Afficher le sommaire Masquer le sommaire
Où se trouvaient, ces derniers mois, deux pièces d’un chasseur F-35, et qui a pu les approcher ? Des commissions des deux chambres du Congrès américain réclament des réponses, tandis que le ministre australien de la défense, Richard Marles, assure que ces composants n’avaient rien de sensible. En 2023, le Government Accountability Office (GAO), l’organe de contrôle des comptes publics américain, avait pourtant recensé plus d’un million de pièces de rechange perdues, endommagées ou détruites chez un sous-traitant depuis 2018.
A LIRE AUSSI
Les États-Unis peuvent-ils vraiment désactiver à distance les armes vendues à leurs alliés ?
Donald Trump a accueilli Xi Jinping, mercredi 23 septembre, au pied de son avion, sur la base aérienne d’Andrews. Au moment où les deux dirigeants se retrouvaient à la Maison Blanche, le Pentagone cherchait à savoir si une technologie de son aviation de combat était tombée à la portée de son principal concurrent. La sénatrice démocrate Elissa Slotkin a relevé la contradiction auprès de l’agence Bloomberg, tout en précisant n’avoir reçu aucune information classifiée sur le dossier.
Tout commence fin mai, en Australie. Deux pièces d’un F-35, le chasseur furtif américain conçu pour échapper aux radars, doivent alors repartir vers les États-Unis : sa verrière, la coque transparente qui recouvre le cockpit, et une trappe de sa soute à armement, le compartiment qui abrite ses armes à l’intérieur du fuselage. L’appareil avait servi en Australie. Ses pièces doivent être examinées outre-Pacifique, puis réparées ou mises au rebut. Le transporteur américain UPS prend le colis en charge. Un fragment de l’un des avions les mieux protégés de l’arsenal américain traverse ainsi le Pacifique dans un envoi de messagerie.
Le trajet dévie en route. L’envoi fait escale en Corée du Sud, d’où il est réorienté vers Hong Kong. Ni UPS ni le Pentagone n’ont expliqué ce passage par la Corée du Sud, ni ce changement de destination. Or UPS acheminait des pièces militaires entre l’Australie et les États-Unis, deux pays alliés, et le colis a abouti sur le sol chinois : toute l’anomalie de l’affaire tient dans ce détour.
D’après des sources au fait de l’incident citées par Bloomberg, le gouvernement chinois s’est emparé des pièces et les conserve toujours, une détention que le Pentagone n’a pas confirmée. Des mois après l’expédition, Washington cherche encore à les récupérer.
Le site d’information Politico a été le premier à révéler l’incident, ainsi que les investigations ouvertes au Congrès. Bloomberg a ensuite identifié UPS comme transporteur.
Trois enquêtes et des mois d’errance
Ces investigations ne sont pas les seules. Le Pentagone admet un problème lié à un envoi de composants « inutilisables » et dit enquêter sur les faits. Canberra, de son côté, examine ce qui s’est produit sur le territoire australien. Au Congrès, des commissions de la Chambre des représentants et du Sénat réclament des explications.
Le Pentagone, Canberra et le Congrès enquêtent donc sur un même trajet, et aucun n’a encore établi où se trouvaient les pièces pendant ces mois. Cette première question en appelle une seconde, plus embarrassante pour Washington : qui a pu y accéder ? Chaque semaine passée hors du contrôle américain élargit le cercle de ceux qui ont pu les manipuler.
Australie, plaque tournante des pièces de rechange
Avant même d’arriver à Hong Kong, ces pièces avaient circulé dans un réseau où gouvernements, sous-traitants et transporteurs se transmettent les composants du F-35 sur une grande partie du globe. L’Australie y tient le rôle de centre de maintenance et de distribution pour l’Indo-Pacifique, la zone qui s’étend de l’océan Indien au Pacifique. À chaque passage de relais, un colis peut dévier.
Le GAO avait mesuré cette fragilité en 2023. Un sous-traitant y comptabilisait plus d’un million de pièces de rechange perdues, endommagées ou détruites depuis 2018, d’une valeur supérieure à 85 millions de dollars.
La même faille réapparaît en mai. Cette fois, les pièces égarées ont abouti chez le principal rival militaire des États-Unis.
Sous la verrière, un matériau absorbant les ondes radar
Sur la valeur de ces pièces, Richard Marles se veut rassurant : il a assuré mardi que, selon ses informations, les composants n’étaient pas sensibles. Deux sources au fait du dossier affirment pourtant que la verrière et la trappe comportaient un matériau absorbant les ondes radar, qui atténue l’écho renvoyé vers les capteurs adverses.
L’armée de l’air américaine (US Air Force) a décrit le procédé : la verrière intègre une fine couche transparente de ce matériau, si bien que le pilote voit au dehors sans que le cockpit offre au radar une surface aussi visible. La forme et le revêtement de la trappe de soute concourent eux aussi à la discrétion de l’appareil. Retirées du service, ces pièces gardent la trace de leur fabrication.
Un laboratoire qui les examinerait pourrait en analyser la composition, confronter des hypothèses sur la conception furtive du F-35, voire perfectionner des capteurs ou de futurs chasseurs. JJ Gertler, ancien analyste du Service de recherche du Congrès, l’organe d’expertise des parlementaires américains, résume leur intérêt : une pièce réelle sert à vérifier ce que d’autres méthodes ont déjà mis au jour.
De futurs chasseurs, Pékin en développe déjà, avec l’ambition de construire les avions de combat les plus puissants au monde. L’armée chinoise a déployé le J-20, son chasseur furtif. Ce programme, comme celui du J-35 destiné aux porte-avions, est distinct du F-35. En 2025, la marine chinoise annonçait que le J-35 avait décollé par catapulte électromagnétique, un dispositif qui propulse l’avion au décollage depuis le pont, avant d’apponter, c’est-à-dire de se poser, sur le porte-avions Fujian.


