Étudiants en médecine : la bataille des stages commence

Plus d’étudiants en médecine, c’est plus d’internes à placer en stage. La Cour des comptes chiffre l’enjeu et pointe la répartition territoriale des stages.

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La Cour des comptes, la juridiction chargée de contrôler l’emploi des fonds publics, a fait ses comptes sur l’internat. Son rapport publié le 14 octobre porte sur le troisième cycle des études médicales, celui au cours duquel les futurs médecins exercent sous la supervision de praticiens confirmés. La Cour y projette un passage d’environ 39 000 internes en 2025 à plus de 50 000 en 2033. Plus de 11 000 internes supplémentaires devront ainsi trouver une place dans les hôpitaux et les cabinets en huit ans.

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Six jours plus tard, le ministère de la santé et celui de l’enseignement supérieur ont publié au Journal officiel un arrêté qui fixe à 61 230 le nombre minimal de médecins à former entre 2026 et 2030. Signé le 16 octobre et paru le 20, le texte succède à celui du 13 septembre 2021, qui retenait une cible de 51 505 médecins. Les deux ministères en ajoutent 9 725, soit 18,9 % de plus que l’ancienne cible. Le calcul rapproche un ancien objectif et un nouveau minimum : il ne mesure aucune hausse des admissions déjà constatée.

Le texte change aussi de nature. En 2021, les ministères avaient encadré leur cible nationale d’une borne minimale et d’une borne maximale. En 2026, ils ne fixent plus que des seuils minimaux, sans limite nationale supérieure.

Les deux documents se répondent à six jours d’intervalle. Au moment où la Cour chiffre l’afflux attendu dans les services hospitaliers, les ministères relèvent le nombre d’étudiants à former en amont et retirent le plafond qui bornait leur objectif. La Cour a rendu sa projection avant la parution de l’arrêté, si bien que ses 50 000 internes ne tiennent pas nécessairement compte du nouveau minimum.

Chaque étudiant supplémentaire admis en médecine devient, quelques années plus tard, un interne supplémentaire à placer dans un service. Les 9 725 étudiants ajoutés par l’arrêté atteindront donc l’internat dans les années que couvre la projection de la Cour, et chacun d’eux aura besoin d’un terrain de stage et d’un praticien pour l’encadrer.

Des amphithéâtres aux services hospitaliers

Ce besoin naît bien avant l’internat, car les amphithéâtres ne sont que le premier maillon. Les ministères ont rattaché les objectifs du 16 octobre aux admissions en première année du deuxième cycle, la quatrième année d’études, qui ouvre trois années de stages hospitaliers menés en parallèle des cours. Selon l’Onisep, l’office public d’information sur les formations, le cursus complet dure dix ans pour la médecine générale et de dix à douze ans pour les autres spécialités (fiche publiée le 5 octobre 2026).

Ce calendrier situe l’arrivée de la vague. Les étudiants admis en quatrième année en 2026 commenceront leur internat à la rentrée 2029, ceux de 2030 à la rentrée 2033, l’horizon retenu par la Cour.

La suppression du plafond n’ouvre pas les facultés à tous. Les universités organisent toujours les admissions, et la répartition locale des objectifs doit, selon l’arrêté, tenir compte des besoins sanitaires comme des capacités de formation. Ces capacités se mesurent en enseignements pratiques, en stages et en supervision clinique.

Pour la Cour, chaque interne doit obtenir un stage adapté à sa spécialité et un encadrement qui lui donne les compétences exigées par le diplôme. Les internes soignent déjà, avec une autonomie qui grandit d’année en année, mais toujours sous le contrôle d’un praticien. La limite que les ministères ont retirée de l’arrêté se reporte ainsi sur les services hospitaliers et sur les maîtres de stage, ces praticiens qui accueillent des internes dans leur service ou leur cabinet. Le nombre de terrains de stage et d’encadrants fixera, en pratique, le nombre de médecins formés.

2,7 milliards d’euros pour le troisième cycle

Ces encadrants ont un coût. La Cour évalue à 2 683,6 millions d’euros les dépenses du troisième cycle en 2024, une estimation qu’elle présente comme un plancher.

Les magistrats y comptent les rémunérations des internes et celles des docteurs juniors, le statut de la dernière phase de l’internat, ainsi que les salaires des enseignants et les honoraires pédagogiques des maîtres de stage. Ils en excluent une partie des dépenses administratives, de fonctionnement et d’investissement. Les internes payés sur ces crédits participent aux soins, si bien qu’une part de la somme rémunère du travail clinique.

Pour 2033, la Cour anticipe un surcoût annuel de l’ordre de 700 millions à 1 milliard d’euros, une projection qui porte sur l’ensemble des transformations attendues du troisième cycle et dépasse l’effet du seul arrêté. Rapporté à la dépense de 2024, ce surcoût représente une hausse d’un quart à plus d’un tiers, calculée sur une base que la Cour juge elle-même minorée. Le Parlement n’a voté aucune enveloppe correspondante.

La condition posée par la Cour devient ainsi budgétaire. Chaque terrain de stage ouvert suppose un encadrant rémunéré, et chaque interne supplémentaire un salaire.

Stages hors des CHU, le levier des magistrats

Reste à savoir où ces stages seront ouverts. La Cour voit dans la hausse des effectifs l’occasion de répartir la formation au-delà des grands centres hospitaliers universitaires (CHU) et de rapprocher les stages des besoins de santé. Les magistrats recommandent d’agir en même temps sur tous les leviers d’une meilleure répartition des internes, et de penser ensemble l’ouverture de places et l’organisation territoriale de la formation.

Cette recommandation se heurte à la carte dessinée par l’arrêté du 16 octobre. Les ministères y ont réparti leurs objectifs université par université : les facultés franciliennes devront former 11 555 médecins, près d’un cinquième du total, devant l’Auvergne-Rhône-Alpes (9 060) et la Provence-Alpes-Côte d’Azur (4 610), selon l’annexe I du texte, détaillée par le site d’information médicale Egora le 20 octobre. Les universités qui n’assurent pas le deuxième cycle confient leurs objectifs à des établissements partenaires, par convention.

Ces trois régions concentrent 41 % de l’objectif national. Les objectifs suivent ainsi la carte des grandes régions universitaires, au moment où la Cour demande d’éloigner les stages des grands centres. L’arrêté n’attache en outre aux objectifs régionaux aucune obligation d’installation. Dans le dispositif décrit par l’arrêté et par la Cour, le stage est le seul moment où la formation rencontre les territoires qui manquent de soignants, et le choix des services et des cabinets où universités et hôpitaux ouvriront les nouveaux terrains déterminera ce que ces territoires retireront de la hausse.
Ce choix interviendra tôt : les premiers internes issus du nouvel arrêté arriveront dans les services dès 2029.



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