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- Philippe et Attal, deux candidats pour un seul bloc
- Pour Mélenchon, la concurrence de Roussel
- Cinq noms pour « Choisir 2027 »
- Une gauche éparpillée depuis le 9 juillet
- Retailleau face à Lisnard et Bertrand
- Souverainistes et extrême gauche en quête de signatures
- Zemmour, Hollande, Villepin : les candidats en suspens
- 500 signatures, premier écrémage
Le 16 septembre, la gauche sociale-démocrate a arrêté la liste des cinq prétendants à sa primaire. Marine Le Pen attend toujours, de son côté, une décision de justice qui conditionne sa présence au premier tour. La dirigeante du Rassemblement national (RN) domine pourtant la course : l’institut Ipsos BVA, dans une enquête réalisée en ligne du 3 au 9 septembre auprès de 13 060 électeurs inscrits, lui attribue entre 33 % et 35 % des intentions de vote dans toutes les configurations testées. L’institut annonce une marge d’erreur comprise entre 0,2 et 0,9 point.
Ces chiffres ne valent pas prévision, d’autant que la liste des candidats reste ouverte. Ils installent néanmoins Marine Le Pen comme la référence à laquelle ses adversaires se mesurent depuis le 7 juillet 2026. Ce soir-là, au journal de 20 heures de TF1, elle a confirmé qu’elle briguerait l’Élysée pour la quatrième fois.
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Cette annonce a suivi de peu l’arrêt de la cour d’appel de Paris dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national, ancien nom du RN. Les juges d’appel l’ont condamnée à trois ans d’emprisonnement, dont un an ferme aménageable sous surveillance électronique, à 100 000 euros d’amende et à quarante-cinq mois d’inéligibilité (l’interdiction de se présenter à une élection), dont trente avec sursis, c’est-à-dire non exécutés sauf nouvelle condamnation. Les quinze mois d’inéligibilité ferme ont couru depuis le jugement de première instance, rendu le 31 mars 2025. Ils ne barrent donc plus directement la route de l’Élysée en 2027.
La candidate a toutefois formé un pourvoi en cassation, le recours ouvert devant la plus haute juridiction judiciaire, chargée de vérifier la bonne application du droit. Ce pourvoi suspend l’exécution des peines que la cour d’appel n’a pas assorties de l’exécution provisoire, la mesure qui impose d’appliquer une sanction malgré un recours. Marine Le Pen ne porte donc aucun bracelet électronique pendant sa campagne, malgré ce qui a parfois été écrit.
Tout se joue désormais sur le calendrier. La Cour de cassation a annoncé qu’elle pourrait rendre son arrêt au plus tard au début d’avril 2027, en précisant aussitôt que cette échéance pouvait bouger selon plusieurs facteurs procéduraux. Les juges se prononceraient alors quelques jours avant le premier tour du 18 avril. Les électeurs du RN pourraient ainsi entrer dans la dernière ligne droite de la campagne sans avoir la certitude du nom inscrit sur le bulletin.
Le parti a pourtant une solution de rechange. Son président, Jordan Bardella, reste l’option la plus évidente si un nouvel obstacle judiciaire écartait finalement Marine Le Pen. Il ne se présentera pas tant qu’elle reste en lice, si bien que la candidate la mieux placée de la course est aussi la seule dont la présence dépend d’une décision de justice.
Philippe et Attal, deux candidats pour un seul bloc
Derrière elle, la deuxième place se dispute d’abord à l’intérieur du bloc central, qui réunit les partis de l’ancienne majorité présidentielle d’Emmanuel Macron. Édouard Philippe, maire du Havre et président d’Horizons, l’un de ces partis, s’est déclaré le premier, dès le 3 septembre 2024. L’ancien premier ministre fait campagne sur le redressement des finances publiques, le travail, l’école et l’autorité de l’État, et se pose en rassembleur de la droite modérée et du centre.
Ce rôle de rassembleur a trouvé un premier appui le 17 août 2026. Dans un entretien à La Voix du Nord, le ministre de la justice, Gérald Darmanin, a renoncé à se présenter pour ne pas ajouter « de la division » et s’est rangé derrière Édouard Philippe « dans l’intérêt du pays ».
Gabriel Attal a refusé ce ralliement. Le secrétaire général de Renaissance, le parti fondé par Emmanuel Macron, lui aussi ancien chef du gouvernement, s’est lancé le 22 mai 2026 à Mur-de-Barrez, un village de l’Aveyron : « Oui, j’ai décidé d’être candidat à la présidence de la République. » Il met en avant l’école, le travail et les salaires, la maîtrise des frontières et l’intelligence artificielle.
Les deux hommes n’ont fixé aucune règle pour se départager. Édouard Philippe a bien suggéré une rencontre des responsables de la droite et du centre au début de novembre, sans obtenir à ce jour d’adhésion générale.
Leur rivalité se chiffre. Dans le scénario d’Ipsos BVA où il représente seul le bloc central, Édouard Philippe recueille 17,5 %, devant le fondateur de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, à 15,5 %, tandis que Marine Le Pen atteint 33,5 %, près du double de son score. Dans la majorité des autres configurations testées, Jean-Luc Mélenchon repasse devant lui. La deuxième place de l’ancien premier ministre tient donc à l’absence de concurrent dans son propre camp, l’effet que Gérald Darmanin disait rechercher en se retirant.
Pour Mélenchon, la concurrence de Roussel
Jean-Luc Mélenchon profite de cette division. Le chef des insoumis a officialisé le 3 mai 2026 sur TF1 sa quatrième candidature consécutive, après 2012, 2017 et 2022 : « Oui, je suis candidat », a-t-il lancé, quelques heures après l’approbation des élus de son mouvement.
Son mouvement cherche à réunir 150 000 soutiens citoyens. Cette mobilisation militante ne dispense pas le candidat des 500 présentations, ou parrainages, que des élus doivent adresser au Conseil constitutionnel pour qu’un prétendant figure sur le bulletin.
Le leader insoumis bénéficie d’un renfort à l’extrême gauche : le NPA-L’Anticapitaliste, l’une des deux branches issues du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), a renoncé à présenter Philippe Poutou et plaide pour un rassemblement autour de lui. Le Parti communiste français (PCF) a fait le choix inverse. Son secrétaire national, Fabien Roussel, s’est déclaré le 6 septembre, après un vote interne où 72,06 % des militants participants ont approuvé une candidature communiste autonome.
Fabien Roussel avait obtenu 2,28 % des suffrages exprimés en 2022. LFI l’accuse depuis d’avoir contribué à priver Jean-Luc Mélenchon du second tour cette année-là. Le leader insoumis, mieux placé que tout autre candidat de gauche dans les enquêtes, retrouve donc sur son chemin le concurrent qu’il tient pour responsable de son dernier échec.
Cinq noms pour « Choisir 2027 »
Le reste de la gauche cherche encore son candidat. Le Parti socialiste (PS), le mouvement Place publique et la Gauche républicaine et socialiste (GRS) ont créé une primaire, baptisée « Choisir 2027 », pour désigner une candidature commune. Le 16 septembre, les organisateurs ont validé cinq dossiers : ceux d’Olivier Faure, premier secrétaire du PS, de Raphaël Glucksmann, coprésident de Place publique, de Jérôme Guedj, député socialiste de l’Essonne, d’Emmanuel Maurel, député et dirigeant de la GRS, et de Ségolène Royal, candidate socialiste à la présidentielle de 2007.
Le premier tour se tiendra par voie électronique les 9 et 10 octobre, du vendredi 8 heures au samedi 20 heures. Faute de majorité absolue, les deux premiers s’affronteront les 16 et 17 octobre.
Les adhérents des trois partis à jour de cotisation pourront voter. Les sympathisants aussi, à condition de verser 15 euros à l’association chargée du scrutin, somme ramenée à 10 euros pour les étudiants, les demandeurs d’emploi et les personnes en situation de précarité. Les inscriptions fermeront le 5 octobre.
Trois émissions rythmeront la campagne : une confrontation sur LCI le 23 septembre, un débat sur France 2 et France Inter le 1er octobre, puis un dernier rendez-vous sur BFMTV quelques jours avant le vote.
La compétition divise déjà le parti qui l’organise. La maire de Paris, Anne Hidalgo, soutient Raphaël Glucksmann à titre personnel, alors que le premier secrétaire du PS figure lui-même parmi les candidats. Son favori part avec un avantage mesuré : Ipsos BVA le crédite de 12,5 % dans le scénario où il porte les couleurs sociales-démocrates.
Deux noms ont disparu de la liste. Fabien Verdier, ancien maire de Châteaudun, a retiré sa candidature le 15 septembre. Le lendemain, le PS a suspendu à titre conservatoire, une mesure provisoire en attendant l’examen du dossier, Philippe Brun, député de l’Eure. Cette suspension fait suite à une saisine portant sur des faits que la direction du parti qualifie de graves et susceptibles de relever du pénal. L’élu, qui conteste la procédure, dit ignorer précisément ce qui lui est reproché ; aucune culpabilité ne peut lui être imputée à ce stade. Le candidat de la gauche sociale-démocrate sera connu au plus tard le 17 octobre.
Une gauche éparpillée depuis le 9 juillet
Ce vainqueur ne sera pas seul dans son camp. Une primaire plus large, réunissant la gauche non mélenchoniste et les écologistes, devait se tenir le 11 octobre. Marine Tondelier, François Ruffin, Clémentine Autain, Benjamin Lucas-Lundy et Lydie Massard, ancienne eurodéputée de l’Union démocratique bretonne, comptaient y participer.
Le vote des militants socialistes du 9 juillet, favorable à un processus limité au pôle social-démocrate, a mis fin à ce projet. Les candidats concernés en ont tiré des conclusions opposées. Benjamin Lucas-Lundy, député des Yvelines et coordinateur du mouvement de gauche Génération.s, avait déjà jeté l’éponge le 7 juillet, jugeant sa démarche sans objet sans primaire. Clémentine Autain l’a suivi le 11 juillet, refusant d’ajouter son nom à « l’empilement » des candidatures.
Marine Tondelier a choisi de rester. La secrétaire nationale des Écologistes, que son parti avait désignée pour la primaire unitaire, estime n’avoir aucune raison de se retirer et continue de plaider pour un rassemblement. François Ruffin avait prévenu dès le 12 mai sur France Inter : « S’il n’y a pas de primaire, moi j’y vais. » Le député de la Somme a tenu parole.
D’autres se sont lancés hors de tout processus commun. L’ancienne ministre Delphine Batho, présidente de Génération écologie, défend une écologie de gouvernement indépendante des Écologistes. Karim Bouamrane, maire socialiste de Saint-Ouen-sur-Seine, s’est déclaré le 9 juin sur France Inter au nom d’une gauche républicaine hostile à LFI, avec son mouvement La France humaine et forte. Il se tient à l’écart de « Choisir 2027 ».
Lydie Massard, elle, n’a pas clairement dit si elle poursuivait seule. L’abandon de la primaire unitaire a donc produit à la fois deux retraits et plusieurs candidatures autonomes, qui s’ajouteront à celle que la primaire sociale-démocrate désignera en octobre.
Retailleau face à Lisnard et Bertrand
La droite républicaine connaît la même dispersion, née elle aussi d’un désaccord sur la primaire. Bruno Retailleau, président des Républicains (LR) et sénateur de la Vendée, a été investi le 19 avril 2026 par 73,8 % des adhérents votants. Ce vote a écarté toute primaire interne. Le candidat défend une ligne fondée sur l’autorité, la maîtrise de l’immigration et le redressement économique.
Ce choix de procédure a coûté un départ au parti. David Lisnard, maire de Cannes et président de l’Association des maires de France, a quitté LR à la fin de mars 2026, reprochant à sa formation d’avoir écarté une grande primaire ouverte à toute la droite. Le président de son propre mouvement, Nouvelle Énergie, se présente sous ses couleurs, sur une ligne libérale : baisse de la dépense publique, simplification administrative, réduction du périmètre de l’État.
Xavier Bertrand a ajouté un troisième nom le 27 août. Interrogé à la Rencontre des entrepreneurs de France, organisée par le Medef, la principale organisation patronale, le président de la région Hauts-de-France a répondu : « Je le serai. » Le dirigeant du mouvement Nous France prévoit d’officialiser sa candidature « à la fin de l’année » et se présentera en indépendant. Bruno Retailleau affrontera donc deux anciens responsables de sa famille politique, dont l’un a quitté LR à cause de la procédure qui l’a désigné.
Souverainistes et extrême gauche en quête de signatures
Au-delà de ces blocs, la liste s’allonge de candidatures plus modestes, toutes suspendues à la collecte des parrainages. Trois d’entre elles viennent de partis souverainistes, hostiles à l’intégration européenne. Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, s’est déclaré dès le 8 mars 2025 et vise, s’il réunit ses signatures, une quatrième présidentielle consécutive. Florian Philippot, candidat des Patriotes depuis le 9 mai 2026, se dit prêt à s’effacer devant Philippe de Villiers si ce dernier se présentait. François Asselineau a lancé le 21 mars 2026 la campagne de l’Union populaire républicaine, centrée sur la sortie de l’Union européenne.
D’autres profils revendiquent une rupture avec le système institutionnel. Clara Egger, professeure de science politique, porte depuis le 19 avril la candidature transpartisane de Solution démocratique, bâtie sur le référendum d’initiative citoyenne (RIC), une consultation que les électeurs pourraient déclencher par pétition. Les adhérents du mouvement Équinoxe ont désigné Antoine Mikolajczak, ingénieur de 28 ans, qui plaide pour la relocalisation de la production. Le chanteur Francis Lalanne se présente sous la bannière de France Libre, et l’avocat Juan Branco, déclaré en décembre 2025, s’appuie sur le mouvement citoyen Les Ruches pour collecter des promesses de parrainage. Jean Lassalle prépare une troisième candidature, qu’il n’a pas encore formellement confirmée.
L’extrême gauche aligne trois noms. Lutte ouvrière a investi Nathalie Arthaud en décembre 2025 pour une quatrième campagne. Le NPA-Révolutionnaires, l’autre branche de l’ancien NPA, a désigné Selma Labib en juin. Anasse Kazib, cheminot et syndicaliste, s’est déclaré le 1er juin pour l’organisation Révolution permanente, au nom d’une candidature « ouvrière, communiste et révolutionnaire ». En 2022, il n’avait réuni que 160 présentations d’élus, moins d’un tiers du seuil requis. Plusieurs de ces prétendants, déjà recalés ou à la peine lors des précédents scrutins, repartent avec le même obstacle devant eux.
Zemmour, Hollande, Villepin : les candidats en suspens
La liste peut encore grossir. Éric Zemmour, président du parti d’extrême droite Reconquête, réclame une primaire de la droite et des souverainistes : il y participerait si elle se tenait, et se présenterait directement dans le cas contraire. Le 3 septembre, à la foire de Châlons-en-Champagne, il a esquivé : « Quand je devrai annoncer ma candidature, je l’annoncerai. » Il figure donc parmi les candidats probables. Sarah Knafo, dont le nom avait circulé comme alternative, continue de le présenter comme le candidat naturel du parti.
Au centre gauche, deux anciens dirigeants avancent en dehors de « Choisir 2027 ». François Hollande a écarté cette primaire, qu’il juge trop précoce et insuffisamment rassembleuse, et fixé à décembre le moment de « déterminer la meilleure façon de gagner ». L’ancien président a publié début septembre Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche, et une équipe restreinte travaille autour de son association de financement, Démocratie 2030. Bernard Cazeneuve, ancien premier ministre et fondateur de La Convention, se dit « prêt à être candidat en 2027 » et a adressé en juillet une longue lettre aux Français. Il veut d’abord réunir les conditions d’un rassemblement du centre gauche. Les deux hommes pourraient ainsi défier dès décembre le vainqueur désigné en octobre.
Dominique de Villepin a, lui, affiché son intention le 30 août sur BFMTV : « Je veux être candidat, je me bats pour être candidat. » L’ancien premier ministre, fondateur de La France humaniste, attendra le début effectif de la campagne pour confirmer. Il assure détenir « plusieurs centaines » de promesses de présentation, un chiffre que rien ne permet de vérifier. En 2012, il avait échoué à réunir les 500 signatures.
L’ancienne majorité compte enfin trois indécis. Élisabeth Borne a quitté au printemps les instances dirigeantes de Renaissance, dont elle reste adhérente, conteste l’orientation imprimée par Gabriel Attal et anime désormais son mouvement, Bâtissons ensemble ; l’ancienne première ministre assure qu’une candidature personnelle ne guide pas sa démarche. Bruno Le Maire a publié le 23 août un manifeste d’une soixantaine de pages « pour une autre France » et reconnaît réfléchir à une candidature, sans se dire en campagne. Olivier Becht, député du Haut-Rhin et ancien ministre du commerce extérieur, mûrit la sienne autour de sa plateforme Projet France.
500 signatures, premier écrémage
Aucune de ces personnalités n’est encore candidate au sens juridique. Le Conseil constitutionnel, juge de l’élection présidentielle, établira la liste officielle en 2027, après avoir vérifié les parrainages et recueilli le consentement des intéressés.
Les règles de ce filtre sont strictes. Les 500 présentations doivent émaner d’élus ou d’autres citoyens habilités venus d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer, sans qu’un même territoire fournisse plus d’un dixième des signatures validées. Un élu ne peut présenter qu’une personne. Il adresse lui-même son formulaire au Conseil constitutionnel, et ne peut plus le retirer ensuite. Depuis la réforme de 2016, le Conseil publie au moins deux fois par semaine le nom et la qualité de tous les élus dont il a validé la présentation.
Cette publicité ne s’applique qu’aux signatures reçues. Les chiffres avancés aujourd’hui par les équipes de campagne ne portent donc que sur des promesses. La collecte officielle ne s’ouvrira qu’après la publication du décret de convocation des électeurs, le texte du gouvernement qui lance formellement le scrutin, et seules les présentations validées par le Conseil auront une valeur juridique.
Les précédents fixent l’ordre de grandeur. Le premier tour a réuni douze candidats en 2007, dix en 2012, onze en 2017 et douze en 2022. Le record de la Ve République date de 2002, avec seize candidats, soit à peine plus de la moitié des quelque trente noms en lice aujourd’hui.


