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- Poutine achète ses obus, Xi revient, Trump attend
- Ce que Xi a vu en descendant de l’avion
- 3,5 % de croissance dans un pays sans chiffres
- Une guerre à 7 000 kilomètres, jusqu’à 22 milliards
- Koursk, école de guerre pour l’armée de Kim
- 95 % du commerce, et pourtant moins de prise
- Kim Yo-jong dément, Washington insiste
- Séoul compte les missiles et doute de son allié
Il y a sept ans, Kim Jong-un est reparti de Hanoï les mains vides. Il avait fait le voyage jusqu’au Vietnam convaincu que sa relation personnelle avec Donald Trump lui vaudrait un allègement des sanctions internationales, imposées à son pays pour son programme nucléaire, contre des concessions sur ce même programme. Le président américain a quitté la table avant la fin, et le sommet s’est achevé sans accord ni communiqué commun. Dans un régime qui contrôle chaque image de son dirigeant, la scène a laissé une trace.
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Poutine achète ses obus, Xi revient, Trump attend
Moscou achète aujourd’hui ces obus pour son armée engagée en Ukraine et accueille des soldats nord-coréens sur son sol. Pékin a renoué avec Pyongyang après des années de distance, et Donald Trump répète depuis plusieurs mois qu’il souhaite revoir Kim Jong-un avant la fin de l’année. Sung-Yoon Lee, chercheur principal à l’Institut Sejong de Séoul, relève que les dirigeants américain, chinois et russe courtisent le même homme en même temps.
Kim Jong-un a hérité du pouvoir en décembre 2011, à la mort de son père. Son pays reste l’un des plus pauvres et des plus fermés du monde, mais la Russie et la Chine, membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, bloquent désormais par leur veto toute nouvelle sanction contre Pyongyang. Le programme nucléaire, lui, continue d’avancer.
Ce que Xi a vu en descendant de l’avion
Lors de sa visite de 2019, le président chinois n’avait guère eu à voir que quelques avenues monumentales. En juin dernier, Xi Jinping a retrouvé des quartiers entiers de tours d’habitation, des restaurants, des centres commerciaux, des voitures électriques, des rues éclairées et des espaces de loisirs.
Les observateurs décrivent une capitale visiblement plus prospère et davantage tournée vers la consommation. Elle relève la vente de produits de luxe occidentaux dans les centres commerciaux et une fréquentation plus dense des espaces publics.
3,5 % de croissance dans un pays sans chiffres
La Corée du Nord ne publie plus de données économiques régulières depuis 1965. Les estimations viennent donc du Sud. La Banque de Corée, banque centrale sud-coréenne, chiffre la progression du produit intérieur brut nord-coréen à 3,5 % en 2025, troisième exercice consécutif au-dessus de 3 %. Sur ces trois années, l’une des économies les plus sanctionnées de la planète a crû plus vite que celle de sa voisine du Sud.
Une guerre à 7 000 kilomètres, jusqu’à 22 milliards
L’Institut sud-coréen de stratégie de sécurité nationale évalue entre 7,7 et 14,4 milliards de dollars les devises et les biens perçus par Pyongyang entre août 2023 et décembre 2025 en échange d’armes et de troupes livrées à la Russie. D’autres estimations portent le total à 22 milliards de dollars, soit quatre fois les recettes des quatre années précédentes. Le front ukrainien se situe à 7 000 kilomètres de la péninsule coréenne.
Les évaluations ukrainiennes attribuent à la Corée du Nord jusqu’à la moitié des munitions tirées par l’armée russe sur certaines périodes du conflit, des millions d’obus d’artillerie et de mortier, ainsi qu’environ 120 missiles balistiques. Quelque 14 000 soldats nord-coréens ont été envoyés en Russie, et des plans de déploiement portent sur plusieurs dizaines de milliers d’hommes supplémentaires.
Koursk, école de guerre pour l’armée de Kim
L’Armée populaire de Corée n’avait plus connu le feu depuis la guerre de 1950-1953. Ses unités ont pris part aux opérations terrestres dans la région russe de Koursk, où elles ont appris à manœuvrer face aux drones, à encaisser la guerre électronique, à travailler avec de l’artillerie de précision et à tenir une chaîne logistique de conflit moderne. Pyongyang y a également vérifié le comportement réel de ses missiles et de ses obus. Moscou livre en retour du carburant, des vivres, une assistance technique et des technologies susceptibles d’accélérer certains programmes militaires nord-coréens.
Nul ne sait quelle fraction des milliards russes atteint la population. Depuis la pandémie, Kim Jong-un a resserré son contrôle sur les jangmadang, ces marchés informels nés de la famine des années 1990, qui ont fait vivre des millions de familles pendant trois décennies. L’élite de Pyongyang achète des produits importés. Le reste du pays vit dans des conditions extrêmement précaires.
95 % du commerce, et pourtant moins de prise
La Chine assure encore environ 95 % des échanges commerciaux de la Corée du Nord avec le reste du monde. Elle n’en est plus le partenaire unique depuis que Moscou paie en devises, en carburant et en vivres, et Kim Jong-un peut désormais faire jouer l’un contre l’autre.
Le commerce entre Pékin et Pyongyang a bondi, avec des exportations nord-coréennes qui vont des perruques au tungstène, métal recherché par l’industrie et la défense. Les trains de voyageurs et les vols directs entre les deux capitales, suspendus pendant la pandémie, ont rouvert. Des analystes chinois expliquent que Pékin refuse de laisser la Russie, qui partage 1 400 kilomètres de frontière avec la Corée du Nord, capter seule l’influence sur ce voisin. Les troupes américaines stationnées au Sud et le réarmement japonais pèsent dans le calcul de Xi Jinping.
Kim Jong-un a inscrit à son programme militaire de nouveaux missiles intercontinentaux capables d’atteindre le territoire américain, des armes tactiques supplémentaires, des systèmes hypersoniques, des satellites militaires et des sous-marins à propulsion nucléaire. Longtemps présenté comme la garantie de survie du régime, cet arsenal lui sert aujourd’hui à discuter avec les grandes puissances sans accepter au préalable de renoncer à ses armes atomiques.
Kim Yo-jong dément, Washington insiste
Les deux hommes s’étaient déjà rencontrés trois fois. À Singapour en juin 2018, à Hanoï en février 2019, puis quelques mois plus tard dans la zone démilitarisée qui sépare les deux Corées, où Donald Trump est devenu le premier président américain en exercice à poser le pied au Nord. Aucun de ces rendez-vous n’a produit d’accord nucléaire.
Le président américain dit espérer une nouvelle rencontre avant la fin de l’année, et Washington a réduit une partie de ses exercices militaires conjoints avec Séoul, revendication de longue date de Pyongyang. Kim Yo-jong, sœur du dirigeant et cadre du régime, a démenti tout contact récent.
Washington n’a plus affaire au même interlocuteur qu’en 2019. Ce qui a changé : la manne russe, le retour chinois, les centaines de millions de dollars que les pirates informatiques nord-coréens rapportent chaque année, un stock d’armes nucléaires plus fourni. Kim Jong-un ne dépend plus d’une levée des sanctions américaines pour obtenir des devises, du carburant ou de la technologie.
Séoul compte les missiles et doute de son allié
La Corée du Sud fait face à un voisin qui aligne des missiles et, désormais, des soldats revenus d’un champ de bataille réel, pendant que Washington répartit ses moyens entre l’Asie et d’autres théâtres. La réduction des manœuvres conjointes a nourri les interrogations sur la solidité de l’engagement américain. Le président Lee Jae-myung cherche à rouvrir des canaux de dialogue avec le Nord, qui a abandonné son discours sur la réunification pacifique des deux pays et désigne le Sud comme un État ennemi.
Kim Ju-ae apparaît depuis plusieurs années aux côtés de son père lors des tirs de missiles, des parades militaires et des grandes cérémonies d’État. Sa place répétée au premier rang alimente les analyses qui font de l’adolescente l’héritière possible de la quatrième génération de la dynastie Kim.


