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Nouvel échec dans la négociation salariale de la pharmacie d’officine. Le 15 septembre, les organisations patronales et les syndicats de salariés de la branche, l’ensemble des pharmacies couvertes par une même convention collective, se sont séparés sans accord, selon la Fédération nationale Force ouvrière (FO) des métiers de la pharmacie. D’après le compte rendu du syndicat, que les deux organisations d’employeurs n’ont pas confirmé publiquement depuis la réunion, l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) n’a avancé aucune revalorisation, et la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) s’en est tenue à une hausse de 0,5 %.
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« Totalement déconnectées de la réalité vécue par les salariés de l’officine » : ainsi FO qualifie-t-elle ces offres, elle qui réclame une augmentation plus forte de la grille conventionnelle, le barème annexé à la convention collective qui classe chaque emploi à un coefficient et attache à chacun un salaire minimum mensuel.
Ces offres visent une grille déjà dépassée par le Smic. Depuis le 1er juin, les minima de dix coefficients sont inférieurs au salaire minimum légal, fixé à 1 867,02 euros brut par mois pour 35 heures. Les coefficients 100, 115, 125, 130, 135, 140, 145, 150, 155 et 160 sont concernés, soit les dix premiers échelons de la classification.
Ce dépassement avait conduit FO à obtenir, le 6 juillet, la convocation extraordinaire de la commission paritaire permanente de négociation et d’interprétation (CPPNI), l’instance où employeurs et salariés de la branche négocient. La presse professionnelle avait alors rapporté l’absence d’accord et la poursuite des discussions, jusqu’à la réunion de septembre.
Deux mois et demi après ce premier échec, les écarts restent intacts. Au coefficient 160, le minimum conventionnel s’établit à 1 865,67 euros, 1,35 euro sous le Smic. Il descend à 1 862,20 euros au coefficient 155, puis à 1 858,73 euros au coefficient 150, 8,29 euros en dessous. Tout en bas, les signataires de l’accord de janvier ont garanti 1 824 euros au coefficient 100 : il manque à ce premier niveau 43,02 euros pour rejoindre le Smic.
Rapportée à ces montants, l’offre de la FSPF, telle que FO la décrit, laisse l’essentiel du retard en place. Même appliqués à la totalité du salaire minimum, 0,5 % ajouteraient 9,12 euros par mois au coefficient 100, près de cinq fois moins que l’écart à combler. L’USPO, en n’accordant rien, laisserait les dix coefficients sous le minimum légal jusqu’à la prochaine hausse de celui-ci.
Au-dessus, la marge se compte en centimes. Au coefficient 165, onzième niveau de la grille, le minimum atteint 1 869,14 euros, soit 2,12 euros de plus que le Smic. Pour comprendre comment dix niveaux sont passés sous cette barre en quelques mois, il faut revenir à janvier.
L’accord de janvier, effacé en quarante-cinq jours
Le dernier accord salarial de la branche date du 19 janvier 2026. La FSPF, l’USPO et plusieurs syndicats de salariés, dont FO, y ont relevé de 1,2 % la valeur du point conventionnel, le montant en euros qui sert à calculer les minima, portée de 5,215 à 5,278 euros. Le Smic valait alors 1 823,03 euros : les 1 824 euros garantis au coefficient 100 ne le dépassaient que de 97 centimes.
Encore fallait-il que ce texte s’applique. Le ministère du travail n’a publié son arrêté d’extension, l’acte qui rend un accord obligatoire pour toutes les entreprises d’une branche, qu’au Journal officiel du 17 avril, sans effet rétroactif. Trois mois ont donc séparé la signature de l’application.
Quarante-cinq jours ont suffi ensuite. Le 1er juin, le gouvernement a relevé le Smic de 2,41 %, de 12,02 à 12,31 euros brut de l’heure, soit de 1 823,03 à 1 867,02 euros par mois, au titre de la revalorisation automatique que la loi impose dès que les prix payés par les 20 % de ménages les plus modestes progressent d’au moins 2 % depuis le relèvement précédent. Sur cette période, le salaire minimum a progressé deux fois plus que le point conventionnel : 2,41 % contre 1,2 %.
Ce décrochage n’est pas le premier de l’année. Le 1er janvier 2026, la hausse de 1,18 % du Smic avait déjà rattrapé les quatre premiers coefficients, du 100 au 130. L’accord de janvier avait rétabli une progression dans le bas de la grille, avant que la revalorisation de juin ne fasse passer dix minima sous le minimum légal. Deux fois en six mois, le Smic a ainsi dépassé les premiers échelons de la branche.
Du coefficient 100 au 160, un seul plancher
Aucun salarié de l’officine n’est pour autant payé sous le Smic. Le code du travail l’interdit : quand le salaire horaire inscrit au contrat tombe sous le minimum légal, l’employeur verse un complément pour l’y porter. La grille fixe en outre des minima, et chaque pharmacien titulaire, le propriétaire de l’officine, reste libre d’inscrire au contrat une rémunération supérieure.
Pour les salariés payés au minimum applicable, le rattrapage efface en revanche les dix premiers échelons. Un salarié classé au coefficient 100 et un collègue classé au coefficient 160 perçoivent alors le même salaire de base, 1 867,02 euros brut. Les négociateurs de la branche avaient pourtant échelonné ces dix niveaux pour rémunérer une qualification, une expérience ou des responsabilités croissantes.
Le Smic, en montant, n’entraîne pas les coefficients situés au-dessus de lui. Chaque revalorisation du minimum légal absorbe donc de nouveaux niveaux et rapproche d’autant le bas de la grille de ses échelons intermédiaires. Les employeurs qui versent le Smic restent en règle, et la convention cesse de payer la progression sur ses dix premiers niveaux.
Jusqu’où le Smic peut-il encore remonter dans la grille ?
Seize coefficients dans le viseur, horizon janvier 2027
FO redoute une nouvelle hausse du salaire minimum. Après les dix coefficients déjà rattrapés viennent le 165, le 170, le 175, le 190, le 200 et le 220. Au coefficient 220, seizième niveau de la grille, le minimum s’élève à 1 907,34 euros, soit 40,32 euros au-dessus du Smic. À grille inchangée, une hausse du Smic d’environ 2,16 % suffirait à l’atteindre, et à placer seize niveaux sous le minimum légal.
Un nouveau déclenchement automatique d’ici à la fin de l’année n’est pas acquis. L’indice des prix hors tabac retenu pour ce calcul, celui des ménages du premier quintile de niveau de vie, valait 102,40 en avril, niveau qui a déclenché la hausse du 1er juin, et 103,47 en août. Sa progression, d’environ 1,05 %, atteint à peine la moitié du seuil de 2 %.
L’inflation générale a pourtant accéléré, à 2,4 % sur un an en août après 2,1 % en juillet, portée par les prix de l’énergie. La loi ne retient toutefois que l’indice des ménages modestes pour une hausse en cours d’année, si bien que la poussée de l’été laisse pour l’instant le Smic à son niveau de juin.
Faute de revalorisation anticipée, le gouvernement réexaminera le salaire minimum au 1er janvier 2027, dans le cadre de son mécanisme annuel. Cette échéance tombe moins de six semaines après la prochaine réunion de la CPPNI, fixée au 23 novembre selon FO, date que ni la FSPF ni l’USPO n’ont confirmée publiquement. Les négociateurs de la branche discuteront donc de la grille sans connaître le montant du Smic qui s’appliquera au 1er janvier.
Préparateurs : une marge de 134 euros
Le scénario des seize niveaux épargne les préparateurs et techniciens en pharmacie, les salariés diplômés qui délivrent les médicaments au comptoir sous le contrôle du pharmacien. Depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle classification des emplois, en novembre 2025, leur coefficient d’entrée s’établit à 250. Les négociateurs de cette réforme l’avaient relevé de 240 à 250 pour mieux reconnaître le diplôme et ouvrir des perspectives de carrière.
Ce coefficient 250 occupe le vingtième rang de la grille. Entre le 220 et lui s’intercalent le 225 (1 910,81 euros), le 230 (1 914,29 euros) et le 240 (1 921,23 euros). Son minimum atteint 2 001,29 euros brut par mois, 134,27 euros au-dessus du Smic, soit environ 7,2 %. À grille inchangée, le salaire minimum devrait rattraper vingt coefficients avant de toucher le premier salaire de préparateur.
Les 80,06 euros qui séparent le coefficient 240 du 250 portent la trace de la réforme. Sous ce seuil, neuf niveaux, du 165 au 240, se tiennent entre 2,12 et 54,21 euros au-dessus du Smic. Pour FO, ce tassement fragilise l’ensemble de la hiérarchie salariale : plus le Smic remonte dans la grille, plus il rapproche les emplois non diplômés des premières qualifications professionnelles.
Officines moins rentables, équipes plus sollicitées
Ni la FSPF ni l’USPO n’ont exposé publiquement les raisons de leurs offres. Les difficultés économiques des officines sont en revanche documentées, et FO ne les conteste pas. « Nous entendons régulièrement que l’économie de l’officine est plus difficile qu’elle ne l’a été par le passé. Nous ne le nions pas », admet la fédération.
Deux inspections de l’État ont mesuré ces difficultés. L’Inspection générale des finances (IGF) et l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) ont établi, dans un rapport daté de janvier 2026 et rendu public au printemps, que l’excédent brut d’exploitation des officines, ce qui leur reste une fois payés les achats, les salaires et les charges courantes, a reculé de 11 % entre 2013 et 2023. Rapporté au chiffre d’affaires, il a perdu trois points sur la période. Les deux inspections relèvent une dégradation plus marquée dans les petites officines et en zone rurale.
FO refuse pour autant que les salariés servent de variable d’ajustement. Le syndicat invoque les nouvelles missions confiées aux pharmacies, la vaccination, le dépistage, la prévention, le suivi des traitements et l’accompagnement des patients, auxquelles les équipes prennent une part croissante. Il tient un salarié qualifié et expérimenté, engagé dans ces missions et dans le fonctionnement quotidien de l’officine, pour une ressource de l’entreprise.
Ces missions pèsent encore peu dans les comptes. Dans un rapport publié en mai 2025, la Cour des comptes chiffrait leur rémunération à 277 millions d’euros en 2023, soit 4 % des revenus des pharmacies, dont environ les trois quarts restaient liés aux quantités de médicaments vendues. FO plaide donc au nom d’un travail que les équipes accomplissent déjà, dans une économie où la boîte de médicaments assure toujours l’essentiel des recettes.
Cartes postales et rendez-vous du 23 novembre
Ce plaidoyer, FO l’a porté avant le 15 septembre par la carte postale. Le syndicat invitait les salariés, adhérents ou non, à en adresser une à la FSPF et une autre à l’USPO avant le 11 septembre, pour réclamer une revalorisation plus forte de la grille. Plusieurs milliers de salariés y auraient répondu, selon le seul décompte de FO.
Après l’échec de la réunion, la fédération a mis en circulation une nouvelle carte. « Nous n’avons pas été entendus aujourd’hui. Cela ne signifie pas que nous devons nous taire demain », prévient-elle, en vue de la réunion du 23 novembre qu’elle annonce.
Les négociateurs y reprendront le dossier dans un secteur qui peine à recruter. En 2024, l’Observatoire des métiers dans les professions libérales (OMPL) estimait, à partir de l’enquête Besoins en main-d’œuvre de 2023, le recensement annuel des intentions d’embauche des employeurs, que plus de 80 % des projets de recrutement de pharmaciens salariés et de préparateurs se heurtaient à des difficultés. Pour les seuls pharmaciens adjoints, les pharmaciens diplômés salariés d’un titulaire, 88 % des 8 130 projets recensés étaient jugés difficiles. L’étude citait parmi les causes les conditions de travail, la fidélisation et des salaires peu compétitifs face à d’autres employeurs. Ces chiffres décrivent l’année 2023 : l’enquête 2026 de France Travail constate un recul général des difficultés, à 43,8 % des projets contre 50,1 % en 2025, sans isoler la pharmacie d’officine.
Le 23 novembre, le pourcentage de hausse ne réglera pas seul la question. Relever les seuls minima tombés sous le Smic ne rapporterait rien aux salariés déjà payés au minimum légal, dont le salaire resterait fixé à 1 867,02 euros. Pour que la qualification se traduise de nouveau en salaire, les négociateurs devront rouvrir des écarts entre les dix premiers coefficients, là où le minimum va aujourd’hui de 1 824 euros au coefficient 100 à 1 865,67 euros au coefficient 160, sous un même Smic.


