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15 euros. Fabrice Camaioni, président par intérim de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) depuis le départ de Philippe Besset, a avancé ce montant les 6 et 7 septembre 2026 pour la mesure de la pression artérielle en officine.
Le tarif de la vaccination et de la prescription en pharmacie passera à 15 euros en janvier 2027. La FSPF réclame le même prix pour la tension, au nom d’un alignement de tous les actes réalisés au comptoir.
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Aucune négociation tarifaire n’a démarré sur le sujet. Le premier syndicat de la profession a donc chiffré sa demande en amont d’une discussion qui n’a pas commencé.
L’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) n’a pas repris le chiffre. Son président, Pierre-Olivier Variot, a indiqué qu’aucun montant n’était arrêté par son organisation et a renvoyé sa communication à l’issue du conseil d’administration de fin septembre.
L’acte visé consiste à mesurer la pression artérielle d’un patient qui se présente à l’officine, hors de toute consultation médicale, pour dépister une hypertension ignorée.
462 voix pour, mais pas un euro facturable
L’Assemblée nationale a adopté le texte le 20 juillet 2026 par 462 voix pour et aucune contre. Aucun de ces 462 députés n’a eu à se prononcer sur un montant : la proposition n’en contenait pas.
Le député Yannick Neuder, cardiologue de formation et ancien ministre de la Santé, avait déposé ce texte le 23 décembre 2025. Députés et sénateurs ont harmonisé leurs versions le 1er juillet 2026, au sein d’une commission mixte paritaire. La loi n° 2026-668 du 27 juillet a paru au Journal officiel du 28 juillet, pour une entrée en vigueur le lendemain, suivie d’un rectificatif le 1er août.
Le texte ajoute la mesure de la pression artérielle à la liste des missions des pharmaciens d’officine, à l’article L. 5125-1-1 A du Code de la santé publique. Il modifie ensuite l’article L. 4161-1 du même code, qui réserve aux médecins l’essentiel des actes de soin. Un pharmacien qui prend la tension d’un patient ne commet donc plus d’exercice illégal de la médecine.
La même disposition prévoit que ces missions s’exercent « dans des conditions fixées par décret en Conseil d’État ». Ce décret doit préciser qui peut faire quoi, et comment. Il n’était toujours pas paru au 9 septembre 2026. La FSPF revendique donc un tarif pour un acte que ses adhérents n’ont pas encore le droit de pratiquer.
Les masseurs-kinésithérapeutes, eux, mesurent la tension depuis le 29 juillet. Le même texte les habilite sans renvoyer à un décret.
Le futur tarif, quel qu’il soit, ne bénéficiera qu’aux pharmaciens diplômés. Les étudiants en pharmacie sont explicitement exclus de l’acte, sous peine des sanctions prévues pour exercice illégal de la médecine, soit deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende.
Les parlementaires ont renvoyé le prix et le code de facturation, ce numéro sans lequel l’Assurance maladie ne rembourse rien, aux discussions entre les syndicats de pharmaciens et la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam). Ces discussions portent un nom : l’avenant 3 à la convention pharmaceutique, le contrat qui fixe tout ce que l’Assurance maladie paie aux officines.
Un tarif suspendu à une lettre non envoyée
Le 22 juin 2026, le ministère de la Santé s’est engagé devant la Cnam et les syndicats de pharmaciens à rédiger une lettre de cadrage. Ce document fixe le périmètre et les limites financières de la négociation à venir, et porte notamment sur la réforme du mode de rémunération des officines.
Sans lui, l’avenant 3 ne peut pas s’ouvrir et aucun montant ne peut être discuté. Début septembre 2026, la Cnam ne l’avait pas reçu. Les syndicats annonçaient sa publication comme imminente.
En avançant 15 euros avant l’envoi de cette lettre, Fabrice Camaioni installe un repère public. Les négociateurs conventionnels en connaissent l’effet : le premier montant énoncé sert de référence à tous les suivants.
Le ministère ne cadre pas la seule prise de tension. Sa lettre doit porter sur l’ensemble de l’économie de l’officine, y compris la marge réalisée sur la vente des médicaments, ce qui explique une partie du délai.
Personne ne facturera donc une mesure de pression artérielle avant plusieurs mois, à 15 euros ou à tout autre prix.
Ce que l’Assurance maladie paie déjà ailleurs
La Cnam verse 12,50 euros par patient aux officines au titre du dispositif Osys, qui autorise le pharmacien à évaluer un petit problème de santé, angine, cystite ou conjonctivite, et à orienter le patient. Les syndicats qualifient ce montant de « minimum absolu ». La FSPF demande 2,50 euros de plus pour la prise de tension.
Osys a d’abord été facturé 15 euros, avant d’être ramené à 12,50 euros. La Cnam a donc déjà réduit, en cours de route, un forfait fixé au montant exact que réclame aujourd’hui la FSPF.
Les deux syndicats demandent conjointement 20 euros pour ce même Osys. Ils s’appuient sur le forfait suisse NetCare, dispositif voisin d’orientation en pharmacie, rémunéré environ 10 euros, dont ils réclament le double. Pour la tension, ils n’appliquent pas ce raisonnement.
L’Union régionale des professionnels de santé (URPS) des Hauts-de-France a lancé en 2024 la seule expérimentation de terrain portant spécifiquement sur le dépistage de l’hypertension en officine. Chaque dépistage y est indemnisé 25 euros, 10 euros de plus que la demande syndicale. Le forfait couvre la mesure, la saisie des données, l’information du patient et son orientation vers un médecin.
Les 15 euros valent-ils pour le seul relevé de tension ou pour cette séquence entière ? Fabrice Camaioni ne l’a pas précisé.
Ce que les 15 euros paieraient vraiment
Un tensiomètre électronique à brassard, validé pour un usage clinique, se vend entre 25 et 60 euros, de 80 à 120 euros pour un modèle connecté. Rapporté à quelques centaines de mesures, l’achat pèse quelques centimes sur les 15 euros demandés.
Depuis 2016, des officines mettent à disposition des tensiomètres en libre-service, dans le cadre de campagnes de dépistage. Le patient s’installe et se mesure lui-même, sans intervention du pharmacien : le geste échappait ainsi au monopole médical, et il est gratuit.
C’est précisément l’intervention du pharmacien que les syndicats veulent voir payée, de la mesure à la lecture du résultat, de l’inscription au dossier à l’orientation éventuelle vers le médecin traitant. Aucun texte ne chiffre la durée de cette séquence que 15 euros rémunéreraient.
Aucun texte n’impose non plus, pour l’instant, de formation supplémentaire. Ce point relève du décret d’application, comme le tarif.
« Une augmentation historique de 50 % »
L’annonce des 15 euros a fait réagir les médecins et les infirmiers libéraux, qui mesurent la pression artérielle de leurs patients sans qu’aucune ligne de leur rémunération n’y corresponde. Le geste est fondu dans le prix de la consultation ou de l’acte.
Ghislaine Sicre, présidente de Convergence infirmière, a dénoncé une iniquité de traitement entre professions de santé. Elle a rappelé que les infirmières libérales se voyaient proposer des revalorisations de « quelques centimes » pour des actes équivalents, quand les officines en réclament 15.
L’Union française pour une médecine libre (UFML), présidée par le Dr Jérôme Marty, a publié un communiqué réclamant l’« augmentation historique de 50 % » de la consultation médicale qui devrait logiquement suivre. Une consultation de généraliste à 30 euros passerait à 45 euros.
Ni Convergence infirmière ni l’UFML ne contestent la capacité des pharmaciens à poser un brassard. Aucune des deux organisations ne siégera à la table de l’avenant 3, réservée aux syndicats de pharmaciens, où se décidera le sort des 15 euros.
Ce que 15 euros rapporteraient à chaque officine
Une projection établie à partir de l’expérimentation des Hauts-de-France retient 4 à 8 dépistages par semaine et par officine, une fois le dispositif installé. À 15 euros, cela représente 3 000 à 6 000 euros de recettes annuelles supplémentaires par pharmacie. Aux 25 euros du terrain nordiste, la même activité rapporterait 5 000 à 10 000 euros. 40 % d’écart. Aucun code de facturation ni objectif national n’existant à ce jour, le calcul reste indicatif.
La France compte environ 17 millions d’hypertendus, près d’un adulte sur trois. Six millions d’entre eux ignorent leur maladie et forment la cible du dépistage en pharmacie. Plus de 55 000 décès par an sont attribués à l’hypertension, maladie chronique la plus fréquente du pays et premier facteur de risque de mortalité évitable.
L’Ordre national des pharmaciens recensait 19 990 officines au 1er janvier 2026, environ 10 % de moins qu’en 2015. La Cour des comptes relève 156 fermetures par an en moyenne depuis 2007, le plus souvent des pharmacies réalisant moins de 1 million d’euros de chiffre d’affaires.
Les syndicats additionnent les missions rémunérées, du rendez-vous de prévention à 30 euros, entretien de dépistage proposé à certains âges de la vie, à Osys à 12,50 euros, de la vaccination à 15 euros en janvier 2027 à la tension à 15 euros demain, pour compenser la baisse de leurs revenus sur la vente de médicaments.
Ce qui bloque encore le premier euro facturé
Le décret en Conseil d’État fixant les conditions d’exercice n’était pas publié début septembre 2026. La lettre de cadrage ministérielle non plus. Tant que ces deux textes manquent, les 15 euros restent une position syndicale.
Les textes d’application devront encore préciser quels patients pourront en bénéficier, comment les mesures seront enregistrées, comment cet acte s’articulera avec le rendez-vous de prévention, si une formation sera exigée, et sous quel code il sera facturé.


