Forêts : le poids méconnu des propriétaires privés

1. La forêt française est privée à 75%. Particuliers, familles, entreprises, communes et État se partagent les arbres, les coupes et les replantations.

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Derrière les futaies que les Français traversent, le droit de propriété reste souvent hors de vue. Les arbres répondent à des décisions prises loin des sentiers. Des héritages, des mairies et l’État se partagent un patrimoine dont les usages dépassent chaque limite cadastrale.

La forêt française se répartit entre 75% de propriétés privées, 16% détenus par les collectivités territoriales et 9% appartenant à l’État. L’Institut national de l’information géographique et forestière estime que les forêts couvrent 17,6 millions d’hectares en France hexagonale et en Corse. Cette surface correspond à 32% du territoire étudié par l’inventaire forestier national publié en octobre 2025.

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Autrement dit, sur 100 hectares de forêt, 75 appartiennent à des personnes privées, particuliers, familles, entreprises ou groupements forestiers, 16 à des collectivités telles que les communes, et 9 à l’État. Le Centre national de la propriété forestière compte 3,5 millions de propriétaires privés pour 12,6 millions d’hectares. Ces données reposent sur un périmètre statistique différent de celui de l’inventaire forestier national ; elles donnent néanmoins la mesure du poids de la propriété privée.

Près de deux millions de propriétaires disposent de moins d’un hectare. Un hectare correspond approximativement à la surface d’un terrain de football réglementaire.

Une forêt souvent héritée

Une forêt privée peut appartenir à une personne, à plusieurs membres d’une même famille, à une société civile, à un groupement forestier, à une entreprise ou à une association. Ces statuts déterminent les personnes autorisées à vendre le terrain ou à décider de travaux.

Des successions ont divisé certains bois entre plusieurs héritiers. Une opération simple en apparence, vendre des arbres, ouvrir une piste ou replanter après une coupe, exige alors l’accord de plusieurs propriétaires, parfois établis dans des régions différentes.

Le Centre national de la propriété forestière conseille les détenteurs de forêts privées sur les documents de gestion, les coupes et les plantations. L’établissement public peut aussi les accompagner lorsqu’ils souhaitent gérer ensemble plusieurs petites parcelles.

Un rapport publié en juillet 2026 examine l’extension éventuelle du droit de préemption des Safer aux espaces boisés. Ses auteurs ont formulé six recommandations sur l’achat et le regroupement de petites parcelles forestières. Les Safer peuvent déjà acheter ou préempter des terres agricoles lors de certaines ventes afin de les réattribuer. Le rapport examine les conditions dans lesquelles ce pouvoir pourrait être étendu à certains bois privés.

L’État gère, les communes possèdent

L’État détient les forêts domaniales de Fontainebleau, Compiègne, Tronçais, Bercé et Rambouillet. L’Office national des forêts organise dans ces massifs les travaux forestiers, les coupes de bois et l’accueil des visiteurs pour le compte de l’État.

Les collectivités territoriales possèdent 16% de la forêt française. Les communes constituent la majorité de ces propriétaires publics, aux côtés de départements, de régions et d’établissements publics. 16 021 communes possèdent au moins une forêt. Dans le Jura, les Vosges et les Alpes, des maires et des conseils municipaux décident avec l’Office national des forêts des programmes de travaux et des ventes de bois dans leurs forêts.

L’Office national des forêts ne possède pas les forêts qu’il gère. L’établissement administre près de 11 millions d’hectares de forêts publiques appartenant à l’État ou aux collectivités, dans l’Hexagone et les départements d’outre-mer. Les 11 millions d’hectares gérés par l’Office national des forêts comprennent notamment de vastes espaces forestiers en Guyane. Ce total ne peut donc pas être comparé directement aux 17,6 millions d’hectares comptabilisés en France hexagonale et en Corse.

Une carte très inégale

En Occitanie, les forêts couvrent 2,8 millions d’hectares ; 80% des surfaces relèvent du privé et 20% du public. Ces chiffres reposent sur des données établies en octobre 2024.

Dans les Hauts-de-France, les forêts couvrent 520 460 hectares, dont environ 120 000 hectares publics. Les propriétaires privés détiennent donc environ 77% de la forêt régionale. Les communes possèdent de grands massifs dans plusieurs départements de l’Est. Le sapin, le hêtre et le chêne vendus dans ces bois peuvent financer une partie des budgets locaux.

Les tableaux régionaux ne portent pas tous sur la même année ni sur le même périmètre. Les proportions de forêts privées et publiques varient donc selon la source retenue.

Des décisions sous contrôle

Le Code forestier règle les coupes, les plantations et les travaux dans les bois. Des règles supplémentaires peuvent s’appliquer dans les sites protégés, à proximité d’espèces protégées ou dans les secteurs exposés aux incendies.

Dans certaines communes, les propriétaires doivent débroussailler autour des maisons et des routes. Les préfets fixent les secteurs concernés et les distances à respecter. Les forêts domaniales accueillent généralement les promeneurs sur des chemins balisés ou entretenus par l’Office national des forêts. Les communes peuvent ouvrir leurs propres bois au public. Une forêt privée reste une propriété privée, même lorsqu’elle n’est pas clôturée.

Un propriétaire peut vendre des arbres à une entreprise forestière, employer un professionnel ou replanter après une coupe. Les décisions dépendent du terrain, des règles locales et, lorsqu’il y en a plusieurs, de l’accord des autres propriétaires.

Le climat change les choix

La mortalité annuelle des arbres est passée de 7,4 millions de mètres cubes entre 2005 et 2013 à 16,7 millions entre 2015 et 2023. Le volume annuel d’arbres morts a donc augmenté de 125% en dix ans.

« Aujourd’hui dans la forêt française, un arbre sur vingt est mort », a déclaré Antoine Colin, coordinateur de l’Observatoire des forêts.

L’épicéa commun concentre 2,4 millions de mètres cubes de mortalité annuelle, le châtaignier 1,7 million et le frêne 1,6 million.

Les propriétaires privés détiennent les trois quarts des surfaces où se décident les coupes sanitaires, les replantations et le choix des essences. L’État et les collectivités agissent directement sur un quart des bois ; leurs aides et leurs règles concernent aussi les propriétaires privés, qui décident des travaux sur leurs parcelles.



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