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- Analyse en six axes
- 1. Distinguer les usages : un écran ne fait pas une pédagogie
- 2. Faire du numérique un levier pour comprendre et apprendre
- 3. Un outil d’inclusion
- 4. Apprendre à utiliser l’intelligence artificielle sans lui déléguer sa réflexion
- 5. Former les enseignants et leur laisser le choix des outils
- 6. Repenser les espaces scolaires pour apprendre en faisant
Le débat sur les écrans à l’école est souvent mal posé. Faut-il en réduire la place, les interdire ou, au contraire, accélérer le développement du numérique éducatif ? Les inquiétudes des parents et des enseignants sont légitimes. Les difficultés de concentration, les usages excessifs des réseaux sociaux et l’omniprésence des sollicitations numériques chez les jeunes ne peuvent être ignorés. Mais faut-il pour autant considérer que tous les écrans se valent ?
Un adolescent qui passe des heures à faire défiler des vidéos sur son téléphone n’utilise pas un écran de la même manière qu’un élève qui observe une molécule en trois dimensions, réalise une simulation scientifique ou utilise un outil de dictée pour rédiger un texte. Le support peut être le même, mais l’activité, l’objectif et l’accompagnement sont radicalement différents.
C’est pourtant cette confusion qui domine encore trop souvent le débat. À force d’opposer les partisans du tout-numérique à ceux qui souhaitent supprimer les écrans, nous passons à côté de la question essentielle : quelle place le numérique peut-il réellement prendre dans les apprentissages, et à quelles conditions ?
Analyse en six axes
1. Distinguer les usages : un écran ne fait pas une pédagogie
La présence d’un ordinateur ou d’une tablette dans une classe ne garantit pas de meilleurs apprentissages. Tout dépend de l’activité proposée, de l’objectif poursuivi et du rôle de l’enseignant.
Consulter des contenus sans objectif précis n’a rien à voir avec le fait de rechercher une information, de confronter des sources, de résoudre un problème ou de concevoir un projet. Dans le premier cas, l’attention peut être accaparée par le flux de contenus. Dans le second, l’outil s’inscrit dans une activité construite et accompagnée.
Cette distinction devrait être au cœur de toute politique numérique à l’école. L’enjeu n’est pas de multiplier les équipements, mais de déterminer ce qu’ils apportent réellement. Un outil qui ne répond à aucun besoin pédagogique n’a pas de raison d’être utilisé. À l’inverse, écarter une technologie utile au seul motif qu’elle repose sur un écran serait tout aussi peu pertinent.
L’école doit donc poser un cadre clair : des objectifs définis, des usages adaptés à l’âge des élèves, un temps d’utilisation maîtrisé et un enseignant qui conserve la responsabilité des apprentissages.
2. Faire du numérique un levier pour comprendre et apprendre
L’école française est confrontée à des difficultés persistantes dans la maîtrise des connaissances fondamentales. Aucun outil ne résoudra à lui seul ces difficultés. Mais peut-on se priver de solutions susceptibles de faciliter certains apprentissages ?
La représentation en trois dimensions, la réalité augmentée ou la simulation permettent d’aborder autrement des notions parfois difficiles à comprendre sur un support traditionnel. En sciences, un élève peut visualiser une molécule, explorer le fonctionnement d’un organe ou manipuler virtuellement un mécanisme. Il peut observer, tester et recommencer.
L’intérêt n’est pas de rendre les cours plus spectaculaires, mais de donner aux élèves des moyens supplémentaires pour comprendre ce qu’ils étudient. Le numérique doit compléter les méthodes d’enseignement, sans se substituer à la lecture, à l’écriture, au raisonnement ou à l’expérimentation concrète.
Une technologie n’est donc pas pertinente parce qu’elle est innovante, mais parce qu’elle aide à atteindre un objectif pédagogique. C’est à cette aune qu’il faut évaluer son intérêt.
3. Un outil d’inclusion
Le numérique peut également lever certains obstacles qui empêchent des élèves d’accéder pleinement aux apprentissages.
Pour un enfant dyslexique ou dyspraxique, par exemple, la synthèse vocale, la dictée numérique ou l’adaptation de l’affichage peuvent faciliter la lecture, l’écriture et l’organisation du travail. Ces outils ne suppriment pas les difficultés rencontrées, mais ils peuvent permettre à l’élève de mieux mobiliser ses compétences.
Un enfant qui peine à rédiger à la main peut ainsi disposer de davantage de moyens pour exprimer ce qu’il sait grâce à la dictée vocale. De même, un élève qui rencontre des difficultés de lecture peut accéder à un texte grâce à la synthèse vocale.
Il ne s’agit pas de proposer systématiquement une solution numérique à chaque difficulté. Il faut identifier les besoins, choisir les outils adaptés et accompagner leur utilisation. Mais lorsqu’une technologie favorise l’autonomie et la participation d’un élève, elle constitue un véritable moyen d’accès aux apprentissages.
L’inclusion ne se décrète pas. Elle se construit aussi grâce aux moyens concrets mis à la disposition des enseignants et des élèves.
4. Apprendre à utiliser l’intelligence artificielle sans lui déléguer sa réflexion
L’intelligence artificielle ajoute une nouvelle dimension au débat. Les élèves y ont déjà recours, parfois pour rechercher des informations, parfois pour produire directement un devoir. L’école ne peut pas faire comme si ces outils n’existaient pas.
Elle doit apprendre aux jeunes à s’en servir avec discernement. Une réponse générée par une IA peut contenir des erreurs, présenter une information de manière trompeuse ou passer sous silence des éléments importants. Les élèves doivent apprendre à vérifier les résultats, à confronter les sources et à exercer leur esprit critique.
Obtenir une réponse ne signifie pas avoir compris le sujet. Si l’IA produit un devoir à leur place, les élèves risquent de passer à côté du travail de recherche, de réflexion et de formulation qui constitue précisément l’apprentissage.
Pour les enseignants, l’intelligence artificielle peut néanmoins faciliter certaines tâches : préparer des exercices, adapter des supports ou diversifier les ressources proposées à une classe. Ces possibilités méritent d’être explorées, avec des règles claires et une vérification des contenus produits.
L’IA peut assister l’enseignant, mais elle ne remplace ni sa connaissance des élèves ni sa capacité à les accompagner. L’apprentissage reste une relation humaine, faite d’explications, d’échanges, d’encouragements et d’ajustements permanents.
5. Former les enseignants et leur laisser le choix des outils
On parle beaucoup des équipements numériques à l’école, mais moins du temps et de la formation nécessaires pour les utiliser efficacement.
Les travaux de la DEPP, notamment ceux consacrés aux équipements et aux usages numériques dans l’éducation, invitent à ne pas considérer les effets de ces équipements comme automatiques. Les résultats peuvent varier selon les dispositifs, les compétences évaluées et les conditions de mise en œuvre. L’achat ou la distribution de matériel ne suffit donc pas à transformer les pratiques pédagogiques.
Pour qu’un outil soit utile, l’enseignant doit en connaître les possibilités, en comprendre les limites et savoir à quel moment cet outil peut améliorer une activité. Cela suppose une formation adaptée, du temps pour expérimenter et des échanges entre professionnels.
Il faut également faire confiance aux enseignants dans leurs choix. Ils connaissent les besoins de leurs élèves, les difficultés rencontrées en classe et les objectifs qu’ils doivent atteindre. Ils doivent pouvoir décider des outils qui leur paraissent pertinents, plutôt que se voir imposer des solutions au nom de l’innovation.
Le succès d’une politique numérique ne devrait pas se mesurer au nombre d’appareils déployés, mais à leur contribution réelle aux apprentissages. Cette évaluation doit porter sur les usages et leurs résultats dans la durée.
6. Repenser les espaces scolaires pour apprendre en faisant
La baisse démographique attendue dans les prochaines années pourrait conduire certains établissements à disposer de salles moins occupées. Cette évolution offre une occasion de réfléchir à la manière dont les espaces scolaires sont utilisés.
Pourquoi ne pas transformer certaines salles en ateliers scientifiques, en laboratoires pédagogiques ou en fablabs ? Ces lieux pourraient permettre aux élèves de programmer, de fabriquer des objets, de tester des hypothèses et de mener des projets collectifs.
Apprendre à maîtriser le numérique, ce n’est donc ni céder à la fascination des écrans ni s’y refuser par principe : c’est donner aux élèves et aux enseignants des outils choisis, encadrés et utiles. À l’école, l’écran ne doit être ni un maître ni un interdit, mais un instrument au service des apprentissages.
Éric Thomas
Directeur Éducation de SCC France



Ravie de lire cette tribune, Éric. J’y retrouve une conviction que nous partageons depuis longtemps : le sujet n’est pas l’écran, mais ce que l’on en fait.
Les équipements sont nécessaires, mais ils ne constituent jamais une finalité. Sans accompagnement des enseignants, sans réflexion sur les usages et sans ancrage dans les réalités du terrain, ils apportent peu de valeur. À l’inverse, lorsqu’ils s’inscrivent dans un projet pédagogique construit, ils peuvent devenir de véritables leviers d’apprentissage et d’inclusion.
En tant que collectivité, c’est cette approche que nous nous efforçons de porter au quotidien, en travaillant étroitement avec les équipes de l’Éducation nationale et les enseignants pour faire émerger des projets répondant à des besoins réels.
Merci pour ce rappel utile, nuancé et particulièrement pertinent dans le contexte actuel. 👏