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La croix verte affiche le nom d’un pharmacien. Mais, derrière cette façade, une pharmacie peut aussi dépendre d’une société, d’une holding, d’un réseau commercial et d’un contrat de financement. La loi réserve la direction de l’officine à un professionnel de santé. Elle n’empêche pas d’autres acteurs d’influencer ses comptes et ses choix commerciaux.
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Salaires des pharmaciens : échec des négociations
Au 1er janvier 2026, l’Ordre national des pharmaciens comptait 75 731 inscrits. Le nombre total de pharmaciens avait progressé de 0,9% en un an et de 3,2% en dix ans ; sur la même décennie, le nombre de titulaires, les pharmaciens propriétaires ou responsables d’une officine, avait reculé de 11,6%.
L’Ordre recensait 19 990 pharmacies en 2025, dont 19 381 en métropole et 609 outre-mer. Le pays avait perdu 2 237 officines en dix ans.
Le code de la santé publique impose qu’une pharmacie soit exploitée par un pharmacien ou par une société de pharmaciens déclarée auprès de l’Ordre. Le titulaire, c’est-à-dire le pharmacien responsable de l’officine, répond de la dispensation des médicaments, de l’équipe et des obligations légales du point de vente. Une grande surface, un laboratoire ou un fonds d’investissement ne peut donc pas posséder seul une pharmacie et y installer un simple directeur salarié. Les règles françaises diffèrent sur ce point des systèmes où les pharmacies appartiennent à de grandes chaînes commerciales.
Le pharmacien reste majoritaire
Un pharmacien peut posséder directement son officine. Il peut aussi la détenir avec d’autres pharmaciens dans une société d’exercice libéral, appelée SEL. La SEL devient alors la propriétaire et l’exploitante de la pharmacie. Les pharmaciens associés en détiennent les parts ou les actions, comme des associés dans une entreprise classique.
L’article R. 5125-18-1 du code de la santé publique impose que les pharmaciens qui exercent dans l’officine détiennent plus de la moitié du capital et des droits de vote de la SEL. Ils peuvent le faire directement ou par l’intermédiaire d’une holding de pharmaciens, une SPFPL. La règle interdit à un investisseur extérieur de prendre le contrôle de la société qui exploite la pharmacie. Elle ne lui interdit pas nécessairement de financer l’activité ou de détenir une part minoritaire dans certaines structures, selon les conditions prévues par le droit des sociétés et les règles professionnelles.
Un adjoint, salarié d’une pharmacie, peut devenir associé dans certaines conditions. Lorsqu’il travaille exclusivement dans une SEL, il peut acheter une participation dans la société qui l’emploie, ce qui lui permet de préparer une reprise progressive de l’officine. Le pharmacien titulaire garde donc le contrôle légal de l’officine. Son autonomie économique peut varier selon le montant de sa dette, les contrats qu’il a signés et les partenaires auxquels il recourt.
La holding finance la reprise
Une SPFPL est une holding créée pour des professions libérales réglementées, dont les pharmaciens. Elle ne vend pas de médicaments et ne reçoit pas les patients. Elle peut posséder les parts de la SEL qui exploite la pharmacie.
Un pharmacien peut ainsi loger ses titres dans cette société, emprunter pour acheter une officine et rembourser progressivement la dette avec les revenus distribués par la société d’exploitation. L’ordonnance du 8 février 2023 encadre les sociétés de professionnels libéraux, dont les SPFPL. Les règles propres aux pharmacies figurent également dans le code de la santé publique.
La SPFPL sert notamment lors de la reprise d’une pharmacie coûteuse ou lorsqu’un titulaire prépare la transmission de son entreprise. Elle permet aussi à plusieurs pharmaciens de se partager la propriété d’une ou plusieurs sociétés d’officine. Les textes plafonnent les participations afin qu’un pharmacien ne transforme pas ces structures en vaste réseau d’officines géré à distance. Le Conseil d’État a examiné ces limites dans une décision de 2015, qui concernait la détention de parts dans plusieurs sociétés de pharmaciens.
Le logo ne dit pas qui possède
Le nom affiché sur une pharmacie ne permet pas toujours d’identifier son propriétaire. Une enseigne peut réunir des pharmaciens indépendants, être détenue par une coopérative ou appartenir à une société de services financée par des actionnaires extérieurs.
Les réseaux négocient les tarifs et les remises avec les laboratoires et les grossistes. Ils vendent aux pharmacies des logiciels, des outils publicitaires, des catalogues de parapharmacie, des programmes de fidélité et des formations.
En novembre 2025, un amendement déposé à l’Assemblée nationale a proposé de définir une coopérative de pharmaciens par trois conditions : sa direction doit être exercée par un pharmacien en activité, les titulaires doivent détenir les droits de vote et au moins 80% de son chiffre d’affaires doit venir des pharmacies membres. Le texte n’a pas modifié le droit en vigueur. Il opposait les coopératives détenues par les pharmaciens aux réseaux dont les actionnaires ne travaillent pas dans les officines affiliées.
Le titulaire peut rester propriétaire de sa pharmacie tout en s’engageant à acheter une partie de ses produits par l’intermédiaire d’un réseau, à utiliser une marque ou à adopter un logiciel précis. Cette dépendance commerciale ne transfère pas automatiquement la propriété de l’officine.
Les fonds financent sans diriger
Un fonds d’investissement ne peut pas devenir titulaire d’une pharmacie ni en contrôler la société d’exploitation. Il peut en revanche investir dans des entreprises qui financent, équipent ou regroupent les officines.
Le 13 janvier 2026, le tribunal judiciaire de Paris a rejeté la demande de Healthy Group, maison mère du réseau Aprium, qui réclamait le remboursement anticipé de 700 000 euros à une holding de pharmaciens et à une SELAS exploitant une officine.
Healthy Group détenait des obligations convertibles en actions, c’est-à-dire des titres de dette susceptibles de devenir des actions. Les pharmaciens contestaient une clause qui exigeait l’accord de la société avant toute modification des statuts de leur holding. Le tribunal a annulé les clauses contestées et rejeté la demande de remboursement anticipé. La décision a retenu que ces clauses ne pouvaient pas porter atteinte aux règles d’ordre public protégeant l’indépendance professionnelle des pharmaciens.
Cette décision concerne un contrat et des sociétés déterminés. Elle décrit cependant un risque concret : le titulaire peut rester majoritaire dans sa pharmacie, tout en subissant des clauses de financement qui limitent sa liberté de décision.
Le député Les Républicains Thibault Bazin a déposé, le 23 juin 2026, une proposition de loi visant à lutter contre les excès de la financiarisation en santé. Le texte n’avait pas été adopté au 8 septembre 2026. La proposition prévoit notamment un registre des détenteurs de participations dans les holdings de professionnels de santé, un contrôle accru des montages financiers et un encadrement de certains droits accordés aux investisseurs.
Moins de pharmacies à reprendre
L’Ordre a recensé 245 fermetures d’officines en 2025, après 250 en 2024. Les regroupements, lorsque deux pharmacies réunissent leurs activités dans un même local, ont représenté 16% des fermetures en 2025, contre 12% en 2024.
La Bretagne a enregistré sept fermetures pour un million d’habitants en 2025. L’Île-de-France a compté le plus grand nombre de fermetures en valeur absolue.
En 2025, l’Ordre dénombrait 23 947 titulaires d’officine et 30 691 pharmaciens adjoints. Les titulaires représentaient 31,6% des inscrits et les adjoints 40,3%.
Le 10 février 2026, le gouvernement a indiqué au Sénat que la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 avait assoupli l’accès aux aides destinées aux pharmacies fragiles. L’exécutif a évoqué environ 1 000 officines susceptibles de recevoir une aide annuelle de 20 000 euros.
Une pharmacie à vendre comprend un fonds de commerce, un stock de médicaments, des salariés et un emplacement. Son repreneur doit réunir des capitaux importants, ce qui conduit souvent les titulaires à s’associer, à créer une holding ou à rejoindre un réseau.
Le capital reste encadré
La loi conserve le pharmacien au centre de la propriété des pharmacies françaises. Les professionnels qui travaillent dans une SEL doivent posséder plus de la moitié de son capital et de ses droits de vote.
Cette protection juridique ne supprime pas les liens financiers. Une pharmacie peut être exploitée par une SEL, détenue via une holding, liée à une enseigne et financée par des partenaires extérieurs.
Les patients achètent leurs médicaments auprès d’un pharmacien responsable. Les décisions sur l’emprunt, les achats de parapharmacie, la marque ou les outils numériques se prennent parfois dans des sociétés qui ne reçoivent aucun patient.


