Études de médecine : la prépa privée, interdite aux étudiants modestes

La prépa privée de médecine écarte par son prix les étudiants les moins aisés. Combien y renoncent ? Ni le ministère ni la Drees ne le savent.

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Une année de prépa privée pour la première année de médecine coûte en moyenne 4 700 euros. Le tutorat, la préparation organisée par les étudiants de deuxième et troisième année, revient à 12,29 euros, et il est entièrement gratuit dans plus d’un cas sur deux. L’écart va de un à 382, selon le rapport « Tutorat 2026 » publié le 24 juin 2026 par les cinq fédérations d’étudiants des filières de santé.

La prépa reste donc une dépense que seules certaines familles peuvent assumer. Avec elle, une rentrée en PASS, la principale voie d’accès aux études de médecine, coûte en moyenne 9 597 euros en 2026, selon l’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf). Trois candidats sur cinq échouent pourtant à entrer en deuxième année.

Ce que ces familles achètent reste incertain. La seule étude qui tient compte de l’origine sociale des étudiants, rendue publique en mai 2025, ne retrouve presque aucun bénéfice aux prépas une fois cette origine neutralisée. Si elle dit vrai, l’avantage des élèves de prépa tient d’abord au milieu dont ils viennent. Le privilège se lit dans la facture plus que dans les résultats.

4 700 euros d’un côté, 12 euros de l’autre

Une prépa privée coûte en moyenne 4 700 euros par an, selon le rapport des fédérations étudiantes. Des tarifs qui flirtent avec les 10 000 euros à Paris ! Le tutorat, lui, revient en moyenne à 12,29 euros, et 54 % des tutorats ne coûtent rien.

Les tarifs affichés rendent l’écart concret. Le tutorat de l’université Paris Cité réclame 8 euros à un étudiant de PASS. Une prépa de Tours annonce 4 600 euros tout compris, stage de prérentrée et concours blancs inclus, selon les comparatifs publiés par des sites d’orientation.

Pour une famille, la prépa représente à elle seule environ la moitié du coût d’une rentrée en PASS, chiffré par l’Anemf à 9 597 euros, en hausse de 1,76 % sur un an. En LAS, la licence classique assortie d’une option santé, la rentrée coûte 7 627 euros, en hausse de 11 %. L’Anemf combat ouvertement le recours aux prépas privées, qu’elle tient pour l’un des moteurs de la hausse du coût des études.

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Un avantage qui tient à l’origine sociale

L’étude de mai 2025, reprise par le site professionnel Egora, compare la réussite des étudiants de première année en tenant compte du revenu de leurs parents, de leur mention au baccalauréat et de leur niveau scolaire de départ. Une fois ces écarts neutralisés, le bénéfice des prépas privées devient « marginal voire nul », selon la présentation qu’en a faite Egora.

Les seuls chiffres favorables aux prépas ignorent ce facteur. Le site Hippocast, qui conseille les candidats aux études de santé, a interrogé ses lecteurs : ceux qui avaient suivi une prépa déclaraient un taux de réussite de 59 %, contre 44 % pour les autres, et 62 % pour ceux qui combinaient prépa et tutorat. L’échantillon compte quelques centaines de répondants volontaires, et l’enquête ne tient compte ni de leur niveau de départ ni de leur milieu social. L’écart qu’elle mesure peut donc refléter le profil des étudiants qui se paient une prépa plutôt que l’effet de la prépa elle-même.

La médecine, une filière d’enfants de cadres

Les derniers chiffres solides sur l’origine sociale des étudiants en médecine datent de plus de dix ans. La Drees, le service statistique du ministère de la santé, relevait alors qu’environ quatre étudiants de première année sur dix étaient enfants de cadres, et qu’un enfant de cadre avait 2,5 fois plus de chances qu’un enfant d’ouvrier d’entrer en médecine.

L’étude de 2025 suggère que la différence se fait avant la prépa. Une fois pris en compte le revenu des parents, la mention au bac et le niveau de départ, la prépa n’ajoute presque rien. Elle accompagne un avantage déjà acquis, sans qu’aucune donnée permette d’établir qu’elle le creuse.

Des résultats vendus sans contrôle

Pour justifier leurs tarifs, les prépas privées publient elles-mêmes leurs résultats. Sur leurs sites, elles affichent des taux de réussite élevés, sans qu’aucune autorité ne les contrôle ni n’en fixe le mode de calcul.

Les chiffres officiels sont plus sévères. Parmi les bacheliers inscrits en PASS ou en LAS en 2022, deux sur cinq seulement ont intégré une filière de santé en un ou deux ans, selon le service statistique du ministère de l’enseignement supérieur (SIES).

Les fédérations d’étudiants en santé jugent que les prépas n’apportent « ni encadrement certifié ni preuve tangible d’une supériorité pédagogique » sur les tutorats universitaires. Le magazine L’Essentiel de l’Éco plaide pour que la loi les oblige à publier leurs vrais taux de réussite. Sans cette obligation, les familles qui paient ne peuvent comparer que des chiffres produits par les vendeurs eux-mêmes.

Le tutorat, la préparation pour tous

Face à ce marché, le tutorat n’a plus rien d’artisanal. Le ministère vient de renouveler son agrément, et 85 % des étudiants de PASS y ont recours, selon le rapport des fédérations, cité par Le Moniteur des pharmacies. Parmi les étudiants admis en deuxième année en 2025, 92,6 % en avaient bénéficié.

Ces tutorats sont animés par des étudiants de deuxième et troisième année, admis l’année précédente. Les enseignants de la faculté valident leurs supports, si bien que les colles, ces interrogations d’entraînement, les examens blancs et les fiches suivent au plus près les cours et les attentes de l’université. Pour un étudiant qui n’a pas les moyens d’une prépa, le tutorat offre l’essentiel de ses outils, gratuitement ou presque.

Le rapport ne démontre pas pour autant que les tutorats font mieux que les prépas à profil comparable, relève le magazine médical What’s up Doc, d’autant que beaucoup d’étudiants cumulent les deux.

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Un marché qui traverse les réformes

Les réformes passées n’ont pas fait reculer les prépas. En 2022, deux ans après le remplacement de la PACES, l’ancienne première année commune, par le PASS, une année de PASS avec prépa privée et tutorat pouvait coûter jusqu’à 19 300 euros, selon l’Anemf, citée par Le Quotidien du médecin.

La prochaine réforme change à nouveau les règles. La licence portail santé, qui remplacera le PASS et la LAS en 2027, classera les étudiants sur l’ensemble de l’année, avec un bloc santé, un bloc disciplinaire et un bloc transversal, et rétablira le redoublement. Les prépas devront adapter leurs programmes à cette nouvelle première année, dont les premiers étudiants feront leur rentrée en septembre 2027.

Un privilège que personne ne mesure

Aucune enquête publique ne croise aujourd’hui le recours aux prépas et l’origine sociale des étudiants. Ni le ministère de l’enseignement supérieur ni la Drees n’ont publié de telles données. Nul ne sait combien d’enfants d’ouvriers paient une prépa, ni combien y renoncent faute de moyens.

Faute de ces chiffres, le prix reste le seul indicateur social de ce marché. Il dit quelles familles peuvent payer, pas quels étudiants réussissent grâce à la prépa.



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