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Dans le cadre de la préparation du budget 2027, le gouvernement a envisagé de réduire certaines dispositions de la loi pour le développement économique des Outre-mer (LODEOM). Entré en vigueur en 2009, le dispositif repose sur plusieurs mécanismes de soutien aux entreprises, à l’investissement productif et au logement. Il vise à dynamiser l’activité dans les Outre-mer en compensant les surcoûts liés à l’insularité et à l’éloignement, tout en soutenant l’emploi et la compétitivité des TPE et PME.
Le gouvernement renonce à retoucher la LODEOM
La LODEOM repose principalement sur des réductions ou exonérations de cotisations patronales, organisées autour de trois barèmes. Le premier, dit de « compétitivité », s’applique à toutes les entreprises de moins de 11 salariés, ainsi qu’à celles de secteurs jugés prioritaires : BTP, industrie, tourisme et restauration, agriculture et pêche, environnement ou énergies renouvelables. Dans ces secteurs, les entreprises de moins de 250 salariés réalisant moins de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires bénéficient d’un régime plus favorable, dit de « compétitivité renforcée ». Enfin, les start-up et sociétés innovantes profitent d’un barème spécifique, dit « innovation / croissance ».
Le dispositif cible ainsi à la fois les TPE et les secteurs considérés comme stratégiques pour le développement. Les élus ultramarins estiment que son affaiblissement fragiliserait le tissu économique et productif local, et pèserait sur le niveau de vie des populations. Leur mobilisation, soutenue par les entreprises locales, ont conduit l’exécutif à renoncer à ces économies. Fin juillet 2026, Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer, a annoncé le maintien du dispositif pour 2027.
Les élus de Mayotte ont particulièrement porté cette mobilisation transpartisane. Jusqu’ici exclu de la LODEOM et couvert par le CICE, le département bénéficie de ses dispositions depuis le 1er juillet 2026. Mayotte a ainsi rejoint la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et La Réunion.
Éloignement, coûts élevés : un cercle vicieux
Dans les cinq DROM, l’économie reste pénalisée par l’éloignement et, pour quatre d’entre eux, par l’insularité. Tout produit qui n’est pas élaboré localement doit être importé, souvent à un coût élevé. La plupart des entreprises ultramarines doivent ainsi composer avec des coûts d’approvisionnement supérieurs à ceux de l’Hexagone, qu’elles répercutent en partie dans leurs prix de vente. Même les entreprises dont tous les fournisseurs sont locaux subissent ces surcoûts : les produits locaux sont donc eux aussi souvent plus chers que dans l’Hexagone. Les marchés sont également étroits, ce qui limite les économies d’échelle.
Ces contraintes économiques se retrouvent également dans les salaires, qui sont, dans les DROM, inférieurs de 9,8 % à 17,1 % à la moyenne nationale. Les prix y sont, en revanche, supérieurs de 9 % à 16 % : l’écart atteint 37 % à 42 % pour l’alimentation. Le chômage est également 1,6 à 2,5 fois plus élevé qu’en métropole, avec des taux de pauvreté nettement supérieurs.
La LODEOM contribue certes à réduire certains surcoûts et à soutenir l’économie locale ; elle a permis d’éviter que les inégalités ne se creusent davantage. Mais le niveau d’activité reste nettement insuffisant pour réduire durablement les écarts de revenus et de niveau de vie.
« Si les marchés s’élargissent » : agir sur les causes de la vie chère
Dans un entretien à L’Écho austral, Hervé Mariton, président de la Fédération des entreprises d’Outremer (Fedom), fait un constat similaire. « La vie chère, c’est le pouvoir d’achat, donc la relation entre l’ensemble des revenus et le prix des biens et des services. Or, les prix traduisent très largement des réalités structurelles : des marchés de petite taille, éloignés, isolés. À cela s’ajoutent un chômage élevé, une économie informelle importante et un niveau d’activité insuffisant ».
Il estime que le projet de loi contre la vie chère dans les Outre-mer se concentre trop sur la question des prix et les réponses réglementaires. « La première réponse, c’est de développer l’activité et l’emploi. Si les marchés s’élargissent, si l’isolement recule, si les contraintes logistiques diminuent, alors les prix peuvent bouger. À l’inverse, si l’on ajoute seulement des règles, on ne traite pas les causes profondes du problème », affirme le président de la Fedom. L’examen du projet de loi à l’Assemblée nationale n’étant toujours pas programmé, son adoption apparaît incertaine.
Cette analyse rejoint des demandes récurrentes des représentants des Outre-mer : réduire les écarts de développement et d’activité par des réformes structurelles et un engagement durable de l’État, y compris financier. Présenté en juin 2026, un rapport parlementaire du Sénat sur les « inégalités systémiques» dans les Outre-mer préconise lui aussi cette orientation et propose une loi d’orientation couvrant la période 2028-2041. L’avenir de cette proposition dépendra en partie des prochaines élections présidentielles, mais aussi de la capacité des pouvoirs publics à faire évoluer leur stratégie : l’État français est-il prêt à inscrire dans la durée une politique de développement économique ambitieuse pour ces territoires ?


