Une entreprise française pourrait remporter le contrat du siècle avec SpaceX

Le groupe français Technip Energies figure parmi les candidats retenus par SpaceX pour bâtir son usine à méthane liquide en Louisiane. Un projet à 10 milliards de dollars, non confirmé.

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8,8 % de hausse en une matinée à la Bourse de Paris, puis la moitié du gain rendue avant la clôture. Un groupe français d’ingénierie pesant 6 milliards d’euros en Bourse se retrouve cité sur un chantier spatial américain de 100 milliards de dollars. Trente-six mois pour sortir de terre l’usine qui fabriquera le carburant des fusées, sur des marécages de Louisiane. Reste à savoir quelle part un constructeur d’usines peut capter d’une chaîne où ExxonMobil et Cheniere Energy ont déjà posé leurs canalisations.

Le nom qui circule depuis mardi matin

Technip Energies figure parmi les candidats à un appel d’offres lancé par SpaceX pour construire un site de production de méthane liquide sur la future base spatiale de l’entreprise en Louisiane. L’agence Agefi-Dow Jones a repris l’information dans la journée. Aucun autre média n’a documenté le dossier à cette date.

Les moteurs de Starship, la mégafusée de SpaceX, brûlent du méthane refroidi à moins 160 degrés, le même produit que les industriels du secteur appellent gaz naturel liquéfié. Une base qui multiplie les décollages doit donc disposer de sa propre usine de liquéfaction, capable de transformer le gaz arrivé par gazoduc en carburant embarquable.

Le montant cité dépasse 10 milliards de dollars, soit environ 8,6 milliards d’euros. Ce chiffre correspond à la valeur totale du projet de production de carburant, susceptible d’être découpé en plusieurs lots attribués à des prestataires différents. Technip Energies n’encaisserait donc pas l’intégralité de la somme, même en cas de succès.

8,8 % à 10h45, la moitié rendue à 17h35

À 10h45, le titre Technip Energies valait 32,74 euros, en hausse de 8,8 % sur la clôture de la veille. Il a culminé à 32,88 euros en séance. Le plus bas de la journée s’est établi à 31,16 euros, pour un volume de 376 645 titres échangés.

La hausse s’est érodée durant tout l’après-midi. Marché fermé à 17h35, l’action cotait entre 31,34 et 31,46 euros, soit un gain final compris entre 4,1 % et 4,45 % par rapport aux 30,10 euros du 31 août. Les investisseurs ont acheté l’information du matin, puis en ont rendu la moitié en l’absence d’attribution confirmée.

Le Français qui a livré un cinquième du GNL mondial

Technip Energies revendique la livraison de plus de 20 % de la capacité mondiale de gaz naturel liquéfié aujourd’hui en service. Le groupe, né en 2021 de la séparation d’avec l’américain TechnipFMC, conçoit et bâtit des usines pour le compte de compagnies gazières, sans posséder la moindre réserve de gaz. Le carburant que réclame SpaceX correspond exactement à ce qu’il fabrique depuis des années pour des clients énergéticiens.

Ses équipes travaillent déjà en Louisiane, à faible distance des terrains acquis par SpaceX pour son nouveau centre spatial. Cette proximité géographique pèserait dans la balance de l’appel d’offres.

Le groupe aurait proposé à SpaceX de reproduire le modèle de Commonwealth LNG, une installation de 9,5 millions de tonnes par an en construction à Cameron Parish, dans le même État. Elle comptera six unités identiques, ce que les industriels appellent des trains de liquéfaction, chacune capable de refroidir et de comprimer le gaz en continu. Technip Energies a décroché ce contrat en août 2025, avec la responsabilité complète du projet, de la conception aux essais de mise en service, pour un chiffre d’affaires attendu supérieur à un milliard d’euros.

Un client qui n’a jamais produit de carburant à l’échelle industrielle peut aller voir l’usine à quelques dizaines de kilomètres de son futur pas de tir.

SnapLNG, des usines livrées en kit

Technip Energies a lancé en 2023 une solution baptisée SnapLNG by T.EN. Le principe consiste à figer les plans d’une unité standard une fois pour toutes, puis à la livrer en gros blocs préfabriqués en atelier, assemblés sur le site du client plutôt que construits pièce par pièce.

Le groupe annonce une réduction de plus de deux ans sur la durée totale d’un projet, comparée à une usine dessinée sur mesure. Chaque nouveau chantier réutilise les mêmes plans, les mêmes fournisseurs et les mêmes équipements. Commonwealth LNG en constitue la première application à grande échelle.

Elon Musk a fixé un délai maximal de 36 mois pour la construction des installations de carburant. Technip Energies se serait engagé à s’y conformer. Trois ans pour concevoir, financer, fabriquer et mettre en service une usine de liquéfaction, quand les projets classiques de ce type dépassent couramment cinq années entre la décision d’investir et la première production.

Le précédent louisianais donne la mesure de la contrainte. Entre l’attribution de Commonwealth LNG en août 2025 et l’autorisation de démarrer réellement les travaux, obtenue en mai 2026, neuf mois se sont écoulés, avant même le premier coup de pelle. Le chantier de la base spatiale doit démarrer en 2027, pour un premier lancement de Starship « au plus tôt en 2029 », selon les termes employés par SpaceX. L’usine à méthane devra être prête avant la fusée.

Ce que SpaceX devra brûler à Pecan Island

SpaceX a dévoilé le projet « Starbase Louisiane » le 25 août 2026, en présence du gouverneur de l’État Jeff Landry et de Gwynne Shotwell, présidente et directrice des opérations de l’entreprise. L’investissement annoncé atteint 100 milliards de dollars, sur 125 000 acres, soit 50 585 hectares de marécages côtiers à Pecan Island, dans la paroisse de Vermilion, sur un ancien terrain d’ExxonMobil. Quatrième site de lancement de l’entreprise, deuxième campus « Starbase » après celui de Boca Chica, au Texas.

Cinq complexes de lancement dotés chacun de deux tours porteront la base à dix pas de tir. Elon Musk vise plus de 30 vols de Starship par jour d’ici 2030, pour desservir la Lune et Mars, déployer les satellites Starlink et, à terme, mettre en orbite des centres de données.

Trente décollages quotidiens fixent l’ordre de grandeur du volume de méthane à produire sur place, et donc la taille de l’usine mise en compétition.

L’État de Louisiane a verrouillé le projet avant même que le fournisseur de carburant ne soit connu. L’Act 190, voté lors de la session législative 2026, a créé une ristourne fiscale taillée pour l’opération, l’Aerospace Facilities and Activities Rebate, complétée par le programme High Impact Jobs. SpaceX a signé un accord de compensation avec les collectivités locales, dit PILOT, avec 20 millions de dollars de versement initial puis 25 millions de dollars par an pendant vingt-cinq ans, indexation comprise, pour un total dépassant 820 millions de dollars. La Louisiana Economic Development table sur 3 000 emplois directs en dix ans, à 92 600 dollars de salaire moyen, et 8 100 emplois indirects.

Un texte de loi voté et un engagement de paiement sur vingt-cinq ans rendent improbable un abandon du chantier, et donc de l’appel d’offres qui va avec.

ExxonMobil et Cheniere ont déjà les tuyaux

SpaceX implante Starbase Louisiane à proximité de gazoducs existants, raccordés à des infrastructures d’ExxonMobil et de Cheniere Energy. Les deux compagnies apparaissent comme fournisseurs potentiels du gaz naturel destiné aux Starships.

SpaceX doit arbitrer sur quatre maillons distincts : d’où vient le gaz, comment il arrive, qui le liquéfie, qui le stocke. Technip Energies vend de l’ingénierie et livre des installations clés en main. ExxonMobil et Cheniere vendent la molécule et disposent des canalisations déjà posées. Les deux métiers ne concourent pas sur les mêmes lots.

Le lot que viserait le groupe français reste indéterminé, tout comme sa valeur. Les 10 milliards de dollars qui ont fait bondir le titre mardi matin couvrent l’ensemble du dispositif de production de carburant, pas la seule usine de liquéfaction.

Un contrat plus gros que le groupe lui-même

Au 30 juin 2026, le carnet de commandes de Technip Energies atteignait 25 milliards d’euros, un record, en hausse de 57 % depuis le 1er janvier. Le groupe a signé 12,7 milliards d’euros de contrats nouveaux sur le seul premier semestre, soit 3,4 fois le montant qu’il a facturé sur la période.

Sa valeur en Bourse reste sans commune mesure avec l’ampleur du projet américain. À la clôture du 1er septembre, la capitalisation du groupe s’établissait autour de 6,02 milliards d’euros, quand le chantier de carburant de SpaceX est chiffré à 8,6 milliards d’euros. Les analystes qui suivent le titre maintiennent un objectif de cours moyen de 40,47 euros, contre 31,34 à 31,46 euros en clôture, soit un potentiel de hausse de 29 %.

Les comptes semestriels montrent une autre facette. Le bénéfice d’exploitation avant amortissements, l’EBITDA récurrent ajusté suivi par les analystes, a reculé de 33 % sur un an, à 212 millions d’euros. La marge est tombée de 8,8 % à 5,8 %, sous l’effet de difficultés opérationnelles sur des contrats au Moyen-Orient. Vendre davantage n’a pas empêché de gagner moins.

Les 36 mois exigés par Elon Musk s’appliqueraient à un groupe dont la conduite de ses chantiers les plus tendus a déjà amputé le résultat d’exploitation d’un tiers en six mois.



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