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- Derrière le nom du laboratoire
- Biogroup, des biologistes aux commandes
- Cerba, des investisseurs et des créanciers
- Inovie, Ardian et les biologistes
- SYNLAB, Cinven garde la majorité
- Eurofins, une famille détient les votes
- Huit milliards de dépenses médicales
- Les régions ne se ressemblent pas
- Le pouvoir se répartit à plusieurs niveaux
Au comptoir des laboratoires, le patient rencontre une enseigne et un biologiste. Plus haut dans l’organisation, les grands réseaux font intervenir des fonds, une caisse de retraite canadienne, une holding danoise et une famille fondatrice. La loi encadre la propriété des sociétés qui réalisent les analyses. Elle ne fixe pas seule les décisions de financement et de développement.
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En 2021, six grands groupes, Biogroup-LCD, Cerballiance, Inovie, SYNLAB, Eurofins et Unilabs, concentraient 62% des sites de biologie médicale recensés en France. À la fin de cette année-là, 377 structures juridiques exploitaient les laboratoires, contre 2 625 à la fin de 2009. Fitch Ratings estimait en septembre 2025 que ces six opérateurs représentaient ensemble plus de 60% du marché privé français. Biogroup, Inovie et Cerba pesaient chacun environ 15% de ce marché.
Le chiffre de 62% concerne les sites recensés en 2021. Aucun décompte national public plus récent, établi avec la même méthode, ne permet de le remplacer à la date du 4 septembre 2026.
Derrière le nom du laboratoire
Un patient peut déposer un prélèvement dans un laboratoire local dont le nom est celui d’un grand réseau. Ce site peut dépendre d’une entreprise locale, elle-même rattachée à une société médicale, puis à une holding qui regroupe plusieurs laboratoires. Le biologiste médical reste responsable des analyses réalisées par le laboratoire. Il valide les résultats et répond du respect des règles sanitaires applicables à l’activité.
La loi prévoit que, dans une société d’exercice libéral, plus de la moitié du capital et des droits de vote appartienne en principe à des professionnels qui exercent réellement dans cette société. Une société d’exercice libéral permet à des professions réglementées, dont les biologistes médicaux, d’exercer sous la forme d’une entreprise. Cette règle ne ferme pas la porte aux investisseurs. Des fonds ou des banques peuvent financer une holding placée au-dessus des sociétés médicales, détenir une part minoritaire du capital ou participer à la gouvernance du groupe.
Une même chaîne peut donc réunir un laboratoire de quartier, des biologistes associés, une société qui rassemble plusieurs laboratoires et des investisseurs situés au sommet du groupe. Les patients voient le premier maillon ; les décisions de rachat ou de dette sont souvent prises au dernier.
Biogroup, des biologistes aux commandes
Stéphane Eimer a fondé Biogroup en 1998 en Alsace. Le groupe indique en 2026 qu’il a été créé par des biologistes et qu’il est géré et dirigé par des biologistes. Sa présentation publique le décrit ainsi : « fondé par des biologistes et géré et dirigé par des biologistes ».
Biogroup ne présente pas le même modèle capitalistique que Cerba, Inovie ou SYNLAB, qui ont accueilli des investisseurs financiers. Laboratoire Eimer sert de société de référence pour Biogroup dans les comparaisons financières sectorielles. La France représentait environ 75% des revenus de Biogroup en 2025.
Le groupe ne publie pas une liste complète de ses actionnaires, de leurs parts et de leurs droits de vote, comme le ferait une société cotée. Biogroup se présente comme fondé, géré et dirigé par des biologistes, sans détailler l’ensemble de sa propriété économique.
Cerba, des investisseurs et des créanciers
PSP Investments, le fonds de pension public canadien, et Partners Group, gestionnaire suisse d’actifs, ont racheté Cerba Healthcare à PAI Partners en 2017. EQT est entré au capital en 2021. Cerba indiquait alors que plus de 400 biologistes et dirigeants historiques détenaient aussi une participation dans le groupe, aux côtés de PSP Investments.
Bpifrance a rejoint le capital de Cerba en 2021. Aucun document public récent ne donne la part exacte détenue par EQT, PSP Investments, Bpifrance, les biologistes, les dirigeants et les autres associés.
Le 3 septembre 2026, Cerba Healthcare a demandé l’ouverture d’une procédure de restructuration encadrée par la justice française afin de traiter une dette d’environ 5 milliards d’euros. Le groupe, soutenu par EQT, a sollicité un cadre de conciliation devant le tribunal des activités économiques de Nanterre.
Cette procédure ne change pas automatiquement les actionnaires. Elle associe les créanciers aux discussions qui doivent déterminer la suite du financement de Cerba. Cerballiance désigne le réseau de laboratoires connu du public. Cerba Healthcare est le groupe qui détient cette enseigne et plusieurs autres activités de diagnostic.
Inovie, Ardian et les biologistes
Ardian est devenu actionnaire majoritaire d’Inovie en novembre 2020. Le groupe avait annoncé que les biologistes fondateurs conserveraient la majorité des droits de vote et resteraient associés à la gouvernance.
En 2025, les biologistes détenaient encore une participation importante dans la holding d’Inovie. Cette holding rassemble les participations du groupe et sert notamment à financer les rachats de laboratoires. Inovie associe donc un actionnaire financier, Ardian, à des biologistes présents au capital et dans la direction.
Les documents accessibles au public ne donnent pas la répartition complète du capital et des droits de vote entre Ardian, les biologistes et les autres associés au 4 septembre 2026. Le 20 avril 2026, Fitch a abaissé la perspective de la note d’Inovie de « stable » à « négative », tout en conservant une note de défaut à long terme de « B ».
Cette décision ne signifie pas qu’Ardian a vendu sa participation. Elle indique que les perspectives financières du groupe sont considérées comme moins favorables qu’en 2025. Inovie annonçait en août 2026 réunir plus de 530 sites de proximité, plus de 55 plateaux techniques, les centres où les échantillons sont analysés, et 21 filiales.
SYNLAB, Cinven garde la majorité
Cinven demeure l’actionnaire majoritaire de SYNLAB. Le fonds britannique avait acheté le groupe allemand à BC Partners en 2015, dans une opération évaluée entre 1,7 milliard et 1,8 milliard d’euros, dette comprise.
Labcorp, groupe américain de services de laboratoire, a acquis le 24 mars 2025 une participation indirecte minoritaire de 15% dans SYNLAB. Labcorp dispose d’un siège au conseil de la holding, aux côtés de Cinven et des autres co-investisseurs. Labcorp a payé environ 140,4 millions d’euros pour cette participation. Le groupe américain a inscrit cet investissement dans ses comptes sans prendre le contrôle de SYNLAB.
SYNLAB a annoncé en octobre 2024 qu’Ephios Bidco, une société contrôlée par des fonds gérés ou conseillés par Cinven, détenait environ 86% de son capital. L’accord conclu avec Elliott Advisors devait porter cette part au-delà de 96% et ouvrir la voie au retrait obligatoire des actionnaires minoritaires.
Aucun document public consultable à la date du 4 septembre 2026 ne donne ici la date à laquelle ce retrait obligatoire a été officiellement inscrit. Cinven contrôle néanmoins SYNLAB, et Labcorp conserve une participation indirecte minoritaire de 15%.
En février 2026, SYNLAB a accepté de vendre sa filiale slovaque à Unilabs. Les deux groupes précisent que cette opération dépend encore d’autorisations légales et réglementaires.
Unilabs, propriété d’une holding danoise
A.P. Møller Holding a finalisé le rachat d’Unilabs le 15 mars 2022. La holding danoise avait signé l’accord avec les fonds conseillés par Apax Partners à la fin de 2021.
A.P. Møller Holding possède encore Unilabs en 2026 et le classe parmi ses principales participations. Sa page de portefeuille attribue 1,7 milliard d’euros de revenus au groupe de diagnostics. A.P. Møller Holding se présente comme la maison mère du groupe A.P. Møller et comme le bras d’investissement de la fondation A.P. Møller.
Unilabs fournit des services d’analyses de laboratoire, d’anatomopathologie, l’étude des tissus et des cellules, et de radiologie. L’accord signé avec SYNLAB pour la reprise de sa filiale slovaque n’était pas finalisé au 4 septembre 2026.
Eurofins, une famille détient les votes
Eurofins Scientific est coté sur Euronext Paris. Le groupe réalise des analyses médicales, mais aussi des analyses alimentaires, environnementales, pharmaceutiques et cosmétiques.
Au 30 juin 2026, Eurofins indiquait que la famille Martin détenait 36,5% de ses actions. Les actions détenues par des investisseurs divers, appelées le flottant, représentaient 62,1% du capital.
Le rapport semestriel arrêté au 30 juin 2025 donne la dernière ventilation détaillée des droits de vote accessible. La famille Martin détenait alors 35,1% des actions et 68,8% des droits de vote, principalement par l’intermédiaire d’Analytical Bioventures SCA, société contrôlée par Gilles Martin.
Les chiffres de 2025 et ceux de 2026 ne portent pas sur la même date. Aucun document consultable ne fournit, au 4 septembre 2026, une ventilation plus récente des droits de vote. La famille Martin ne détient donc pas la majorité des actions, mais elle détenait la majorité des droits de vote dans le dernier rapport détaillé. Les droits de vote donnent la possibilité de peser sur les décisions prises lors des assemblées d’actionnaires.
Huit milliards de dépenses médicales
L’Inspection générale des affaires sociales et l’Inspection générale des finances ont évalué à environ 8 milliards d’euros les dépenses de biologie médicale dans un rapport publié en juillet 2025. Les laboratoires de ville portent 55% de cette activité.
La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques utilise un périmètre plus étroit pour les analyses et prélèvements réalisés en laboratoire. En 2024, ces dépenses ont atteint 4,7 milliards d’euros, hors tests de dépistage du Covid-19, après une baisse de 0,7% par rapport à 2023.
La Sécurité sociale a payé 69,5% de cette dépense en 2024. Les complémentaires santé ont pris en charge 24,9%, et les ménages ont réglé directement 5%.
La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques a recensé une hausse de 8% du nombre d’actes de biologie médicale, hors tests antigéniques et PCR, en 2024. Les prix ont diminué de 8,1% pendant la même période.
Les grands groupes peuvent répartir les coûts de leurs équipements, de leurs logiciels et de leurs plateaux techniques sur davantage d’analyses. Un laboratoire isolé dispose rarement de la même capacité.
L’Inspection générale des affaires sociales estime que 99,8% de la population vit à moins de trente minutes d’un site de prélèvement. Cette donnée décrit l’accès à un lieu où l’on dépose un échantillon ; elle ne précise pas où cet échantillon est ensuite traité.
Les régions ne se ressemblent pas
En Occitanie, les six plus grands groupes détenaient 82% des sites de biologie médicale en 2021. En Corse, leur part était inférieure à 30%.
Les habitants ne trouvent donc pas le même nombre de laboratoires concurrents selon leur région. Un réseau dominant dans une région peut être beaucoup moins présent dans une autre.
L’Autorité de la concurrence a autorisé le rapprochement entre Biogroup et Laborizon à condition que trois sites soient cédés en Vendée. Cette exigence visait à limiter une concentration trop forte dans ce département.
L’Autorité a aussi examiné la prise de contrôle de Bioclinic par Inovie en 2022. La décision analyse les concurrents présents dans les zones concernées et les effets possibles de l’opération.
Le nom de l’actionnaire principal ne suffit pas à mesurer la situation d’un territoire. Le nombre de sites, la présence de concurrents et la localisation des plateaux techniques comptent aussi.
Le pouvoir se répartit à plusieurs niveaux
Biogroup se présente comme un groupe fondé, géré et dirigé par des biologistes. Cerba associe EQT, PSP Investments, Bpifrance, des biologistes et des dirigeants, sans publication récente de la répartition complète de leurs droits. Inovie rassemble Ardian et des biologistes associés. Cinven contrôle SYNLAB, dont Labcorp détient 15% indirectement. A.P. Møller Holding possède Unilabs. La famille Martin détient 36,5% des actions d’Eurofins.
Les biologistes restent responsables de l’acte médical et conservent une place protégée dans les sociétés qui exercent leur profession. Les grands actionnaires contrôlent les holdings qui financent une part des rachats, des investissements et des cessions.
Les laboratoires français reposent ainsi sur deux niveaux qui coexistent. Les biologistes assurent les analyses et leur responsabilité médicale ; quelques grands groupes détiennent, au-dessus d’eux, une part croissante des moyens financiers et des décisions de développement.


