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Par un décret du 23 octobre 2026, publié au Journal officiel le 24, le gouvernement supprime le parcours d’accès spécifique santé (PASS) et les licences accès santé (LAS), les deux voies d’entrée dans les études de santé depuis 2020. À la rentrée 2027, les bacheliers ne rejoindront plus la médecine, la pharmacie, l’odontologie (la chirurgie dentaire) et la maïeutique (la formation des sages-femmes) que par une seule formation, la licence portail santé. Le PASS et la LAS auront accueilli sept promotions.
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Lors de la dernière campagne Parcoursup, un lycéen d’Île-de-France qui visait ces études avait le choix entre une centaine de parcours PASS et LAS. Certains étaient « un peu baroques ou exotiques », relevait en avril Philippe Baptiste, ministre de l’enseignement supérieur, cité par l’AFP. Chaque université fixait en outre ses propres règles d’organisation et de sélection. Le dispositif demeurait « trop complexe pour les lycéens et leurs familles », reconnaissent Philippe Baptiste et Stéphanie Rist, ministre de la santé, dans leur communiqué du 24 octobre.
Ce dédale concernait une part notable d’une génération. En 2024, 21 % des nouveaux bacheliers avaient formulé un vœu en PASS ou en LAS, selon la Cour des comptes. Celle-ci décrivait une offre très hétérogène d’une université à l’autre, jusque dans la manière de classer les candidats. Choisir entre les deux voies supposait de comparer des formations aux contenus, aux places et aux chances d’admission différents. Rares étaient les familles capables de faire ce calcul seules.
Dès la prochaine campagne, ce même lycéen formulera un seul vœu en licence portail santé. Il l’accompagnera d’un ou de plusieurs sous-vœux correspondant aux disciplines qu’il souhaite étudier. Le gouvernement a fixé par décret, pour toutes les universités, l’architecture de cette première année : trois blocs d’enseignement dont le poids varie dans des fourchettes nationales, et des conditions identiques pour être classé. Les ministres promettent aussi un classement harmonisé, quels que soient la discipline choisie et le territoire d’études.
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Les ministres se sont ainsi attaqués aux deux causes du labyrinthe, la multiplication des entrées et la diversité des règles. Ils ont réduit les entrées à une seule et imposé un cadre national. Deux candidats de deux académies différentes passeront désormais par la même porte, selon les mêmes critères pour être classés. Pour une famille, la question n’est plus de savoir quelle voie offre les meilleures chances. Il lui reste à choisir la discipline qui accompagnera les cours de santé.
Deux portes et des dizaines de couloirs
Jusqu’en 2020, les futurs soignants passaient par la PACES, la première année commune aux études de santé, et par son numerus clausus, le quota national d’admis en deuxième année. La loi santé du 24 juillet 2019 a supprimé l’une et l’autre. Le gouvernement d’alors a ouvert deux voies à leur place. Le PASS associait une majeure santé à une mineure dans une autre discipline. La LAS faisait l’inverse : une licence classique, assortie d’une option santé. Les universités ont ensuite multiplié les LAS, jusque dans des disciplines éloignées du soin.
Le gouvernement avait aussi interdit le redoublement en PASS. Un étudiant recalé devait donc basculer dans une LAS pour tenter sa seconde chance, qu’il pouvait repousser jusqu’en troisième année de licence. Son parcours changeait de nature en cours de route.
Les deux portes n’offraient pas les mêmes chances. En 2022, Didier Samuel, alors président de la conférence des doyens de médecine, rappelait que les places de deuxième année devaient d’abord être partagées à parts égales entre PASS et LAS. Le partage avait été revu à 70/30, selon Le Quotidien du pharmacien. Le même Didier Samuel relevait que 40 % des étudiants issus de LAS réussissaient leur premier semestre en médecine, contre 80 % de ceux venus du PASS. Les étudiants de LAS, censés diversifier les profils, entraient donc par une porte plus étroite et réussissaient deux fois moins souvent une fois admis.
Du vœu à la deuxième année
La licence portail santé trace un chemin plus court. Dans le décret du 23 octobre, les ministres l’ont découpée en 60 crédits ECTS (l’unité européenne qui mesure le travail validé), répartis en trois blocs :
- un bloc santé de 24 à 30 crédits, enseigné par la faculté de santé ;
- un bloc dit disciplinaire de même poids, dans une mention de licence (la discipline principale du diplôme) en sciences, droit, économie, psychologie ou Staps (sciences du sport), ou en soins infirmiers ;
- un bloc transversal de 6 à 12 crédits, consacré notamment à l’expression écrite et orale et à la découverte des métiers de la santé.
Pour être classé, un étudiant devra valider séparément les blocs santé et disciplinaire.
Les universités classeront ensuite les candidats en deux temps. Elles les rangeront d’abord sur les notes des trois blocs, au sein de chaque parcours, puis départageront les étudiants de même niveau sur leurs seules notes de santé. Chaque étudiant pourra candidater deux fois, à la fin de la première année puis à la fin de la deuxième année de licence. Celui qui n’est pas admis poursuit en deuxième année dans sa discipline. Celui qui a choisi les soins infirmiers peut continuer en institut de formation.
Interdit en PASS depuis 2020, le redoublement revient. Un étudiant qui n’a pas validé sa première année pourra la refaire une fois, dans la même mention, s’il a obtenu un minimum de crédits. Les ministres fixaient ce seuil à 70 % de chaque bloc dans le projet présenté en juillet au Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser), selon L’Étudiant et Le Moniteur des pharmacies, avant de le renvoyer à un arrêté. Le redoublant n’y gagnera pas de tentative supplémentaire.
L’étudiant recalé en PASS devait changer de voie pour retenter sa chance. Son successeur pourra redoubler une fois, puis présenter sa seconde candidature en deuxième année, dans la discipline choisie dès le départ. Le chemin raccourcit d’un an et garde la même direction du début à la fin.
L’Étudiant a publié en juin un document de travail sur la répartition des places, encore à arrêter. Il réservait au moins 80 % des places de deuxième année aux candidats de première année, environ 20 % à ceux de deuxième année, et 5 % aux passerelles, ces admissions directes ouvertes à des diplômés. Les ministres ont élargi ces passerelles aux titulaires d’une licence, pour accueillir les vocations tardives.
63 % d’années perdues
La Cour des comptes avait instruit le dossier en décembre 2024, dans un rapport demandé par la commission des affaires sociales du Sénat. Deux ans après leur entrée en PASS ou en LAS, 63 % des étudiants avaient perdu une année, contre 79 % sous la PACES, soit 16 points de moins. La coexistence des deux voies, « source de complexité et globalement inefficace », devait être abandonnée au profit d’une voie unique dès 2026, concluait la Cour.
Le service statistique du ministère, le SIES, mesurait au même moment l’autre face du bilan, selon L’Étudiant. Deux inscrits de 2021 sur cinq avaient intégré une filière de santé en un ou deux ans, à peine plus que la dernière promotion de PACES (39,6 %). Les étudiants perdaient moins d’années, sans entrer plus nombreux en médecine.
Les étudiants en santé jugeaient le système « ultra-stressant, illisible et désorganisé », selon L’Information dentaire. L’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) avait proposé de le remplacer par une « Licence Santé ». Isabelle Laffont, élue en mars 2025 présidente de la conférence des doyens de médecine, se disait elle aussi favorable à un modèle unique, dans un entretien à l’AFP. La Cour, les étudiants et les doyens réclamaient donc la même voie unique dès 2025.
Près de deux ans ont pourtant séparé ce consensus du décret. En mars 2025, Yannick Neuder, alors ministre de la santé, et Philippe Baptiste visaient la rentrée 2026. Les changements de gouvernement ont repoussé le chantier, rapporte L’Étudiant. L’exécutif a lancé une concertation nationale le 20 octobre 2025 et annoncé la réforme le 17 avril 2026. L’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines n’a pas attendu : elle a supprimé son PASS dès la rentrée 2026 au profit d’une licence accès santé unique, la « One LAS ». « L’essai n’a pas été totalement transformé », admettait en avril Stéphanie Rist dans EducPros, le site professionnel de L’Étudiant.
Les doyens, partisans de la réforme et de son report
Ceux qui réclamaient la voie unique demandent aujourd’hui du temps. Le 23 octobre, veille de la parution du décret, les présidents des conférences des doyens de médecine, de pharmacie, d’odontologie et de maïeutique ont réclamé un report d’un an. Ils l’ont fait dans une tribune au Monde, dont L’Information dentaire a rendu compte. Les signataires y demandent quelle urgence pédagogique, sanitaire ou universitaire justifie la date de septembre 2027, et répondent qu’aucune ne la justifie. Les doyens de médecine avaient déjà alerté le 25 mars, le 3 avril et le 29 juin. Le réseau des vice-présidents chargés de la formation dans les universités les avait rejoints le 7 avril.
Les doyens disent partager l’objectif de la réforme et redoutent de ne pas pouvoir réécrire à temps leurs maquettes pédagogiques (le programme détaillé de chaque formation). Les ministres ont renvoyé à un arrêté plusieurs règles décisives, et ne l’avaient pas publié au 27 octobre : la liste des mentions autorisées, le seuil de redoublement, la répartition des places et les coefficients du classement. L’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR), chargée d’accompagner la réforme, prévoit pourtant l’inscription des formations sur Parcoursup dès décembre 2026. Si l’arrêté tarde, des lycéens choisiront cet hiver une formation dont ils ignoreront les règles de sélection.
Le nombre de places pourrait aussi se resserrer. En avril, Édouard Kaminski, président de l’université Paris Cité, estimait auprès d’EducPros qu’il faudrait une trentaine de postes supplémentaires dans son seul établissement. Faute de recrutements, avertissait-il, les universités réduiront le nombre de places en première année. Les facultés de sciences, qui assureront une large part du bloc disciplinaire, redoutent des amphithéâtres saturés, selon L’Étudiant en juillet. Le Cneser, l’instance consultative du secteur, n’avait guère soutenu les textes le 7 juillet : 4 élus avaient voté pour, 14 s’étaient abstenus et 44 ne s’étaient pas prononcés, selon le même média. Les lycéens trouveraient alors une porte unique, mais plus étroite.
Les derniers couloirs du labyrinthe
Pour les étudiants déjà engagés, l’ancien labyrinthe reste ouvert. Selon L’Officiel des métiers, qui a analysé le décret le 24 octobre, les règles du PASS et des LAS s’appliquent jusqu’à la fin de l’année universitaire 2028-2029 à ceux qui ont commencé leur cursus avant 2027. Les universités feront ainsi fonctionner deux systèmes en parallèle pendant deux ans.
La kinésithérapie reste à la porte. Les ministres n’ont visé dans le décret que la médecine, la pharmacie, l’odontologie et la maïeutique. Leur communiqué annonce que la licence portail santé deviendra à terme la voie d’accès aux études de kinésithérapie, sans calendrier. Les instituts de formation recrutent pourtant une partie de leurs étudiants par le PASS et les LAS, deux voies qui fermeront aux bacheliers de 2027. Pour la pharmacie, qui peine à remplir ses places, le gouvernement a annoncé en avril une expérimentation d’accès spécifique, dont il n’a pas encore précisé les modalités.
Les universités garderont enfin des marges. Elles fixeront le poids exact de chaque bloc dans les fourchettes nationales et choisiront les mentions qu’elles ouvrent. Elles décideront aussi d’organiser ou non des oraux d’admission, devenus facultatifs selon les annonces d’avril. Malgré le classement harmonisé promis par les ministres, deux facultés pourront ainsi pondérer différemment la santé et la discipline. Chacune devra arrêter ces choix avant l’ouverture de Parcoursup, en décembre.


