Licence portail santé : ce qui attend les lycéens, du vœu sur Parcoursup à la deuxième année

Parcoursup, blocs santé et disciplinaire, classement, redoublement : tout ce que les lycéens doivent savoir sur la licence portail santé.

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Les bacheliers de 2027 seront les premiers à entrer en études de santé par une voie unique, la « licence portail santé ». Ils n’auront plus à choisir entre deux portes d’entrée qui menaient à des chances très inégales : parmi les inscrits de 2022, 47,5 % des étudiants de la principale ont intégré une filière de santé, contre 25,7 % dans l’autre. Les doyens des facultés de santé, qui réclamaient cette voie unique, ont demandé dans Le Monde son report à 2028. Le gouvernement a maintenu la rentrée 2027.

Le décret est paru au Journal officiel le 24 octobre. Signé par les ministres de l’enseignement supérieur, Philippe Baptiste, et de la santé, Stéphanie Rist, il supprime à la rentrée 2027 le parcours d’accès spécifique santé (PASS), une année presque entièrement consacrée à la santé, et les licences « accès santé » (LAS), des licences classiques assorties d’une option santé. Ces deux voies donnaient accès depuis 2020 aux études de médecine, de pharmacie, d’odontologie et de maïeutique (sage-femme). Le décret les remplace par une « licence portail santé » et fixe, de l’inscription à la candidature en deuxième année, le parcours de tout lycéen qui vise une profession médicale.

Ce parcours commence sur Parcoursup, la plateforme nationale d’admission dans l’enseignement supérieur. Le lycéen n’y formulera plus qu’« un seul vœu en licence portail santé », ont annoncé les deux ministres le 24 octobre, assorti d’un ou plusieurs sous-vœux correspondant à la discipline qu’il étudiera en parallèle. Il ne pourra s’inscrire qu’une fois en première année, précise le décret, sauf s’il a renoncé à une première inscription ou si des circonstances exceptionnelles ont affecté sa scolarité.

Une fois inscrit, l’étudiant suit une première année de 60 crédits ECTS, l’unité européenne qui mesure le travail validé à l’université. Le décret les répartit en trois blocs. Le bloc santé pèse de 24 à 30 crédits. Le bloc disciplinaire, de 24 à 30 crédits également, s’adosse à une licence d’une autre discipline, dont un arrêté fixera la liste. Un bloc transversal complète l’ensemble.

L’université de Bordeaux a déjà dévoilé sa version. Elle consacrera 30 crédits à la santé (sciences de la santé, biologie, sciences fondamentales, éthique et santé publique), 24 à une discipline choisie parmi les sciences et technologies, le droit, l’économie-gestion, la psychologie et les STAPS, la filière du sport, et 6 crédits aux enseignements transversaux, dont une langue vivante.

Ce dosage change la nature de l’année. En LAS, la santé n’occupait qu’une option de 10 à 12 crédits, selon la Conférence des doyens de médecine. La licence portail santé en double au moins la part, sans atteindre le PASS, dont les cours portaient presque entièrement sur la santé.

À l’issue de cette année, l’étudiant dispose de deux candidatures en deuxième année de médecine, de pharmacie, d’odontologie ou de maïeutique : la première en fin de première année de licence, la seconde en fin de deuxième année. Cette double chance existait déjà dans le système actuel. Ce sont les règles du classement qui changent.

Le bloc santé, arbitre du classement

Le décret organise ce classement en deux temps. Chaque université classe d’abord ses étudiants au sein de leur parcours, sur l’ensemble des notes obtenues dans les trois blocs. Elle départage ensuite les candidats d’une même tranche de niveau par leurs seules notes du bloc santé, selon le détail publié par le magazine L’Étudiant.

En avril, le gouvernement avait aussi annoncé qu’il faudrait valider les blocs santé et disciplinaire avec au moins 10 sur 20 chacun. Le ministère n’a pas encore publié l’arrêté qui doit confirmer ce seuil.

Ces règles modifient la manière de préparer l’année. Dans le système actuel, les épreuves de fin de semestre et des oraux, contestés par les étudiants, pèsent lourd dans les admissions. Avec la licence portail santé, l’étudiant devra tenir la distance sur l’année entière dans deux disciplines, puis l’emporter en santé face aux candidats de même niveau.

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Le retour du redoublement

Le PASS l’interdisait depuis 2020 : l’étudiant qui échouait devait se réorienter, souvent vers une LAS. La licence portail santé autorise de nouveau le redoublement de la première année, une seule fois, à condition d’avoir validé un nombre minimal de crédits qu’un texte réglementaire fixera.

Ce choix revient sur un point que la Cour des comptes jugeait positif. En décembre 2024, l’institution recommandait la voie unique tout en souhaitant conserver l’impossibilité de redoubler la première année, selon la Banque des territoires. Le gouvernement a suivi la première recommandation et écarté la seconde.

Le ministère, qui n’a pas encore publié le seuil de crédits exigé, décidera ainsi de la portée réelle de cette seconde chance et du nombre d’étudiants qui pourront y prétendre.

Bacheliers 2027, première promotion

Les lycéens de terminale de cette année, qui passeront le baccalauréat en juin 2027, formeront la première promotion. Ils formuleront leurs vœux lors de la prochaine campagne Parcoursup.

Les étudiants entrés en PASS ou en LAS en 2025 et en 2026 achèvent leur parcours sous les anciennes règles, jusqu’à la fin de l’année universitaire 2028-2029. La kinésithérapie, elle, reste à l’écart : le décret ne vise que la médecine, la pharmacie, l’odontologie et la maïeutique, et le communiqué des ministres renvoie l’intégration des futurs kinésithérapeutes à plus tard, sans calendrier.

PASS contre LAS

Ces étudiants de l’ancien système sont les derniers à connaître la double porte d’entrée que le gouvernement abandonne. Il promet à la place un modèle « plus lisible, plus juste et plus humain ».

Le service statistique du ministère de l’enseignement supérieur (SIES) a mesuré l’écart entre les deux voies dans une note publiée le 27 novembre 2025. Parmi les bacheliers inscrits en 2022, 47,5 % des étudiants de PASS ont intégré une filière de santé en un ou deux ans, contre 25,7 % de ceux de LAS. Les étudiants de PASS représentaient 63 % des inscrits et près de 80 % des admis. Une fois en deuxième année, ils redoublent moins souvent : 4,5 %, contre 8,5 % pour les anciens de LAS.

La Cour des comptes avait tiré la conclusion de ces écarts en décembre 2024. Elle jugeait la coexistence des deux parcours « source de complexité et globalement inefficace » et recommandait de l’abandonner.

La LAS devait diversifier le profil des futurs soignants en ouvrant les études de santé à des étudiants venus du droit, de l’économie ou des sciences humaines. Ses étudiants ont réussi près de deux fois moins souvent. En supprimant ce choix, le gouvernement retire aux lycéens une décision d’orientation qui pesait sur leurs chances dès la sortie du lycée.

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L’appel des doyens pour 2028

La veille de la publication du décret, le 23 octobre, les présidents des conférences des doyens de médecine, de pharmacie, d’odontologie et de maïeutique ont demandé dans une tribune au Monde le report de la réforme à la rentrée 2028. Ils y dénoncent « une impréparation opérationnelle inquiétante ».

La Conférence des doyens de médecine avait chiffré l’effort dès l’été. La réforme concerne 50 000 étudiants, et le doublement au moins des enseignements de santé exige davantage d’enseignants pour les cours magistraux, les travaux dirigés et les travaux pratiques. Sa présidente, la Pr Isabelle Laffont, prévenait que, sans moyens supplémentaires, la qualité de l’enseignement risquait de baisser.

Ces mêmes doyens réclamaient la voie unique, comme la Cour des comptes en 2024 ; leur tribune porte sur la date et les moyens. Le gouvernement n’a pas cédé, et le décret fixe l’entrée en vigueur à la rentrée 2027.

Les doyens redoutent des écarts entre établissements, toutes les facultés n’ayant ni les mêmes budgets, ni les mêmes locaux, ni le même nombre d’enseignants. Pour un lycéen, l’université choisie pourrait ainsi peser sur la qualité de sa première année.

Dans les départements sans faculté

Le choix de l’université se pose d’abord en termes de distance. Le 17 avril, Philippe Baptiste soulignait que 22 départements restaient dépourvus de toute première année de santé, malgré trois antennes ouvertes en septembre 2026. Selon un rapport des fédérations d’étudiants en santé publié en 2024, 61 % des universités disposent d’antennes ou de sites délocalisés, contre 28 % au temps de la PACES, la première année commune qui a précédé le PASS.

Ces antennes devront assurer à leur tour un bloc santé élargi. Pour accueillir des étudiants en licence portail santé, une université sans faculté de santé devra signer une convention avec une université qui en possède une, impose le décret.



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