
Les 161 milliards d’euros gagnés depuis 2021 restent donc en réserve. Ils forment un matelas contre les chocs de marché : un recul des cours viendrait d’abord réduire cette réserve de réévaluation, et le Trésor n’interviendrait qu’au-delà. Tant que la banque centrale conserve ses lingots, ces gains restent latents, inscrits dans les comptes sans avoir été encaissés.
Les 129 tonnes de la Réserve fédérale
La Banque de France a pourtant choisi d’en encaisser une partie. Entre juillet 2025 et janvier 2026, elle a vendu les 129 tonnes de lingots français encore déposées à la Réserve fédérale de New York, la banque centrale américaine, soit environ 5 % du stock national. Elle a racheté en Europe une quantité équivalente d’or.
La banque centrale en a tiré une plus-value exceptionnelle de 12,8 milliards d’euros, dont 11 milliards comptabilisés en 2025 et 1,8 milliard en 2026. Ce gain pèse lourd dans ses comptes. La Banque de France a publié pour 2025 un bénéfice net de 8,1 milliards d’euros, après une perte de 7,7 milliards l’année précédente. Les 11 milliards de plus-value inscrits en 2025 dépassent à eux seuls ce bénéfice de 2,9 milliards.
En vendant au prix du jour, la Banque de France a converti une fraction de ses gains latents en résultat comptable. Les barres américaines n’ont jamais traversé l’Atlantique : la banque centrale les a cédées sur place, et seul leur équivalent a gagné Paris.
Un stock figé depuis 2009
À Paris, les nouvelles barres répondent aux normes internationales de négociation, les critères de poids et de pureté exigés pour qu’un lingot s’échange sur les marchés. François Villeroy de Galhau justifie leur conservation dans la capitale par leur négociation sur un marché européen, et assure que l’opération menée entre New York et Paris ne répondait à aucun motif politique.
En mars 2026, la Banque de France a indiqué que le volume global de la réserve était resté inchangé après cette modernisation. La France détient toujours environ 2 437 tonnes d’or fin, c’est-à-dire d’or pur. Ce tonnage n’a plus diminué depuis 2009. La banque centrale l’avait réduit entre 2005 et 2009, dans le cadre d’un programme de ventes coordonné entre banques centrales européennes ; son rapport annuel pour 2009 mentionne la cession de 56 tonnes cette année-là.
L’opération de New York n’a donc touché ni au poids du stock ni à sa politique de conservation. Elle a modifié deux paramètres : la qualité des barres et leur lieu de garde. La Banque de France tient désormais cette fraction de ses réserves aux normes du marché où elle se négocie, et à proximité de lui.
L’État, propriétaire sans droit d’instruction
Ce stock appartient à l’État. Par l’article L141-2 du code monétaire et financier, le législateur a confié à la Banque de France la détention et la gestion des réserves de change de l’État « en or et en devises », et prévu qu’elles figurent à l’actif de son bilan, du côté de ce qu’elle possède.
Le même article soumet cette gestion aux statuts du Système européen de banques centrales (SEBC), qui associe la Banque centrale européenne (BCE) et les banques centrales nationales de l’Union. Ces règles encadrent aussi bien les avoirs transférés à la BCE que ceux gérés à Paris. Le gouverneur et les sous-gouverneurs de la Banque de France ne peuvent, en vertu du même code, accepter aucune instruction du gouvernement dans l’exercice de ces missions.
L’État détient donc un actif dont il ne commande ni la vente ni l’emploi. La cession des lingots de New York a été décidée par la banque centrale, dans ce cadre européen.
À 27 mètres sous le siège parisien
La même banque centrale abrite une partie centrale des réserves françaises dans la « Souterraine », une salle forte située à 27 mètres sous son siège parisien. Elle y garde aussi des lingots confiés par des banques centrales étrangères et par des organisations internationales, pour lesquelles elle exerce une activité de conservation, la garde de biens pour le compte d’autrui. Ces institutions restent propriétaires de leur or.
La Banque de France ne publie pas le tonnage de ces dépôts étrangers et se borne à le qualifier de faible au regard des réserves françaises. Dans la Souterraine, un lingot peut ainsi appartenir à l’État français comme à une banque centrale étrangère.


